Publié le 02 août 2021

SOCIAL

En plein scandale des Ouïghours, le directeur général de Sandro, Maje et Claudie Pierlot démissionne

Le groupe SMCP, qui détient les marques Sandro, Maje et Claudie Pierlot, vient d'annoncer le départ de son directeur général Daniel Lalonde. Si le géant du textile affirme que sa démission n'a "rien à voir" avec le scandale des Ouïghours, le groupe fait néanmoins face à une crise. Début juillet, le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête le visant pour "recel de crime contre l'humanité".

Ouighours chine ALI ATMACA ANADOLU AGENCY Anadolu Agency via AFP
Une enquête a été ouverte visant notamment le groupe textile SMCP pour évaluer son implication dans le travail forcé des Ouïghours en Chine.
Ouighours chine ALI ATMACA ANADOLU AGENCY Anadolu Agency via AFP

Daniel Lalonde, le directeur général de SMCP, démissionne de ses fonctions du groupe textile. Isabelle Guichot, ancienne directrice générale de Maje, l'une des marques de prêt-à-porter féminin phares du groupe, passée par les groupes Kering (Gucci, Saint Laurent, etc.) et Richemont (Cartier, Piaget, Montblanc, etc.), va désormais assurer les fonctions de DG de SMCP. "Le Conseil tient à remercier Daniel Lalonde pour l’intégralité du remarquable travail accompli au cours de ces huit années au sein du Groupe et plus particulièrement ces derniers mois où son implication et ses qualités de manager ont été de précieux atouts pendant la crise Covid", a indiqué l’entreprise dans un communiqué. 

Le groupe peine pourtant à se relever de la crise sanitaire. Il a annoncé le 27 juillet des ventes au deuxième trimestre encore inférieures de 14 % à celles de 2019 malgré un rebond de 59,1 % par rapport à l’année dernière, tiré par la Chine et les États-Unis. SMCP, qui a pour actionnaire majoritaire Topsoho, société détenue par le Chinois Shandong Ruyi, a d'ailleurs signé un nouveau prêt garanti par l'État (PGE) de 53 millions d'euros le 30 juin dernier. Si le Covid-19 a fait plonger le groupe dans le rouge, SMCP est aussi englué dans des accusations liées au travail forcé des ouïghours. 

Ouverture d’une enquête 

Au côté de trois autres poids lourds de l’habillement, Inditex, qui détient les marques Zara, Bershka ou encore Massimo Dutti, Uniqlo France et le chausseur de sport Skechers, SMCP est visé par une enquête en France pour "recel de crimes contre l’humanité". Cette enquête fait suite à une plainte, déposée en avril dernier par trois ONG, l’association Sherpa, le collectif Éthique sur l'étiquette, l'Institut ouïghour d'Europe ainsi qu'une femme ouïghoure ayant été internée dans la province du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine. 

Depuis plus de deux ans maintenant, les défenseurs des droits humains accusent en effet la Chine de persécuter la minorité musulmane ouïghoure. Plus d’un million d’entre eux seraient internés dans des camps de travail forcé. Il y a un an, 180 ONG avaient publié un rapport dans lequel elles évaluaient qu’environ un vêtement en coton sur cinq vendus dans le monde contenait du coton ou du fil venu du Xinjiang qui serait lié au travail forcé des Ouïghours. Pour les plaignants, la question est de savoir si les grands noms de l’habillement ont profité du travail forcé de cette communauté persécutée. 

Chute en Bourse 

SMCP réfute ces accusations "avec la plus grande fermeté (...) et entend coopérer pleinement à l'enquête pour démontrer que celles-ci sont fausses. L'ouverture d'une enquête est une étape nécessaire à l'établissement de la vérité et ne constitue nullement une reconnaissance du bienfondé de la plainte", avait réagi le groupe le 1er juillet dernier. Quelques jours après l’annonce de l’ouverture de l’enquête en France concernant les Ouïghours, le titre de SMCP chutait en Bourse. Malgré un rebond fin juillet, il n’a toujours pas atteint son niveau d’avant l’affaire.

Contacté par Novethic, le groupe souligne que le départ de Daniel Lalonde au poste de directeur général n’a "rien à voir" avec la plainte pour "recel de crime contre l’humanité". "Le groupe a toujours réfuté fermement ces accusations", souligne un porte-parole.

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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