Publié le 22 juin 2022

SOCIAL

Parité, diversité... Si l’Assemblée nationale était une entreprise, elle serait épinglée

Alors que les nouveaux députés font leur entrée à l’Assemblée nationale, pour la première fois, depuis 1988, la part des femmes a reculé. Comme les instances dirigeantes des grandes entreprises, les partis politiques sont pourtant sujets à des sanctions. "On a ici une dissonance entre ce que les députés votent et le fait qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes ce principe", explique Marie Donzel, experte de l’égalité professionnelle et directrice associée du cabinet AlterNego. 

Assemblee nationale THOMAS SAMSON AFP
Les femmes représentent à peine plus d'un tiers des députés nouvellement élus à l'Assemblée nationale.
THOMAS SAMSON / AFP

La parité à l’Assemblée nationale a chuté, pour la première fois depuis 1988. Le recul est, certes, faible, mais il marque un symbole fort. Le taux de femmes élues est passé de 38,8 % à 37,26 %. 215 femmes siégeront donc dans l’hémicycle contre 224 en 2017. Si la Nupes, Nouvelle union populaire écologique et sociale, est la meilleure élève avec 44 % de femmes, l’alliance Les Républicains / UDI n’en compte que 28 %. De quoi susciter la colère, dans le journal La Croix, de Marie-Jo Zimmermann, membre d’Horizons et ancienne rapporteure générale de l’Observatoire de la parité. Celle qui a réussi à imposer un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des grands groupes se dit "estomaquée" par ce recul. 

Pourtant, comme en entreprise, des sanctions existent. À plus de 2 % d’écart entre le nombre de candidats et de candidates présentés, le parti politique subit des pénalités. En 2018, les Républicains sont passés à côté de 1,8 million d’euros d’aides publiques en raison de ces inégalités. "C’est scandaleux de préférer payer, comme s’ils n’avaient pas perdu assez d’argent", rétorque Marie-Jo Zimmermann toujours dans La Croix. "On retrouve clairement les mêmes arguments que dans les instances dirigeantes des entreprises", analyse pour Novethic Marie Donzel, experte de l’égalité professionnelle et directrice associée du cabinet AlterNego. 

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L’Assemblée nationale est un comité de direction 

"L’Assemblée nationale, si on la compare au secteur privé, ce n’est pas une entreprise, c’est un comité de direction en termes de pouvoir, de rémunération,… Or après les lois Copé-Zimmermann et Rixain, on sait que la parité est une question de justice et de performance. On a ici une dissonance entre ce que les députés votent et le fait qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes ce principe", explique Marie Donzel. L’hémicycle reste ainsi un haut-lieu de l’entre-soi masculin. 

"Une fois les conditions "normales" des élections revenues (plus de nouveau parti conquérant), les réflexes de l’entre-soi masculin ressurgissent", établit la philosophe féministe Camille Froidevaux-Metterie. "Les hommes squattent les positions de pouvoir et empêchent par là même une plus grande diversité des candidatures", explique la professeure de Science politique à l'université de Reims dans Libération. Au-delà de la parité, c’est aussi la question de la représentativité qui est posée et de l’accès à ces hautes fonctions.

La sur-représentation des cadres n’a pas toujours existé 

De nouveaux métiers issus des classes populaires sont désormais représentés dans l’hémicycle à l'instar de la très médiatisée femme de chambre Rachel Keke. Mais ces cas sont encore isolés, les cadres et professions intellectuelles supérieures pesant encore pour 60 % des députés élus. Cela n’a pas toujours été le cas. Selon l’Observatoire des inégalités, la France comptait 20 % de députés issus des catégories populaires au lendemain de la Seconde guerre mondiale contre 4,6 % aujourd’hui, rappelle l’Obs. D’où l’idée de l’économiste Julia Cagé d’imposer un quota de députés issus des classes populaires.

"Si l’on veut rendre l’Assemblée plus représentative de la société, il faut changer la loi et introduire des règles garantissant la parité sociale", écrit-elle dans un tweet. Un outil, qui permettra, selon elle, de lutter contre l’abstention.

Marina Fabre Soundron @fabre_marina


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