Publié le 28 août 2018

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Transition écologique : Nicolas Hulot démissionne du gouvernement

C’est dans un entretien à France Inter ce matin 28 août que Nicolas Hulot a annoncé sa démission du ministère de la Transition écologique. Un poste devenu intenable pour ce défenseur de l’environnement qui estime ne pas avoir eu les moyens de ses ambitions. "Je n’y crois plus" a-t-il ainsi confié.

Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a démissionné ce 28 août 2018.
François Mori - AFP

Sa "décision a mûri cet été" mais c’est ce matin, en direct à la radio sur France Inter, que Nicolas Hulot a annoncé sa démission du gouvernement. Sans en avoir informé préalablement le Président de la République. Manquant de moyens, cerné par les lobbys, le ministre de la Transition écologique, "n’y croit plus" a-t-il ainsi déclaré aux auditeurs de la matinale. "Je sais que seul je n'y arriverai pas. (...) j'ai un peu d'influence, je n'ai pas de pouvoir", a-t-il estimé, la gorge nouée.

Une décision mûrement réfléchie

S'il affirme avoir longuement réfléchi avant de prendre cette décision, évoquant notamment une accumulation de déceptions, la présence de Thierry Coste, un lobbyiste qui n'était pas invité, à la réunion avec les chasseurs de lundi soir a confirmé son choix. "C'est probablement un élément qui a achevé de me convaincre". Un "petit détail" mais "symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir.", a-t-il indiqué.

"Le Premier ministre, le président de la République ont été pendant ces 14 mois à mon égard d'une affection, d'une loyauté et d'une fidélité à toute épreuve", a confié le ministre, mais malgré cela, le gouvernement n'a pas su donner la priorité aux enjeux environnementaux, a-t-il plaidé, estimant n'avoir pu obtenir que des "petits pas"

 

"Je me surprends tous les jours à me résigner, à m'accommoder de petits pas alors que la situation nécessite un changement de scope, de paradigme. (...)Je ne veux pas donner l’illusion par ma seule présence au gouvernement qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là", a ajouté le fondateur de la fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme. Qui espère pourtant que sa démission pourrait provoquer "un sursaut".

 

De nombreuses couleuvres avalées

Après avoir renoncé à une candidature à la présidentielle un an plus tôt, Nicolas Hulot avait finalement accepté le ministère de la Transition écologique dans le gouvernement d’Edouard Philippe en mai 2017, suite à l’élection d’Emmanuel Macron. Il s'était donné un an pour réussir et en juin, avait annoncé qu'il prendrait à la rentrée sa décision sur le fait de quitter le gouvernement ou d'y rester.

Depuis son accession au poste, au-delà de certaines victoires comme l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, il avait en effet dû avaler de nombreuses décisions contraires à ses convictions. Il avait notamment dû endosser le report de l'objectif consistant à ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% en 2025, ou l'entrée en vigueur provisoire de l'accord de libre-échange UE-Canada (Ceta).

Au micro de France Inter, son bilan est amère : "ma décision vient d’une accumulation de déceptions, je n’y crois plus, pas en l’état, pas dans ce mode de fonctionnement, pas tant que l’opposition ne sera pas capable de se hisser au-delà des querelles. Je n’y suis pas parvenu, j’ai obtenu quelques avancées mais je n’ai plus la foi. Je n’ai pas réussi à créer une complicité de vision avec le ministre de l’Agriculture, on se fixe des objectifs mais on n’en a pas les moyens", a-t-il affirmé.

 

"Il a refusé de servir de caution"

Parmi les premières réactions de responsables politiques, le président des Républicains (LR) Laurent Wauquiez, a dit "comprendre qu'il se sente trahi comme aujourd'hui pas mal de Français par des promesses fortes qui avaient été faites, et le sentiment à l'arrivée que ce n'est pas très tenu". Pour le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, ce départ sonne "comme un vote de censure contre Macron", tandis que Benoît Hamon y voit "un appel au réveil des consciences global pour engager la transformation de notre modèle de développement".

 

Chez les écologistes d'EELV, Yannick Jadot a estimé que "le départ de Nicolas Hulot est la conséquence de l'absence de politique écologique de ce gouvernement". "Nicolas Hulot essayait de convaincre mais n'était pas entendu, il refuse de servir de caution et il a raison", a-t-il déclaré.

 

Un "gâchis" pour les associations environnementales

Pour Greenpeace, la démission de Nicolas Hulot "signe un constat d’échec et la faiblesse des mesures prises, très éloignées des ambitions affichées." L'ONG dénonce surtout un "gâchis", tandis que le président de la Ligue de Protection des oiseaux (LPO) Allain Bougrain-Dubourg se sent "orphelin". Audrey Pulvar, qui a remplacé Hulot à la tête de la Fondation pour Nature et l'Homme qu'il a créée, a de son côté estimé que le vivant perdait son "seul défenseur".

 

"Malgré ses efforts, le bilan de la première année est maigre sur le plan concret. L’écart entre l’urgence et la gravité des problèmes, dont nous constatons chaque jour la réalité, et les timides avancées, voire parfois les régressions, est trop fort", déclare de son côté Michel Dubromel, président de France Nature Environnement.

Un remaniement mais "pas dans l'immédiat"

Le président de la République lui-même, s’est exprimé du Danemark où il est actuellement en visite d'Etat, assurant qu’il comptait sur l’engagement de Nicolas Hulot, "là où il décidera d’être". Il se félicite par ailleurs des "engagements" pris par l’exécutif depuis son entrée au gouvernement. "Ce gouvernement a fait plus qu’aucun autre", -t-il assuré, citant "la décision de fermer les centrales à charbon, l’engagement sur les hydrocarbures, l’engagement pris pour préparer une trajectoire énergétique bientôt traduite [par la PPE], de vraies décisions en matière de mobilité, un engagement européen et international [sur le climat] et des engagements à venir". 

Un remaniement gouvernemental est prévu mais "pas dans l’immédiat". Il ne devrait pas intervenir avant le retour du Président de la République, prévu jeudi en fin de journée. A moins que Nicolas Hulot ne soit remplacé sans attendre par un autre membre du gouvernement. Un conseil des ministres se tiendra vendredi matin à l'Elysée, suivi du séminaire gouvernemental de rentrée."La détermination reste totale pour poursuivre dans la même direction et avec le même niveau d'ambition", affirme la présidence.

 

Béatrice Héraud avec AFP


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