Publié le 08 octobre 2020

SOCIAL

Total en Ouganda : nouvelles alertes sur les risques de violations des droits humains et de dégâts environnementaux

Total prévoit de développer un projet pétrolier en Ouganda et un oléoduc géant reliant la Tanzanie. Mais des ONG françaises et ougandaises ont assigné la multinationale devant la justice sur son devoir de vigilance. Sur place, de nombreux risques sont pointés concernant les violations des droits humains et les dégradations environnementales. Deux nouveaux rapports appellent les entreprises présentes sur place à placer le dialogue avec les communautés au centre de leur processus de décision.

Site des futurs gisements petroliers ouganda
Le futur site des gisements sur les rives du lac Albert, en Ouganda.
@Martin Dudek / FIDH

Il faut encore attendre le 28 octobre pour que la Cour d’appel de Versailles se prononce sur l’affaire qui oppose deux ONG françaises et quatre associations ougandaises à Total. Celles-ci ont assigné la major sur le devoir de vigilance en décembre dernier pour sa participation à un projet pétrolier en Ouganda, impliquant le forage de 419 puits de pétrole près du lac Albert et la construction d'un oléoduc de 1 445 km reliant le pays à la Tanzanie. En première instance, le tribunal de Nanterre s’était déclaré incompétent, renvoyant l’affaire devant le tribunal de commerce.

En attendant la nouvelle audience, les ONG entendent bien maintenir la pression. La FIDH (Fédération internationale pour les droits humains) et Oxfam ont publié le 10 septembre deux rapports d’impacts sur les risques humains et environnementaux liés à ce projet pétrolier (1). “Malgré les promesses d’emplois et d’avenir meilleur, les communautés s’inquiètent de perdre leur terre, des dégâts environnementaux et des ‘promesses vides’ de l’argent du pétrole”, constate Caroline Brodeur, experte en entreprises et droits humains pour Oxfam.

Les familles craignent pour leur santé et leur survie

Au total, 12 000 familles devraient être expropriées et des menaces pèsent sur l’un des écosystèmes les plus riches au monde en matière de biodiversité, les gisements de pétrole étant situés au sein de plusieurs réserves naturelles et d’une zone humide protégée par le droit international, révèlent les ONG. "En plus de la perte de leurs terres, les communautés craignent une contamination de l’eau et de l’air" explique la FIDH. "Les tests de puits de pétrole effectués il y a quelques années ont déjà eu des conséquences graves (…), des troubles de la vision et de l’audition ainsi que des maladies respiratoires. Certains affirment en ressentir les effets encore à ce jour." 

Les premières phases de développement ont également eu des impacts sur les droits humains avec des assassinats, des violences, des harcèlements, des expulsions forcées et des failles majeures dans les procédures. Celles-ci occultent par exemple l’importance des terres communales dans le prix fixé pour la compensation ou les conditions environnementales et agricoles lors de la réinstallation. Les tensions restent vives aujourd’hui et les familles craignent de ne pas subvenir à leurs besoins sur leurs nouvelles terres.

Renforcer le dialogue avec les communautés

Les ONG préconisent dès lors de mieux prendre en compte l’avis des communautés dans leur processus de décision. De son côté, Total reconnaît que les retards dans le processus d'investissement ont entravé leurs efforts pour assurer une acquisition des terres et un paiement des compensations dans un timing opportun. La paralysie des opérations a également conduit la compagnie à réduire la présence de son personnel et de ses sous-traitants autour du lac Albert, affaiblissant davantage l’accès aux informations des communautés impactées.

Mais le groupe compte sur ce projet pour assurer sa croissance. Les réserves de pétrole y sont estimées à six milliards de barils. "Cela s'inscrit pleinement dans notre stratégie d'acquisition de ressources long terme à bas coût", a expliqué son PDG, Patrick Pouyanné, dans un communiqué. Total a conclu le 13 septembre un accord avec le gouvernement ougandais sur la construction de l'oléoduc. Ce qui ouvre la voie à l’ultime décision d’investissement qui lancera l’exploitation en 2020 et la mise en place de l’oléoduc en mars 2021.

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Voir la synthèse conjointe des deux rapports 


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