Publié le 25 juin 2021

SOCIAL

Ouïghours : les États-Unis sanctionnent cinq entreprises impliquées dans le travail forcé

Face au travail forcé des Ouïghours en Chine, les États-Unis prennent des mesures drastiques. La Maison Blanche a annoncé l’interdiction d’importation et limité les investissements américains de plusieurs entreprises chinoises impliquées dans la persécution de la minorité musulmane dans la province du Xinjiang alors qu’un nouveau rapport, terrifiant, d’Amnesty International, rapporte des faits de torture, de persécution et d’emprisonnement de masse. 

Ouighours chine ALI ATMACA ANADOLU AGENCY Anadolu Agency via AFP
Les Etats-Unis ont pris plusieurs mesures économiques visant des entreprises chinoises impliquées dans travail forcé des Ouighours.
ALI ATMACA / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Les États-Unis viennent d’annoncer l’interdiction d’importations américaines des matériaux servant à la fabrication des panneaux solaires de la société chinoise Hoshine Silicon Industry. Cette décision est basée "sur des informations indiquant raisonnablement que Hoshine a utilisé le travail forcé pour fabriquer des produits à base de silice", dans la région du Xinjiang où la minorité musulmane ouighoure est persécutée, a indiqué la Maison Blanche dans un communiqué. 

Parallèlement, le ministre du Commerce a indiqué qu’il allait restreindre l’achat de marchandises, logiciels et technologies américaines par Hoshine et quatre autres entreprises du Xinjiang, produisant du silicone pour panneaux solaires ou de l’aluminium. "Comme nous l'avons clairement indiqué lors du sommet du G7 de ce mois-ci, les États-Unis se sont engagés à utiliser tous leurs outils, y compris les contrôles à l'exportation, pour garantir que les chaînes d'approvisionnement mondiales ne sont pas soumises au travail forcé et que la technologie n'est pas utilisée à mauvais escient pour violer les droits de l'Homme", a déclaré la secrétaire au Commerce Gina Raimondo. "Le département du Commerce continuera à prendre des mesures fermes et décisives pour que la Chine et les autres auteurs de violations des droits humains soient tenus pour responsables".

La Chine défend des "centres de formation professionnelle"

Les États-Unis, comme d’autres pays occidentaux et de nombreuses organisations internationales, accusent Pékin de mener des persécutions à grande échelle contre les Ouïghours, musulmans et turcophones, qui constituent le principal groupe ethnique du Xinjiang. Ils lui reprochent d’avoir arbitrairement interné plus d’un million de Ouïghours dans des camps au Xinjiang, une immense région de l’ouest de la Chine qui a notamment des frontières communes avec l’Afghanistan et le Pakistan.

La Chine dément ce chiffre et affirme qu’il s’agit de centres de formation professionnelle, destinés à aider la population à trouver un emploi afin de l’éloigner de la tentation de l’extrémisme islamiste. Les États-Unis ont déjà bloqué l’importation de produits capillaires, de coton, de pièces informatiques ou textiles fabriqués dans des entreprises de la région. Surtout, Joe Biden a décidé d’allonger la liste noire des entreprises chinoises privées d’investissements américains. Une liste que l’administration Trump avait établie. On y trouve 59 entreprises dont le fabricant de téléphones Huawei, le géant pétrolier Cnooc ou encore l’un des principaux fabricants de semiconducteurs au monde, Smic. 

Cette décision intervient quelques jours seulement après la publication d’un nouveau rapport d’Amnesty International. Emprisonnement de masse, stérilisation forcée, torture, persécution… dans un document de 160 pages, l’ONG raconte l’horreur des camps Ouighours et qualifie de "crime contre l’humanité" la situation actuelle. "Les autorités chinoises ont créé un paysage d’enfer dystopique à une échelle stupéfiante dans la région autonome ouighoure au Xinjiang", explique dans un communiqué Agnès Callamard, secrétaire générale de l’ONG. 

 Marina Fabre avec AFP


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