Publié le 09 juillet 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Le Louvre accusé par des ONG d’être financé par un mécène impliqué dans la crise des opioïdes

Le Louvre devrait-il débaptiser une salle du nom de Sackler ? Ce mécène, à la tête d'un laboratoire pharmaceutique, est poursuivi pour son implication dans la crise des opioïdes. Ces médicaments anti-douleur, prescrits et consommés abusivement, ont causé des milliers de morts aux États-Unis. Plusieurs musées d'envergure refusent désormais d'entretenir des liens avec cette famille, relançant le débat sur éthique et mécénat. 

Le Louvre affirme n'avoir plus reçu de don de la famille Sackler depuis 1997.
CC0

"Sackler, on meurt, le Louvre couvre !". Lundi 1er juillet, devant la pyramide du musée le plus visité au monde, une trentaine de manifestants de l’association américaine PAIN et de son acolyte française Aides s’étaient réunis pour alerter les visiteurs et les medias. Leur but : dénoncer les liens entre le Louvre et la famille Sackler.

Cette dernière est propriétaire du laboratoire Purdue Pharma qui produit notamment l’OxyContin. Cet analgésique est accusé d’être à l’origine de la pire crise de drogue aux États-Unis, responsable du décès de 72 000 Américains en 2017. Le laboratoire est poursuivi par des villes, États, syndicats… qui l’accusent d’avoir inondé le marché de son médicament sans informer de ses effets addictifs.

Le mécénat pour se "racheter" une réputation ? 

Les manifestants estiment qu’en étant mécène du Louvre, la famille Sackler se "rachète" une réputation. "Nous n’acceptons plus qu’une institution culturelle publique financée par l’État et les contribuables porte au pinacle une entreprise meurtrière", a dénoncé PAIN dont la célèbre photographe New-Yorkaise Nan Goldin est membre. Elle-même est devenue accro à ce médicament. Elle en dénonce les effets depuis deux ans.

Contacté par Novethic, le Louvre affirme qu’"aucune opération de mécénat de la famille Sackler" n’a eu lieu depuis 1996-1997, date à la laquelle "la fondation Theresa et Mortimer Sackler a participé au financement du réaménagement des salles dédiées à l’art perse et au Levant". Mais c'est justement cette aile que les manifestants demandent de débaptiser.

Le Guggenheim et la National Portrait Gallery refusent les dons de Sackler

Les manifestants ont obtenu gain de cause dans plusieurs musées américains et britanniques. En mars dernier, la National Portrait Gallery a ainsi boudé un don de 1,3 million de dollars en provenance de la famille Sackler. Même le célèbre Guggenheim a suivi cette voie en indiquant qu’il ne prévoyait pas "d’accepter ces dons" après avoir reçu 9 millions de dollars de leur part entre 1995 et 2015.

Le Louvre se mettra-t-il au diapason ? Pour l’instant, il ne souhaite pas communiquer sur ce sujet. Mais sa charte éthique en matière de mécénat prévoit "de ne pas passer d’accord" avec des partenaires dont l’image pourrait "être préjudiciable à l’image du musée". Reste que la crise des opiacés n’est pas aussi importante aux États-Unis que dans l’Hexagone, la pression sociale est donc moins importante. Même si, comme le rapporte l’AFP, "le nombre d’hospitalisations liées à la consommation d’opioïdes a presque triplé (+167 %) entre 2000 et 2017" en France. L’Agence du médicament (ANSM) rapporte au moins quatre décès par semaine pour ce motif.

Total, mécène du Louvre "qui s'achète une image verte" 

Cet appel à boycotter un mécène n’est pas isolé et s’inscrit dans une tendance. En janvier 2017, l’ONG 350.org avait appelé le Louvre à mettre fin à son partenariat avec Total dénonçant le "double jeu" et la "posture" de l’entreprise qui "s’achète une image verte et une image d’entreprise responsable". Le Président-directeur du musée, Jean-Luc Martinez, avait refusé. "La Fondation Total nous permet aujourd’hui de mener un nombre important de dispositifs, de projets et de programme majeurs", déclarait-il, "Sans ce soutien financier décisif, nous serions dans l’obligation d’y renoncer à très court terme".

Là encore, les musées britanniques n’ont pas eu la même attitude que les Français. Le Tate Musuem a mis fin à son partenariat avec British Petroleum après une campagne associative. Même succès du côté du Science Musuem qui rompu ses liens avec Shell en 2015. Reste à savoir comment les institutions culturelles qui font ce choix peuvent remplacer les financements de ces mécènes alors que les subventions publiques stagnent. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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