Publié le 15 septembre 2015

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

A Bruxelles, le lobbying intensif de l'industrie pharmaceutique ne faiblit pas

40 millions d'euros pour la seule année 2015. C'est le montant dépensé par les firmes pharmaceutiques et leurs représentants dans le cadre de leurs activités de lobbying à Bruxelles. Les rencontres avec les fonctionnaires européens de la commission Junker se comptent par dizaines. La seule Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA) totalise plus de cinquante réunions en moins de cinq mois. Ces données, obtenues par l’ONG CEO auprès de la Commission européenne, confirment l’influence de l’industrie pharmaceutique sur la politique européenne, largement dénoncée par des députés européens, des médias et des acteurs de la société civile. 

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À partir de documents officiels de la Commission européenne, Corporate Europe Observatory (CEO) a traqué le travail de lobbying des grandes firmes pharmaceutiques. L’ONG bruxelloise a accompli un travail de fourmi pour multiplier les demandes auprès des différentes directions générales concernées, afin de recueillir et recouper des informations partielles. "Chaque direction traite les demandes et les informations différemment", explique Rachel Tansey, auteure du rapport publié début septembre. Certaines informations tombent aussi sous le secret des affaires.

Autre difficulté, le lobbying n’est pas exercé seulement pas les firmes elles-mêmes mais aussi par les associations commerciales, comme la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA) et par les entreprises de lobbying. Cinq grands cabinets de consultants bruxellois travaillent ainsi pour le compte d’au moins dix entreprises pharmaceutiques.

 

15 fois plus de moyens que la société civile

 

Au total, 40 millions d’euros ont été déclarés en 2015 pour un an d’activités de lobbying : un peu plus de la moitié par les firmes elles-mêmes (au premier rang desquelles Bayer AG, GlaxoSmithKline, Novartis),  le reste étant partagé entre les associations commerciales et les entreprises de lobbying ad hoc.

Ce montant est quinze fois supérieur à celui déclaré par les organisations européennes de consommateurs et de la société civile dédiées aux questions de santé publique.

CEO a également comptabilisé le nombre de rencontres entre les industriels et leurs représentants et les fonctionnaires européens de la commission Junker. Elles se comptent par dizaines, la seule EFPIA totalisant plus de cinquante rencontres entre novembre 2014 et mars 2015. Les compagnies les plus présentes dans les bureaux de la commission sont GlaxoSmithKline, Novartis, Johnson & Johnson et Sanofi.

 

3,6 milliards d’euros d’argent public européen donnés aux laboratoires

 

"Ce rapport confirme ce que l’on n'a cessé d'affirmer ces dernières années : le lobby pharmaceutique a pris un pouvoir incroyable à Bruxelles", pointe la députée européenne EELV Michèle Rivasi, qui a lancé un appel pour une opération mains propres sur la santé début 2015.

Preuve de cette influence de l’industrie pharmaceutique, le partenariat public/privé IMI (Innovative Medicines Initiative) entre l’Union européenne et l’EFPIA : 3,6 milliards d’euros d’argent public européen est ainsi donné par ce biais aux laboratoires pharmaceutiques, qui se doivent quant à eux d'apporter l’équivalent en nature.

A quelles conditions ? "Aucune, puisque les laboratoires peuvent déposer des brevets sur les résultats de recherches financées par de l’argent public afin de garantir leur monopole, et fixer les prix des médicaments", s’indigne Michèle Rivasi. Selon une enquête de trois médias européens, dont le journal allemand Der Spiegel, ces financements sont accordés aux compagnies parmi les plus profitables au monde pour des recherches qu’elles auraient conduit de toute façon.

 

La transparence des données cliniques en sursis

 

Autre exemple cité dans le rapport, la directive sur le secret d’affaires actuellement débattue au Parlement européen, que l’industrie pharmaceutique souhaite étendre aux essais cliniques. Ces essais, dont les résultats justifient l’autorisation et le remboursement d’un médicament, vont faire l’objet courant 2016 d’une obligation de transparence. Plusieurs ONG, dont CEO, s’inquiètent de voir ces données d’intérêt public tomber sous le secret commercial.

Dans le cadre des négociations du partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP), plusieurs ONG se sont également inquiétées des multiples déclarations de la Commission européenne "d’amener à la table des négociations" la liste des propositions de l’industrie pharmaceutique.

Magali Reinert
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