Publié le 10 avril 2015

EMPREINTE TERRE

L'innovation frugale, nouvelle responsabilité de l’entreprise ?

Trois ans après le succès de son premier livre "L’innovation Jugaad, redevenons ingénieux !", Navi Radjou récidive avec "L’innovation frugale, faire mieux avec moins". Le consultant et conférencier y multiplie les exemples d’entreprises qui, en Occident, ont pris le train en marche et décidé de repenser leur modèle économique. Il montre aux autres la voie à suivre.

Navi Radjou
DR

"L’innovation frugale est une stratégie révolutionnaire. Toutefois, elle est bien plus qu’une stratégie : elle est le signe d’un nouvel état d’esprit qui voit la restriction des ressources comme une opportunité plutôt qu’un handicap". Son objectif ultime : faire mieux avec moins, "c’est-à-dire créer à la fois plus de valeur commerciale et sociale tout en économisant des ressources précieuses telles que l’énergie le capital et le temps".

 

L'innovation frugale est l'avenir de l'entreprise

 

Elle a été théorisée il y a trois ans par Navi Radjou, consultant en innovation et leadership et co-auteur et le professeur de marketing, Jaideep Prabhu, dans un premier livre devenu best-seller "L’Innovation Jugaad". Les deux auteurs y présentaient les réalisations ingénieuses et peu coûteuses (réfrigérateur sans électricité, bicyclette utilisant les bosses de la route en source d’énergie) d’entrepreneurs dans les pays émergents comme l’Inde, la Chine, le Brésil ou le Kenya, en incitant les entreprises occidentales à s’inspirer de cette façon de faire.

"L’innovation Jugaad" est une sorte de deuxième volet de ce premier livre. Les deux auteurs y  présentent le concept - un peu fourre-tout - comme une tendance de fond et globalement comme l’avenir de l’entreprise. On y retrouve notamment les principes de l’économie circulaire, de l’économie numérique, de l’économie de la fonctionnalité, de l’économie collaborative et participative ou du mouvement des makers. Leur point commun : faire mieux, plus vite, moins cher. "Cela va tout bouleverser dans des domaines aussi variés que la finance, l’industrie ou la santé", assure Navi Radjou. "Mais cela induit qu’il y aura des gagnants et des perdants"

Car paradoxalement, si les consommateurs sont en demande www.credoc.fr/pdf/Rech/C302.pdf de ces nouveaux produits et services qui collent exactement à leurs besoins et à leur portefeuille, comme la Logan de Renault, « il existe un décalage entre le phénomène sociétal en cours et les grandes entreprises», estime celui qui les conseille depuis plus de 20 ans.

 

Certaines entreprises sur la bonne voie, d'autres à guider

 

Certes, quelques-unes ont déjà pris le train en marche, notamment en France, "une terre d’ingénieurs avec un savoir-faire énorme dans de nombreux domaines" dixit Navi Radjou, mais qui doit encore libérer les ingénieux. C’est le cas de start-up comme La Paillasse, ce laboratoire communautaire parisien, ouvert à tous et gratuit, destiné à faire émerger des projets de biotechnologie en libre accès, fondés sur la non-brevetabilité du vivant et des techniques.

Mais aussi de grandes entreprises comme Renault, avec Dacia qui assure désormais 40% du chiffre d’affaires du groupe grâce à la série Logan, d’Auchan avec sa démarche d’innovation participative et ses produits en vrac ou des partenariats innovants d’Accor notamment dans le cadre de son programme Planet21.

Pour les autres, celles qui voudraient se lancer dans l’innovation frugale mais qui n’ont pas encore sauté le pas, Navi Radjou et Jaideep Prabhu leur dresse la "to do list" à suivre : d’abord essayer de répondre aux besoins du marché et des consommateurs, travailler avec eux (économie collaborative et participative), redéfinir son business model en repensant la formulation de ses produits dans un mode plus durable (éco-conception, économie circulaire…), partager avec des partenaires innovants ses actifs, ses employés voire ses clients pour favoriser la créativité, diffuser les bonnes pratiques et utiliser les approches innovantes, que ce soit en termes de technologie mais aussi de management ou de financement.


La rentabilité de l'écologie est une évidence

 

Plus facile à dire qu’à faire. D’autant que ces nouvelles pratiques sont autant de défis à relever en termes de protection des données, de management (voir LIEN ITW) et plus globalement de changement de mentalité.

Mais le jeu en vaut la chandelle. Mi-mars, Paul Polman, le patron d’Unilever, qui a écrit la préface de « L’innovation frugale », a inauguré son nouveau siège français à énergie positive. Il déclarait alors : "Aujourd'hui 100% des usines Unilever ne produisent plus de déchets. Nous sommes peut-être la première société à être parvenue à ce niveau, sachant que nous avons quelque 500 usines. Tout est recyclé ou réutilisé. Cela s'appelle l'économie circulaire. Prenez l'emballage. Souvent, les gens pensent qu'on paie plus pour les produits verts, meilleurs pour la nature. Ce n'est pas le cas. Avec les technologies développées, on a les moyens de faire cela bien. On arrive à un point, dans le monde entier, où ne rien faire pour l'écologie coûte plus que de faire quelque chose."

 

(1)  « L’innovation frugale, faire mieux avec moins », Navi Radjou et Jaideep Prabhu, Les Editions Diateino, mars 2015.

Béatrice Héraud
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