Publié le 23 août 2022

SOCIAL

Coupe du monde 2022 : Le Qatar expulse des travailleurs étrangers réclamant leur salaire

C'est une nouvelle preuve de violation des droits humains liée à la Coupe du monde au Qatar. Selon l'ONG Equidem, 60 travailleurs étrangers travaillant sur les chantiers de l'évènement sportif ont été expulsés du pays après une mobilisation pour réclamer leur salaire. Les autorités se défendent et accusent les travailleurs "d'avoir enfreint les lois sur la sécurité publique". Mais les études se multiplient pour dénoncer les pratiques du Qatar à moins de 100 jours de l'évènement.

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En mars 2021, lors des matchs de qualification, l'équipe d'Allemagne avait dénoncé les atteintes aux droits humains au Qatar.
@TobiasSchwarz AFP-Pool dpa Picture-Alliance via AFP

"Qui peut encore regarder la Coupe du monde 2022 comme si de rien n’était ?", s’interroge un internaute sur Twitter. Et pour cause, les atteintes aux droits humains se multiplient pour cet évènement sportif international organisé au Qatar en novembre prochain. Selon l’ONG britannique Equidem, le Qatar aurait en effet expulsé des dizaines de travailleurs étrangers ayant organisé une rare manifestation pour réclamer leurs salaires impayés. 

Le 14 août, au moins 60 travailleurs -dont certains n'avaient pas été payés depuis sept mois- ont bloqué la circulation devant l'entreprise Al Bandary à Doha, a indiqué dans un communiqué Equidem, une organisation de conseil spécialisée dans les droits humains et les droits du travail basée à Londres. "Nous avons parlé à des travailleurs ayant manifesté et à l'un d'eux qui a été expulsé vers le Népal. Nous avons confirmé qu'il était rentré chez lui, et que d'autres du Népal, du Bangladesh, d'Inde, d'Égypte et des Philippines ont également été expulsés", a dit le directeur exécutif d'Equidem, Mustafa Qadri. 

Au moins 6 500 travailleurs étrangers morts

Le gouvernement du Qatar a déclaré dimanche 21 août qu'"un certain nombre de manifestants avaient été arrêtés pour avoir enfreint les lois sur la sécurité publique". "Une minorité de personnes qui n'ont pas manifesté de manière pacifique et ont agi en violation des lois sur la sécurité publique risquent l'expulsion sur ordre de la justice", a-t-il ajouté sans donner de détails sur le nombre de travailleurs concernés. Le ministère du Travail a déclaré de son côté qu'il payait les salaires des travailleurs d'Al Bandary, sans autre précision. Il a ajouté que "des mesures" avaient été prises contre l'entreprise, qui faisait déjà l'objet d'une enquête pour non-paiement des salaires.

Selon une enquête du Guardian publiée l’année dernière, 6500 travailleurs du Pakistan de l’Inde, du Népal, du Bengladesh et du Sri Lanka seraient morts sur les chantiers de la Coupe du monde depuis que le Qatar a obtenu le droit d’organiser l’évènement il y a 11 ans. En moyenne, 12 travailleurs migrants sont donc morts chaque semaine depuis décembre 2010. "Le nombre total de morts est nettement plus élevé, car ces chiffres n'incluent pas les décès d'un certain nombre de pays qui envoient un grand nombre de travailleurs au Qatar, notamment les Philippines et le Kenya. Les décès survenus au cours des derniers mois de 2020 ne sont pas non plus inclus", soulignait le quotidien britannique. 

Appels au boycott

Les appels au boycott se multiplient ces derniers mois. Les groupes de défense des droits humains ont reçu un soutien de taille le 8 août dernier. L’ex-footballeur international allemand Philipp Lahm a annoncé boycotter le mondial. "Les droits humains doivent jouer un rôle plus important dans l’attribution des compétitions", a déclaré celui qui est désormais président de l'organisation de l’Euro 2024 en Allemagne. "En tant que joueurs, vous ne pouvez plus faire comme si vous ne le saviez pas. Cela ne devrait plus se reproduire à l’avenir." En mars 2021, lors de matches de qualification pour la Coupe du monde 2022, des joueurs des équipes nationales allemande, norvégienne et néerlandaise avaient interpellé les téléspectateurs en portant des t-shirts Human Rights. 

En plus de ces atteintes aux droits humains, c’est aussi l’hérésie environnementale qui est pointée du doigt avec des promesses de neutralité carbone reposant sur une compensation très critiquée. "La communication de la Fifa est abusive et mensongère. Ils sous-estiment les émissions globales des constructions des stades", indiquait ainsi Gilles Dufrasne,  à la tête de l’ONG belge Carbon Market Watch qui a publié le rapport : "Mauvais tacle : Carton jaune pour la FIFA 2022 sur sa déclaration de neutralité carbone pour la Coupe du monde".

Marina Fabre Soundron avec AFP


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