Publié le 02 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21 : des négociations en poupées russes

Après les annonces des chefs d’Etat et de gouvernement, les négociations ont réellement commencé. Les quelque 10 000 délégués sont maintenant à pied d’œuvre pour remettre au président de la COP21, Laurent Fabius, une version épurée du texte samedi 5 décembre, à midi pile. Un défi puisqu’il s’agit de réduire au plus vite le nombre de pages (54 actuellement), le nombre d’options (250 environ), et le nombre de crochets (incalculables). Tout l’appareil diplomatique onusien est en ordre de marche. Plongée dans les coulisses des négociations.

Les négociateurs en plein travail, lors d'une plénière au parc des expositions du Bourget lors de la COP21.
Crédit: ISSD

Il faut faire vite ! "Des formules de compromis doivent être dégagées le plus rapidement possible. Les chefs d’Etat et de gouvernement nous ont donné lundi un mandat sans ambiguïté, nous devons réussir", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères et président de la COP21, Laurent Fabius, dans une conférence de presse tenue le mercredi 2 décembre. "Il y a une exigence de succès qui pèse sur nous", a-t-il insisté, rappelant qu’un "projet d’accord" devait lui être remis samedi à midi.

Le processus onusien est en effet aussi lourd que chronophage. Et il exige surtout l’unanimité dans les décisions. Or, il s'agit de faire converger des nations aux intérêts aussi divergents que les États pétroliers et les pays les moins avancés. 

Giza Gaspar Martins, ambassadeur de l’Angola et chef de la délégation des pays les moins avancés, se montre malgré tout confiant. "Je ne me sens absolument pas nerveux", confie le diplomate. "Nous, les négociateurs, nous avons la volonté d’avancer rapidement dans les travaux. La venue des chefs d’Etat et de gouvernement nous a donné la route à suivre. Le moment est venu pour nous de travailler au niveau technique, de repérer les contentieux politiques et de les régler". 

Une manière habile de désigner sans le nommer le processus ardu et délicat à la fois de la formulation diplomatique. Chaque mot a son importance. "Ce que nous cherchons à faire en ce moment, c’est de traduire l’élan politique impulsé lundi en trouvant la bonne sémantique et de l’intégrer dans le texte", poursuit l’ambassadeur. 

 

Trois options sur la table  

 

L’heure est en effet aux résultats : les deux co-présidents de l’Assemblée des négociateurs, l’Algérien Ahmed Djoghlaf et l’Américain Daniel Reifsnyder, attendent que les négociateurs leur remettent au vendredi 4 décembre, 8 heures du matin, la version épurée du texte. Ces derniers ne disposent donc plus que d’une journée de travail. S’en suivra un état des lieux pour tenter de régler les derniers points de divergence. C’est ce texte qui sera ensuite remis à Laurent Fabius samedi puis négocié par les ministres, qui arrivent dimanche. 

Que va-t-il se passer à partir de dimanche ? Dans la coulisse des négociations, trois scénarios se dessinent. Soit les ministres s’emparent du texte tel qu’il est présenté, soit ils acceptent que les co-présidents et les négociateurs travaillent encore sur le texte...Soit ils font un mix des deux !

Mais dans tous les cas, il n’y aura pas de texte surprise comme cela fut le cas à Copenhague, assure le président de la COP. "Nous n’avons pas d’agenda caché, pas de secrets, et pas de texte dans nos poches", a souligné Laurent Fabius. Une référence à la manœuvre désastreuse de la présidence danoise en 2009 qui avait sorti au dernier moment un texte surprise, inconnu de tous. Et qui a mené à l’échec que l’on connaît. 

 

Hiérarchie climatique  

 

Réunir 195 pays autour d’un texte commun est une véritable gageure. Qui suppose une machinerie diplomatique bien huilée.

"En fait, ce ne sont pas 196 pays qui négocient, mais dix grands groupes de négociateurs", explique Seyni Nafo, porte-parole du groupe africain à la COP21. Par exemple, le groupe des pays les moins avancés (que représente Giza Gaspar Martins), le groupe des petits Etats insulaires (qui réunis les îles du Pacifique) ou encore le G77 (qui, comme son nom ne l’indique pas, réuni 134 pays du Sud et auquel peut s'adjoindre la Chine).

Le processus onusien prévoit en effet la réunion de pays aux intérêts similaires en petits groupes de négociateurs. Ces groupes interviennent à quatre niveaux différents des négociations très hiérarchisées : 

  • Au sommet, se trouvent les séances plénières, retransmises sur les chaînes télévisées internes aux Nations unies pour faire acte de transparence. 
  • Viennent ensuite les "open ended contact groups", une formule onusienne pour désigner les réunions entre groupes de négociations. Elles sont gérées par des co-facilitateurs, toujours au nombre de deux pour respecter l’équilibre Nord-Sud : leur rôle est de "faciliter" les négociations et intervenir là où ça coince. Ces groupes de contact gèrent les travaux de sous-groupes.
  • Les sous-groupes examinent quant à eux les points concrets du texte comme l’adaptation des pays au changement climatique (article 4), la question financière (article 6), le transfert de technologies (article 7), etc. "L’organisation en sous-groupe est absolument essentielle. Elle permet de mieux cerner les synergies entre pays et de trouver des zones de compromis. Quand ils font des progrès, ils le rapportent aux co-facilitateurs. Dans le cas contraire, ils continuent à chercher des compromis. Jusque tard dans la nuit", explique Alden Meyer. Le directeur de l’organisation américaine Union of Concerned Scientist suit les négociations climatiques depuis 1990 et conseille le gouvernement américain et les organes des Nations Unies.
  • Enfin, à côté de ces groupes "officiels", il y a les groupes "informels informels", qui sont tellement informels qu’ils nécessitent la double appellation ! C’est l’échelon où les diplomates se retrouvent autour d’un café pour discuter de manière non officielle d’une formulation, d'un mot, d'un chiffre. Et c'est aussi là où les points d'achoppements se dénouent parfois plus facilement...

Pour Giza Gaspar Martins, rompu au mécanisme onusien,  le processus de négociations a débuté il y a 4 ans :  "Nous sommes conscients des enjeux. Le moment est venu de les intégrer dans le texte".

Claire Stam
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