Publié le 09 janvier 2023

POLITIQUE

La prise éphémère des symboles démocratiques de Brasilia incarne les nouvelles batailles de l’extrême droite

Pendant quatre heures dimanche, les partisans de Jair Bolsanaro ont rejoué la prise du Capitole sous d’autres latitudes. Couverts de drapeaux brésiliens, ils ont pris d’assaut la place des Trois pouvoirs construite par Oscar Niemeyer, vandalisant au passage le Congrès, la Cour Suprême et le palais présidentiel. Chauffés à blanc par les fake news niant la victoire légale de Lula aux élections présidentielles, ils symbolisent le pouvoir destructeur d’une frange grandissante de populations dont la radicalité s’attaque à la démocratie mais aussi aux combats environnementaux de ceux qui l’incarnent.

Assaut contre les batiments du Congres de la Cour supreme et du palais presidentiel Brasilia janvier 2023 EVARISTO SA AFP
Des sympathisants de l'ancien président d'extrême-droite, Jair Bolsonaro, ont envahi dimanche 8 janvier les bâtiments du Congrès, de la Cour suprême et du palais présidentiel à Brasilia, la capitale fédérale du Brésil.
EVARISTO SA / AFP

Les images ont fait le tour du monde et suscité de multiples réactions de condamnation. Deux ans quasiment jour pour jour après la prise du Capitole par les partisans de Donald Trump, ceux de Jair Bolsonaro ont attaqué les mêmes symboles démocratiques de la capitale du Brésil, Brasilia, détruisant au passage des joyaux de l’architecture moderne baptisés la place des Trois pouvoirs par leur créateur Oscar Niemeyer : le palais des Congrès, la Cour Suprême et le palais présidentiel. 

Après plusieurs heures de chaos, le président Lula, qui a pris ses fonctions le 1er janvier, a repris le contrôle en utilisant l’article 34 de la Constitution qui lui permet de centraliser les pouvoirs pour rétablir l’ordre. La Cour Suprême a démis de ses fonctions le gouverneur de Brasilia, ordonné de démanteler les camps des partisans fanatisés de Bolsonaro et de débloquer les routes et les bâtiments. Les envahisseurs ont été qualifiés de "vandales fascistes" par Lula, ce dont témoignent les nombreuses vidéos postées sur les réseaux sociaux.

Bolsonaro accusé d'être à l'origine de cette crise

Le responsable de la sécurité du District Fédéral, Anderson Torres, est l'ancien ministre de la justice et de la Sécurité publique du précédent Président. C’est pourquoi le ministre de la justice actuel, Flavio Dino, a estimé que "Jair Bolsonaro portait la responsabilité politique" de cette crise. Ce dernier n’a pas assisté à la cérémonie d’investiture de Lula et s’est réfugié en Floride aux États-Unis depuis la fin décembre.

Le gouverneur de cet État américain, Ron de Santis, est un partisan des visions trumpistes : soutien aux énergies fossiles et combat contre tout ce qu’il qualifie de woke et qu’il condamne appelant à barrer la route aux politiques de prise en compte de critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) par les entreprises et les investisseurs. Cette politique est très proche de celle pratiquée par Bolsanaro pendant quatre ans, très réactionnaire sur les mœurs, très libérale sur l’économie et farouchement hostile à la défense de l’environnement et du climat. 

Les démocrates américains ont aussitôt appelé à faire extrader Bolsonaro, à l’image d’Alexandra Ocasio-Cortez, fraichement réélue à la Chambre des représentants avec plus de 70 % des voix. 

Désinformation massive via les réseaux sociaux

Ce nouvel assaut témoigne des clivages qui se creusent dans les principales démocraties du monde avec une extrême droite qui monte en s’appuyant sur des idéologues comme Steve Bannon, l’un des conseillers de Bolsnonaro, et des campagnes massives de désinformation sur les réseaux sociaux. Alice Stollmeyer, la directrice de l’ONG européenne, Defend Democracy, s’est insurgée, accusant les GAFAM d’être responsables des insurrections qui se multiplient dans le monde : "Combien faudra-t-il d’actes violents, même de morts, pour que les démocraties et particulièrement les États-Unis exigent des plateformes qu’elles créent des garde fous", s’interroge-t-elle, appelant à "interdire que les algorithmes qui créent ces polarisations soient la base de business models".

Les biais démocratiques induits par la désinformation massive via les réseaux sociaux dans les scrutins, pèsent de plus en plus lourds. Entamés avec le Brexit et l’élection de Trump en 2016, ils ont grandement aidé à porter Bolsonaro au pouvoir en 2018 et à lui permettre d’obtenir un soutien important dans la population brésilienne qui est aujourd’hui très divisée sur tout à commencer par un sujet aussi crucial que la lutte contre la déforestation de l’Amazonie.

Ce type de clivages concernent aussi Israël. L’extrême-droite a accédé au pouvoir avec le retour de Netanyahou, toujours poursuivi pour corruption, depuis le 29 décembre dernier. Dans les réformes annoncées par les ultra-orthodoxes il y a le projet de permettre au Parlement d’annuler une décision de la Cour Suprême. Pour les nombreux manifestants réunis samedi 7 janvier, cela menace la démocratie. Les juifs orthodoxes réclament aussi de mettre fin aux restrictions sur l’usage du plastique jetable et aux taxes sur les sodas, car ils ont des familles très nombreuses et les Israéliens sont parmi les gros utilisateurs mondiaux de plastique jetable.

Respect de l’environnement et de la démocratie sont bien des combats politiques majeurs partout dans le monde et plus particulièrement dans des pays aussi déterminants pour la protection de la planète que sont les États-Unis et le Brésil.  

Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT_, directrice générale de Novethic


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