Publié le 17 août 2015

EMPREINTE TERRE

Pierre Duponchel (Le Relais) : "Il faut donner un avantage aux produits issus de l'économie circulaire"

Créé en 1984, le Relais est aujourd’hui leader en France dans la collecte, le tri et la valorisation des textiles. Pour cette entreprise d’insertion de plus de 2 000 salariés, l’économie circulaire est une seconde nature, avec le réemploi des vêtements usagés ou la création de produits issus du recyclage des fibres. Entretien avec son président-fondateur, Pierre Duponchel.

Pierre Duponchel, président-fondateur du relais.
DR

Novethic : Créé il y a 30 ans, Le Relais est un précurseur de l’économie circulaire. Comment êtes-vous venu à cette démarche ?

Pierre Duponchel : La démarche du Relais est d’abord de lutter contre l’exclusion. C’est par ce biais que nous avons commencé à collecter les vêtements dont les gens se débarrassent, à les trier puis à les valoriser, de façon toujours plus efficace économiquement et écologiquement. L’économie circulaire, nous y sommes venus à la fois naturellement et par hasard : nous ne savions pas que nous en faisions jusqu’à ce qu’on nous le dise !

Le produit qui illustre parfaitement cette démarche, c’est notre gamme Métisse®. Elle est née d’une longue réflexion entamée dans les années 2000 sur la qualité du textile : de plus en plus mauvaise, elle devient difficilement ré-employable en vêtements. Nous avons donc créé un isolant thermique et acoustique de très haute qualité, à partir des fibres en coton issues des vêtements non réutilisables en l’état.

 

Novethic : Vous insistez sur le pilier social du Relais. Le secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS), dont vous faites partie, a une longueur d’avance en termes d’économie circulaire. Les deux vont-ils de pair ?

Pierre Duponchel : L’économie sociale a besoin de l’économie circulaire pour se développer, et vice-versa : l’économie circulaire a besoin de mains pour collecter, trier, réparer.

La plupart des filières de recyclage, pour les déchets électroniques ou les emballages par exemple, se sont montées grâce aux associations ou aux entreprises de réinsertion, comme les communautés d’Emmaüs, dont je suis moi-même issu. Il y a 30 ans, nous étions les seuls à nous intéresser aux cartons des supermarchés. Ce service de collecte, de tri et de mise en balles était gratuit ou presque. Depuis la mise en place des éco-contributions, ces métiers échappent de plus en plus à ces pionniers, car ils ont été captés par les grands groupes. Tout simplement parce qu’ils sont devenus rémunérateurs.

Dans le textile nous tenons bon, dans la mesure où l’éco-contribution y est très faible et ne concerne pas la collecte. L’ESS compte encore pour 70 à 80 % de la filière.

 

Novethic : Quelles sont les difficultés auxquelles vous devez faire face en tant qu’acteur de cette double filière, sociale et circulaire ?

Pierre Duponchel : Outre les difficultés classiques des entreprises, comme l’obtention de financements notamment, il s’agit pour nous de convaincre les collectivités de mettre en place des containers pour la collecte, et les habitants de faire les bons gestes citoyens qui permettront de lancer la boucle…

 

Novethic : L’économie circulaire a été inscrite dans la législation française, via la loi de programmation sur la transition énergétique pour une croissance verte. La législation est-elle aujourd’hui un atout ou un frein ?

On doit encore encourager le secteur. Il faut donner un avantage comparatif aux produits issus de l’économie circulaire. En raison de la multiplicité et de la complexité des étapes, du fort besoin de main d’œuvre, ils coûtent encore plus chers que les produits classiques.

Mais compte tenu de ce qu’ils apportent en termes environnementaux, sociaux et économiques, ils devraient bénéficier d’une fiscalité avantageuse. Si l’on prend notre isolant, nous sommes au quart de nos possibilités de production sur notre usine dédiée, essentiellement par manque de débouchés.

Certes, nous resterons toujours un marché de niche, car notre matière première reste limitée. Mais si nous atteignons 5 à 10 % du marché de l’isolant, ce que nous considérons envisageable, alors cela nous permettrait de développer 4 ou 5 usines de Métisse® en France, avec de l’emploi local à la clé !

 

Novethic : Quels sont vos futurs développements dans l’économie circulaire ?

Pierre Duponchel : D’abord consolider et développer Métisse®. Nous travaillons aussi sur des produits liés à l’acoustique. Plus généralement, des metteurs sur le marché [fabricants de grandes marques de vêtements, NDLR] s’intéressent à nous pour les fibres recyclées. Certains veulent en intégrer jusqu’à 50 % dans des vêtements neufs, ce qui est techniquement complexe et encore prohibitif pour beaucoup.

Tous nos partenaires - éco-organismes, metteurs sur le marché, opérateurs de tri, etc. - cherchent des solutions de réutilisation et de recyclage de fibres. J’espère que cette phase d’expérimentations donnera quelque chose. Nous sommes en tout cas dans une vague prometteuse.

 

 

Le Relais en chiffres :

  • 55 % de la collecte textile en France
  • 97 % des textiles collectés valorisés
  • 100 millions d’euros de chiffre d’affaires
  • 31 Relais locaux, 100 000 m2 d’entrepôts, 18 000 conteneurs, 75 boutiques Ding Fring (vêtements de seconde main) en France.
  • 2 500 employés, dont 75 % en France (le reste en Afrique).

 

 

Cet article a initialement été publié dans la lettre professionnelle de Novethic "L'essentiel de la RSE" n°109, avril-mai-juin 2015

Propos recueillis par Béatrice Héraud
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