Publié le 02 mai 2017

Présidentielle 2017

Présidentielle 2017 : Le mauvais calcul de la renationalisation d’EDF

Dans le camp de Marine Le Pen, on appelle à ce que l’État reprenne 100 % du capital d’EDF contre 83,1 % aujourd’hui. En cas de renationalisation, les deux conséquences majeures seraient une perte de transparence sur le nucléaire et une possible sortie du marché commun européen. Emmanuel Macron n’évoque pas, quant à lui, de changement du capital de l’entreprise. Même si ce dernier, en tant que ministre de l’Economie, a renforcé le rôle de l’Etat-actionnaire vis-à-vis de l’électricien.

EDF, détenue à 83 % par l'État, doit-elle revenir 100% publique ?
EDF

Interrogez les Français : combien sauront qu’EDF n’est plus une entreprise 100 % publique ? Fondée en 1945 afin de participer à la reconstruction de la France d’après-guerre, l’entreprise fait partie du patrimoine industriel français. Pourtant en 2004, celle-ci a perdu son statut d'établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) à la faveur de celui de société anonyme (SA). Cela a permis de faire rentrer l’entreprise en bourse en 2005.

Au 31 mars 2017, l’État détient toujours 83,1 % d’EDF, le reste est entre les mains d’actionnaires institutionnels, individuels et salariés. Cette perte de contrôle relative de l’État sur l’entreprise, faite entre autres dans le cadre de la déréglementation du secteur énergétique en Europe, n’a pas été du goût de toute la classe politique. Plusieurs candidats du premier tour ont appelé à renationaliser EDF, à commencer par Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise). Dans son programme, il voulait "créer un pôle public de l'énergie pour mener une politique cohérente, en renationalisant EDF et Engie (ex-GDF)".

 

Laisser les dividendes chez EDF pour Emmanuel Macron

 

EDF a été l’un des fils rouges du quinquennat de François Hollande : changement de PDG, réduction de l’endettement (37,4 milliards d’euros), engagement du programme de prolongation de la durée de vie des réacteurs, fermeture – loupée - de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), accompagnement de l’entreprise pour décrocher la construction des deux réacteurs EPR à Hinkley Point (Angleterre), avancée du chantier de l'EPR de Flamanville (Manche), négociation sur le rachat par EDF d’une partie d’Areva, organisation d'une augmentation de capital de 4 milliards d’euros…

Pour Emmanuel Macron (En Marche), pas question de revenir pour autant sur le statut d’EDF. Son programme ne fait même pas mention de l’entreprise. Il faut dire que l’ancien ministre de l’Économie a participé à presque tous ces chantiers d’EDF, alors que Ségolène Royal, pourtant en charge de l’Environnement et de l’Énergie, n’avait plus la main sur le nucléaire. Toutefois, une de ses décisions a prouvé qu’EDF n’est pas une société cotée comme les autres. Il a acté que l'État ne prélèverait plus ses deux milliards de dividendes annuels, ce qui était pourtant la règle depuis plus d’une décennie.

 

Recréer un service public pour Marine Le Pen

 

En revanche, du côté de Marine Le Pen, ce n’est pas le même son de cloche. Le 134e point de son programme parle de "garder le contrôle de l’État sur EDF, en lui redonnant une véritable mission de service public." Les observateurs du monde de l’énergie y voient la volonté de faire remonter l’État à 100 % dans le capital d’EDF. C’est d’ailleurs le scénario qu’évoque Jean Messiha, l’un des conseillers de la candidate frontiste. De même, Philippe Murer, conseiller économique, souhaite le retour à un "EDF public".

Une volonté en ligne avec Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) qui deviendra Premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen. Dans son programme pour l’élection 2017, il propose de "maintenir l’actionnariat public d’EDF (l’électricité et l’énergie sont des biens stratégiques de la nation) et restituer au CEA la maîtrise de la recherche et de la technologie nucléaire". Mais surtout, en 2012, Nicolas Dupont-Aignan appelait à "une renationalisation complète d’EDF et une fusion avec GDF (Ndr : actuel Engie)". Il expliquait alors : "Je n’accepte pas que des entreprises qui gèrent le nucléaire soient soumises aux contraintes du marché".

  

Sortir du marché commun européen

 

Du côté de la direction d’EDF, on n’est pas favorable à ce scénario de recapitalisation. Un haut responsable explique : "Si nous ne sommes plus cotés, cela signifie que nous n’avons plus de publications obligatoires (document de référence). Cela irait à l’encontre de la transparence sur l’énergie nucléaire. Nous serions alors accusés, de nouveau, de cacher des informations". Ce serait un retour en arrière alors que la transparence dans le nucléaire a été un long combat qui s’améliore peu à peu depuis 2006 avec la loi relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire.

 

Outre la question de l’accès à l’information, se pose un enjeu plus économique. "J’ai du mal à voir quelle est la finalité de revenir à 100 % dans EDF, explique Nicolas Goldberg, analyste chez Colombus Consulting. Soit, c’est de l’ordre du symbole, auquel cas l’État a autant de pouvoir en possèdant 83 % ou 100 % d’EDF. Soit, il s’agit de sortir EDF du marché commun européen. Il faudrait alors renégocier des contrats cadres avec tous les pays avec lesquels nous sommes interconnectés".

 

Une hausse des tarifs de l’électricité

 

Certes la candidate n’a rien dit de tel, mais, dans un communiqué de février 2017, le Front national juge que "pour redresser EDF et l’emploi, nous devons nous libérer de la contrainte européenne pour permettre à l’État stratège d’engager plus sûrement les investissements nécessaires à la réalisation du Grand Carénage tout en investissant dans les énergies renouvelables. Son statut d’entreprise publique doit également être garanti en refusant toute cession de parts que l’État détient dans EDF".

 

Une sortie du marché européen conduirait à une hausse du tarif de l’Arenh (Accès régulé à l’énergie nucléaire historique). Aujourd’hui à 42 euros par mégawattheure, il atteindrait 60 euros par mégawattheure, explique Nicolas Goldberg. Une hausse qui se répercuterait in fine sur les usagers… en contradiction avec la volonté de la candidate d’accroître le pouvoir d’achat des Français.

Ludovic Dupin
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