Publié le 08 juillet 2015

EMPREINTE TERRE

Changement climatique : les villes en première ligne

Concentrant la moitié de la population mondiale, les villes représentent 70 % des émissions de CO2. La moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre dépendent de décisions prises à leur échelle au travers de la construction, des transports ou  de la gestion des déchets1. Elles sont donc particulièrement attendues sur la question du climat. Quelques milliers d’entre elles ont pris conscience de l’urgence et tentent de devenir plus durables. Tour d’horizon des bonnes pratiques.

Lyon sous la canicule en juin 2015
Romain Lafabregue / AFP

C’était une friche industrielle. C’est devenu un modèle d’urbanisme écologique. L’écoquartier d’Hammarby, en périphérie sud-est du centre-ville de Stockholm, en construction depuis les années 90, avait pour ambition de réduire son empreinte écologique de moitié.

Aujourd’hui, l’objectif est presque atteint. Les trois quarts de la réduction des émissions de carbone proviennent des bâtiments et des infrastructures. Parmi les innovations mises en place, il y a la récupération des eaux usées, transformées en énergie. Une partie permet de chauffer les bâtiments et l’autre permet de faire rouler les bus du quartier.

"Les villes disposent des leviers d’action nécessaires pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et s’adapter au changement climatique. Les politiques d’aménagement urbain définissent le modèle de développement des villes pour plusieurs décennies et sont donc déterminantes pour l’atteinte des objectifs d’atténuation et d’adaptation", indique CDC Climat Recherche dans son dernier Climascope, publié le 1er juillet.

 

Faire tomber la frontière privé/public

 

À Stockholm, l’émergence d’Hammarby a été possible grâce à une mise en synergie de tous les acteurs, privés comme publics. "Nous avons dialogué avec tous les intervenants : services communaux, promoteurs, sociétés privées. Au centre de nos discussions, il y a toujours l’envie de trouver des solutions, en passant outre les limites de prestation de chacun et en ne s’attardant surtout pas sur les problèmes. C’est ce qui fait la réussite du projet", explique Yves Chantereau, directeur de l'agence d'architectes Equator qui travaille sur le projet.

En France, la frontière entre public et privé est encore bien présente. C’est justement pour la faire tomber qu’est créé l’Institut pour la ville durable, sous la tutelle de l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine). "L’idée est de décloisonner ces deux mondes et de faire de l’institut un lieu de coworking et de ressources, où privé et public seront représentés et pourront réfléchir et travailler ensemble à la réalisation de quartiers durables", précise Valérie Lasek, directrice de mission de préfiguration de l’Institut pour la ville durable.

Six sites pilotes vont être testés et doivent devenir "la vitrine du savoir-faire français" en la matière. Le premier site pilote retenu se trouve à Marseille. Il s’agit de l’îlot Allar, rebaptisé "Smartseille", étendu sur près de trois hectares. Il doit accueillir 58 000 m2 de bâtiments et 4 000 habitants.

 

Une concertation citoyenne indispensable

 

L’autre élément clé pour rendre la ville durable repose sur le dialogue avec les principaux intéressés : les citoyens, habitants ou salariés, qui vont vivre au quotidien dans cet espace transformé. À Grenoble, le maire EELV Eric Piolle, élu aux dernières municipales, mise largement sur la concertation citoyenne pour verdir sa ville : "Le vrai défi c’est de s’adapter à l’usage des habitants."

Des conseils citoyens indépendants sont mis en place, les débats et le vote sur un budget participatif a récemment rassemblé 300 personnes, et les données sur la ville sont partagées et accessibles à tous. "Nous devenons coproducteurs du changement. L’expertise de chacun est reconnue et prise en compte", ajoute Eric Piolle.

 

Effet d’entraînement des villes

 

Les villes peuvent ainsi avoir un effet d’entraînement fort sur les autres acteurs. "Elles peuvent envoyer des signaux économiques forts et fournir des incitations ciblées selon leurs moyens et de leurs compétences, par exemple via la fiscalité locale, l’introduction de critères carbone dans la commande publique ou encore la mise en place d’un système d’échange de quotas carbone", détaille CDC Climat Recherche.

C’est notamment ce qu’a fait Tokyo en mettant en place le premier système d’échange de quotas d’émissions de CO2 au niveau d’une ville en 2010, pour répondre à son objectif de réduction des émissions de GES de 25 % en 2020 par rapport à 2000. En couvrant à la fois les émissions produites par les centrales électriques et les émissions indirectes des bâtiments publics et commerciaux, "20 % des émissions de la métropole sont couvertes, soit 14 millions de tonnes de CO2 en 2012", précise CDC Climat recherche.

Un succès réplicable : en Chine, d’autres villes comme Pékin, Shanghai ou Chongqing testent un marché carbone local.

Ce qui change aussi la donne, c’est la mise en commun des expériences de ces collectivités. À travers la création de réseaux, de plus en plus puissants, elles prennent des engagements communs et espèrent pouvoir faire entendre leur voix sur le climat.

Le 26 mars dernier, à Paris, pas moins de trente villes françaises et européennes (Paris, Berlin, Rome, Amsterdam, Bucarest, Lisbonne, Dublin, Lyon…), représentant plus de 60 millions d’habitants, ont revendiqué leur rôle central dans la lutte contre le réchauffement climatique. Elles se sont engagées à réduire d’au moins 40 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, objectif fixé également par l’Union européenne. Et comptent bien jouer de cet effet de levier sur les autres acteurs, y compris privés, par le biais de la commande publique notamment.

Au niveau mondial, plusieurs déclarations et rassemblements concrétisent l’engagement des villes. Au sommet mondial Climat et Territoires, qui s’est tenu cette semaine à Lyon, les acteurs non-étatiques ont signé une déclaration d’une ampleur inédite, compilant leurs intentions pour lutter contre le dérèglement climatique, sans toutefois s’accorder sur un objectif chiffré commun. Du côté des réseaux, la Convention des Maires, avec plus de 6 400 signataires, constitue la plus grande coalition de villes engagées sur des objectifs de réduction d’émissions ambitieux : - 28 % d’ici 2020.

 

[1] Selon le rapport Delebarre & Dantec, 2014.

Concepcion Alvarez
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