Publié le 16 novembre 2020

SOCIAL

Arguments d’autorité, charge de la preuve, peurs… Tout ce qui ne va pas avec Hold-Up, le documentaire sur le Covid-19

Le complotisme gagne beaucoup de terrain en France. Et la pandémie mondiale du Covid-19 est un terreau fertile pour ce type de thèse. C’est ainsi qu’a pu voir le jour "Hold-Up", censé être un documentaire prouvant que le Covid-19 est une manipulation mondiale. Entre des affirmations avancées sans preuves et des experts discutables, ce film, déjà vu plus de 2,5 millions de fois sur Internet, doit nous alerter sur les techniques de manipulations courantes.

Hold up
Le film Hold-Up sur le Covid-19 est sorti le 11 novembre dernier.
@DR

Depuis mercredi 11 novembre, le documentaire Hold-Up sur le Covid-19 fait polémique. Il est autant adulé par certains que rejeté en masse par les autres. À l’heure où le raisonnement laisse place souvent au complotisme, ce film de 2h43 a de quoi plaire à certains. Le message des réalisateurs (Pierre Barnérias, Nicolas Réoutsky et Christophe Cossé, tous anciens de France Télévision ou Arte) est que le Covid-19, dû à un virus fabriqué par l’homme, doit permettre au Forum Davos de soumettre l’Humanité. Un argument présenté après deux heures de bourrage de crâne.

Le premier ressort de Hold-Up est le montage. L’idée est de présenter à la suite des dizaines de thématiques différentes (parfois intéressantes) sans hiérarchie, sans contre-argument. Ainsi, on traite au même niveau les études de l’OMS, les violences faites aux femmes, les affections cutanées dues aux masques, les pseudo-camps de malades au Canada, l’hydroxychloroquine, des agressions sexuelles sur mineurs, le dépôt de brevets, le champ lexical d’Emmanuel Macron... Seul fil rouge, un inquiétant fond noir et une musique qui fait peur.

Le chimiste qui se veut épidémiologiste

La deuxième astuce est que nombre de ces arguments sont portés par des prestigieux intervenants au CV impressionnant. Par exemple, intervient à plusieurs reprises Michael Levitt, biophysicien à l'Université de Stanford. Il assure que les gouvernements sont responsables de dizaines de milliers de morts car ils n’ont pas choisi la stratégie de l’immunité collective. Un argument convaincant puisqu’il provient du prix Nobel de Chimie 2013. C’est ce que l’on appelle un argument d’autorité.

Le fait qu’un grand scientifique, nobélisé, parle ne veut pas dire qu’il a raison. Bien que biophysicien et chimiste, il n’est pas un expert en virologie, en épidémiologie ou en médecine. Et cela se répète. Une gynécologue, une dermatologue, un anthropologue, une profileuse ne sont pas experts en dehors de leur domaine de compétence. Le documentaire a même réussi à interviewer Philipe Douste-Blazy, ancien ministre de la Santé qui défendra l’hydroxychloroquine. Le médecin a toutefois pris ses distances avec le film dont il dénonce le contenu.

Troisièmement, le documentaire avance beaucoup de faits - l’hydroxychloroquine fonctionne, le virus a été fabriqué en laboratoire, les autopsies sont interdites, les masques sont inefficaces… - sans jamais les sourcer ou les prouver. Les auteurs retournent la charge de la preuve vers les médias et les spectateurs qui doivent, eux, prouver que ce qui est dit est faux. Or, il ne faut jamais oublier "qu’un argument avancé sans preuve peut être rejeté sans preuve".

Point Godwin

Enfin, quatrièmement, le film dénonce la politique de la peur instaurée par les dirigeants mondiaux. C’est pourtant exactement ce que font les réalisateurs. C’est ainsi qu’on en vient à écouter la sociologue Monique Pinçon-Charlot expliquer : "on est dans la troisième guerre mondiale… Dans cette guerre de classes, comme les nazis l'ont fait pendant la deuxième, il y a un holocauste qui va éliminer, certainement, la partie la plus pauvre de l'humanité." Plus tard une sage-femme en pleurs compare aussi le confinement à l’holocauste.

Au-delà de ces biais, il est intéressant de retracer la genèse de ce documentaire. Il a été financé sur le site de crowdfunding Ulule. Plus de 5 000 contributeurs ont donné 180 000 euros, neuf fois plus que ce qui était demandé. Interrogé par l’AFP, le fondateur et dirigeant d'Ulule Alexandre Boucherot a désavoué le film. Il assure que "tous les projets sont modérés avant leur lancement sur Ulule. Ceci pour éviter, justement, que ne passent des projets issus de la fachosphère, complosphère, etc.". Mais dans ce cas, il assure que le processus de modération a été berné.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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