Publié le 04 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21: après 5 jours de négociations, le compte n'y est toujours pas

Alors que les discussions se sont tendues ces derniers jours et que les négociateurs n’ont plus que quelques heures pour remettre leur texte à Laurent Fabius, le président de la COP21, les co-présidents ont publié ce matin deux versions du texte d’accord : le texte officiel et un autre document comprenant des propositions de compromis. L’objectif : réussir à trouver un maximum de consensus d’ici samedi midi.

Cinq jours après le début des négociations, Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la CCNUCC, insiste toujours sur la place du financement dans le futur accord de Paris.
Crédit: Jonathan Raa-NurPhoto

"Le compte n’y est pas encore", a estimé Laurent Fabius, le président de la COP21, lors d’une conférence de presse organisée en début d’après-midi ce vendredi. "Après avoir demandé aux négociateurs d’accélérer le processus, la conclusion est qu’aujourd’hui le compte n’y est pas. Je souhaite vivement que l'esprit de compromis aide à avancer. Nous avons besoin du texte le plus abouti possible pour arriver à un accord final la semaine prochaine avec les ministres".  

Le ministre des Affaires étrangères a d’ailleurs chargé les ambassadeurs François Delattre et Philippe Lacoste, appuyés par Michael Zammit Cutajar, ancien Secrétaire exécutif de la CCNUCC (Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), de consulter tous les groupes de pays sur la méthode des négociations afin de progresser sur les formats, la transparence et le calendrier. "C’est utile pour l’arbitrage politique qui va venir", précise Laurent Fabius.  

 

"Un beau travail de convergence"  

 

Depuis ce matin donc, sur la table des négociateurs, il n’y a plus un seul mais deux textes. Le premier, le texte officiel, a légèrement été modifié et compile les multiples options encore en suspens. Il fait 46 pages. Le second contient des propositions de compromis ajoutées par les co-présidents et les co-facilitateurs, avec une avancée certaine puisque cette seconde version contient deux fois moins de crochets et d’options que la première, tout en ne faisant "que" 38 pages.  

L’objectif est de faciliter le travail des négociateurs pour arriver à un seul texte commun qui doit être remis samedi 5 décembre à midi à Laurent Fabius, le président de la COP21. "Les facilitateurs ont fait un beau travail de convergence et de simplification du texte. C’est une bonne solution pour que les pays puissent dépasser plus facilement leurs formulations initiales", commente la Fondation Nicolas Hulot, qui précise par ailleurs que la situation n’a rien de comparable avec la conférence de Copenhague, où un second texte sorti du chapeau de la présidence danoise avait fait capoter les discussions.  

 

Des avancées sur les pertes et dommage  

 

Parmi les avancées les plus notables, la suppression des mentions "no text" utilisée par les pays qui souhaitent une phrase précise ou qu’un sujet entier soit effacé. "Jeudi les négociations sont parfois tombées dans la surenchère, pays développés et pays en développement introduisant ou défendant des mentions 'pas de texte'. On a assisté à l’équivalent diplomatique d’un caprice d’enfant", note l’ONG Oxfam.  

Sur le mécanisme des pertes et dommage, l’article 5 du projet d’accord, deux options étaient jusqu’alors proposées, créant un véritable point d’achoppement. Jusqu'à présent, il s'agissait seulement d'un "tout ou rien": les pays en développement en faisant toujours un élément essentiel de la signature de l’accord tandis que certains pays développés insistaient pour que le mécanisme ne figure pas dans l’accord final. Dans la seconde version du texte, proposé par les co-présidents, la question est tranchée. En faveur des premiers. Il s’agit seulement de savoir si l’article 5 est publié tel quel ou s’il est intégré à l’article 4 sur l’adaptation.  

 

L’Arabie saoudite contre un objectif de réchauffement de 1,5°C  

 

Les autres points de blocage tels que la différenciation, le financement ou l’objectif à long terme, sont laissés aux ministres qui prendront le relais dès lundi 7 décembre. Sur le dernier point, l’objectif des pays les plus vulnérables est de parvenir à inscrire dans l’accord un seuil de réchauffement de 1,5°C au lieu de 2°C. 'L'examen de cet objectif a été bloqué par les pays pétroliers menés par l'Arabie saoudite. Mais la bonne nouvelle est que les ministres ont un ordre du jour officiel qui leur donne encore la possibilité d'adopter l'objectif de 1,5°C", explique Sven Harmeling de Care International. Cette semaine, la France et l’Allemagne ont pris position en faveur de cet objectif. Au total, 108 pays (sur 195) soutiennent désormais les 1,5°C.   

Sur le financement, un petit pas a également été franchi. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont reconnu que les 100 milliards de dollars promis d’ici 2020 devaient être un plancher pour la suite. Un signal envers les pays en développement qui insistent pour que les pays développés prennent leur responsabilité et financent la totalité de cette somme. Certains pays émergents comme la Chine ont fait savoir qu’ils contribueraient à ce financement, "mais cela doit venir en complément et non pas en substitution", rappelle Christiana Figueres, la secrétaire générale de la CCNUCC. "Il est préjudiciable que sur une question aussi cruciale que celle des financements, les pays attendent souvent le dernier moment avant de sortir leur carte du jeu", se désole Armelle Le Comte, chargée de plaidoyer chez Oxfam.  

Bilan de la première semaine: "nous sommes à la moitié du temps imparti à la négociation, mais nous n'avons pas parcouru la moitié du chemin", conclut le directeur général de Greenpeace France Jean-François Julliard. 

Concepcion Alvarez
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