Publié le 01 mars 2022

SOCIAL

Guerre en Ukraine : Les sanctions inédites des Occidentaux provoquent une crise financière en Russie

Gel des avoirs de la banque centrale russe, exclusion de banques russes du système de messagerie financière Swift, fermeture de l’espace aérien… Les dirigeants de l'Union européenne, soutenus par les puissances occidentales, déploient des armes économiques et financières massives pour isoler l’économie Russe. "Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie", déclare Bruno Le Maire ce mardi. La Russie prépare l'offensive sur le terrain économique et financier mais le pays de Vladimir Poutine va devoir lutter pour éviter la faillite.

Russie banque faillite
Queue devant un distributeurs en Russie
AFP, Michal Cizek

"Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe", lance ce mardi Bruno Le Maire. Les européens ont en effet décidé de frapper sur tous les fronts de la sphère financière russe pour pousser le pays de Vladimir Poutine à renoncer à son aventurisme guerrier, à commencer par la création monétaire. "Les européens ont envoyé un signal très, très clair en choisissant de geler les avoirs de la banque centrale russe. Cette décision est très rare dans l’histoire", analyse Christopher Dembik, économiste et directeur chez Saxo Bank. Annoncé ce dimanche 27 février en coordination avec le G7 et rejoint par la Suisse, le nouveau dispositif européen inclut des réserves détenues par la Banque centrale russe à l’étranger.

Aujourd’hui, cette dernière dispose de 640 milliards de dollars de réserve de change dont environ 100 milliards sont placés à l’étranger. "Un sixième des réserves de changes sont ainsi saisis du jour au lendemain. Personne ne s’attendait à une telle décision", avance Christopher Dembik. "Immobiliser la banque centrale d’un grand pays est complètement fou, et sans précédent", ajoute, sur Twitter, Steven Hamilton, professeur à l’université américaine George-Washington et ancien du Trésor australien.

Privée d’une partie de ses réserves de changes, la Banque centrale russe pourrait en effet être en difficulté pour soutenir la monnaie nationale déjà sous pression, ce qui alimente l’inflation et fait planer un risque de récession. Après l'annonce de ces sanctions le rouble a en effet connu un krach le 28 février, plongeant en séance de 28%. Pour le soutenir, la Banque centrale de Russie a porté son taux directeur de 9,5 à 20% et exige des entreprises russes qu'elles vendent 80 % de leurs revenus en devises étrangères. Malgré ces mesures, la dette du pays est dégradée en catégorie spéculative par l'agence S&P et le pays a plus de 50% de risque de faire défaut, selon les marchés dérivés.

Une faillite bancaire se profile en Russie

Un risque amplifié par la décision des européens d’exclure la majeure partie des banques russes du système international de messagerie interbancaire SWIFT. Ces sanctions qui s'attaquent cette fois aux réseaux de banques de détail contribue à amplifier le mouvement de panique qui provoque d'importants retraits d’argent de citoyens russes. Résultat, les caisses d'une des principales banques russes sont vides et le spectre de la faillite bancaire se précise. La filiale européenne de Sberbank, détenue majoritairement par le gouvernement russe, est déclarée en "faillite ou faillite probable" par la Banque centrale européenne (BCE).

Les occidentaux ont également annoncé la saisie des actifs de personnalités et oligarques russes. "Nous poursuivons le recensement complet des avoirs financiers, des biens immobiliers, des yachts, des véhicules de luxe qui appartiendrait aux personnalités russes sous sanctions européennes" a déclaré Bruno Le Maire à la sortie du Conseil de Défense exceptionnel. "Nous nous doterons des moyens juridiques de nous saisir de l'intégralité de ces biens", ajoute le ministre de l'Économie. "Saisir les avoirs et réserves est l’arme ultime. Ces décisions vont créer un électrochoc", avance Christopher Dembik. Plusieurs oligarques ont en effet appelé à la fin du conflit, à l’image du banquier Mikhail Fridman et du magnat de l'aluminium Oleg Deripaska. Selon Forbes, les 116 premiers milliardaires russes ont perdu près de 100 milliards de dollars depuis le 16 février. 

"Les sanctions sont lourdes", reconnait Moscou

Par ailleurs Vladimir Poutine prépare l’offensive. "Les sanctions sont lourdes, elles posent problème (...) mais la Russie a tout le potentiel nécessaire pour compenser les dommages", a fait savoir Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. À court terme, les effets des sanctions internationales sont potentiellement surmontables dans la mesure où, depuis la guerre de 2014, Moscou a diminué sa dépendance économique. Le pays a en effet presque doublé ses réserves de changes sur les 5 dernières années. Il dispose en outre d’une faible dette publique (17,8% du PIB en 2021) et d’une balance des comptes courants excédentaires. "Mais si les sanctions durent, les soupapes de sécurité vont sauter", affirme Christopher Dembik. 

Des risques amplifiés par la menace de l'UE qui veut "empêcher Poutine d’utiliser son trésor de guerre" pour soutenir son économie, affirme Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Toutefois, les sanctions des pays Occidentaux ont aussi un impact sur leurs propres marchés, en particulier sur ceux des matières premières. Elles accélèrent la hausse des prix de l'énergie et l'inflation.

Mathilde Golla @Mathgolla


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