Publié le 10 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21 : un nouveau texte intermédiaire, l'accord final attendu demain

Jeudi soir à 21 heures, une nouvelle version du projet de l'accord de Paris a été publiée. L'avant dernière mouture avant la version finale, attendue samedi. Les négociations, pour tenter d'arracher un accord "ambitieux, universel et contraignant" tel que défini par Laurent Fabius, s'annoncent longues et difficiles. Mais un compromis semble désormais à portée de main.

Claire Stam / Novethic
Laurent Fabius et Christina Figueres au Bourget, sur le lieu des négocaitions de la COP 21

Après une longue après-midi d'attente, la nouvelle version du projet d'accord de Paris a été publiée à 21h, ce jeudi. Elle procède d'une "série de choix dans un souci d'équilibre et d'impartialité en tentant de concilier les positions de chacun", a déclaré le président de la COP21, Laurent Fabius.

Cette version de 27 pages comporte un peu plus de compromis et un peu moins de crochets (des choix qui restent à négocier). Mais le travail est loin d'être achevé. Les blocages portent toujours sur les points clés que sont le financement, l'ambition et la différenciation. La longue nuit de travail de mercredi soir – qui s'est achevée à 5h20 – et les discussions qui se sont poursuivies toute la journée de jeudi n'ont pas suffi à élaborer un texte définitif, ce que certains observateurs espéraient dans les couloirs des salles de négociations du parc des expositions du Bourget.

Laurent Fabius évoque "un nouveau projet de texte amélioré. Une série d'options ont été levées. Mais il reste encore du travail". En particulier sur la question, cruciale pour les pays en développement, du mécanisme des "pertes et dommages". Sur ce point, "tout reste à trancher", estime Armelle Lecomte, d'Oxfam. Le nombre d'options est passé de deux à quatre. L'une d'entre elles apparaît inacceptable aux pays en développement et aux ONG.

 

Des progrès significatifs

 

"Les négociations réelles ont finalement commencé." Elles ont conduit à des "progrès significatifs" et à un texte "prudemment équilibré", analyse Jennifer Morgan du World Resources Institute. En termes d'ambition, la fourchette des + 1,5°C à + 2°C est acquise. Une demande forte des pays en développement qui était loin d'être acquise avant le début de la COP21. La revendication s'est finalement imposée au cours des deux semaines de négociations.

Si le chiffrage de la réduction des émissions de gaz à effet de serre a disparu (deux fourchettes, de "40 à 70 %" et "70 à 95 %" étaient mentionnées entre crochets dans la version précédente), le terme de "neutralité des émissions des gaz à effet de serre (GES) dans la deuxième moitié du siècle" est apparu à sa place. Un terme ambigu et mal défini scientifiquement ou juridiquement. Avec deux lectures possibles.

Dans une version optimiste, cela veut dire que toutes les sources d'émissions de GES seront prises en compte et que l'horizon temporel est en ligne avec les recommandations du GIEC. Mais "cela peut laisser la porte ouverte à des techniques controversées comme la séquestration du carbone qui peut entrer en concurrence avec les terres agricoles", selon Alix Mazounie, porte-parole du Réseau Action Climat (RAC) France.

Quant au cycle de révision à la hausse des engagements nationaux post 2020, son principe est acté. Un gage donné aux pays en développement : ils peuvent désormais soumettre leurs INDC (contributions climatiques des Etats) plus tard que les pays développés, tout en bénéficiant tout de même de leur soutien financier. Mais la date de la première révision fait toujours débat. "Le mécanisme reste faible au vu de l’écart entre la trajectoire actuelle (+3°C) et l’objectif souhaitable (+1,5°C)", analyse la Fondation Nicolas Hulot. Pour ne pas perdre 10 ans, celle-ci appelle "une coalition de pays développés, leaders de l’ambition, à s’engager unilatéralement sur une révision de leurs INDC avant 2020".

 

Un texte qui dessine un nouvel équilibre mondial

 

Les observateurs se réjouissent de progrès sur le financement. Le montant des fameux 100 milliards de dollars des pays du Nord vers les pays du Sud pour assurer leur transition énergétique est inscrit dans cette nouvelle version. Il constitue une somme plancher pour l'après 2020. Il devrait, qui plus est continuer à augmenter régulièrement et être complété par d'autres sources de financement.

L'une des avancées majeures, qui rejoint l'épineuse question de la différenciation, est le partage de l'effort par l'ensemble des parties. Ce sont aux pays développés de prendre le leadership mais les pays émergents sont également invités à contribuer au financement global, une mention jusque là rejetée par ces derniers. "C'est la fin d'une vision binaire du monde (Nord/Sud, NDLR)", se réjouit Monica Araya, experte auprès du Climate Vulnerable Forum. Son constat : les petits pays ont joué un rôle inédit dans ces négociations, en poussant les gros pays à des compromis plus ambitieux.

Seulement, rien n'est encore totalement acquis. La Chine notamment pourrait encore bloquer sur l'inscription d'une coopération Sud/Sud dans le texte. 

 

Des compromis à tout prix

 

Après avoir reçu le texte à 21 heures, les négociateurs ont disposé de 2h30 pour l'examiner. Ils se sont retrouvés à 23h30, ce jeudi 10 décembre, pour donner leurs propositions de compromis dans un format de discussion plus souple que la plénière traditionnelle.

S'il reste des blocages à surmonter, Laurent Fabius et ses équipes de négociateurs veulent croire que le succès est désormais possible. Pour accélérer le processus, le président de la COP21 ressort la méthode des "Indabas", déjà utilisée à Durban en Afrique du Sud, à l'occasion de la COP17 en 2011.

En clair, il s'agit d'un cadre de négociations informel. Si une divergence se présente, "nous aurons recours à des facilitateurs" détaille Laurent Fabius. "Ces derniers rassembleront les pays concernés dans une pièce voisine jusqu'à ce qu'ils trouvent une solution. Ainsi, nous allons avancer méthodiquement, progressivement vers une ébauche du texte final demain (vendredi, NDLR)".

Les négociations s'annoncent encore dures, jusqu'au texte final attendu désormais samedi midi.

Claire Stam et Béatrice Héraud
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