Publié le 22 mai 2017

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Hanouna et GM&S : même guerre de l’image, de réputation et de responsabilité de l’entreprise

Cyril Hanouna, et à travers lui son actionnaire Bolloré, accusés d’homophobie. PSA et Renault, et à travers eux l’État actionnaire, mis en cause dans le risque de liquidation d’un sous-traitant et de ses 279 salariés. Quand l’image des entreprises et donc leur responsabilité sociétale deviennent des armes pour la société civile...

Lundi 22 mai, des militants LGBT ont manifesté devant le CSA contre une séquence de l'émission de Cyril Hanouna, jugée homophobe.
DR

Pour protester contre l’homophobie affichée dans l’émission de Cyril Hanouna "Touche pas à mon poste" du 18 mai, des militants LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et trans) ont organisé un happening lundi 22 au matin devant le CSA. Ce dernier a reçu près de 18 000 plaintes après une scène de l’émission. Pour cette séquence, le présentateur a publié une fausse annonce sur un site de rencontres gays et a humilié en direct des personnes qui y ont répondu. Les militants LGBT portaient le message : "Hanouna Producteur d’homophobie". Leur menace explicite est d’élargir leur mouvement à d’autres cibles comme les sponsors de l’émission, les dirigeants du groupe Bolloré ou la production de l’émission.

Au même moment, pour alerter sur leur situation désespérée, les ouvriers de GM&S à la Souterraine (Creuse) - un sous-traitant automobile risquant une liquidation judiciaire - ont menacé de faire sauter leur usine. Objectif : mettre les deux principaux constructeurs français, PSA et Renault, ainsi que l’État qui est leur actionnaire, devant leurs responsabilités très concrètes de donneurs d’ordre.

LGBT et GM&S, même combat

Les ouvriers de GM&S comme les militants LGBT ont compris que pour défendre leurs causes, l’arme la plus efficace dans ces temps d’hyper-communication débridée est de mener une guerre de l’image. Dans les deux cas, elle consiste à s’attaquer à la réputation des entreprises qui décident. Or face à des dommages graves et répétés sur cette réputation, les entreprises peuvent glisser dans la catégorie des entreprises controversées, mises in fine sur les listes noires des grands investisseurs responsables car elles cumulent risques juridiques élevés et management à risque.

Pour le groupe Bolloré, actionnaire emblématique de la chaine C8 qui diffuse l’émission de Cyril Hanouna, on peut imaginer qu’aux plaintes auprès du CSA, s’ajoute un autre risque juridique pour violation grave et répétée des droits humains fondamentaux. Dans le pays où a été adoptée la loi sur le devoir de vigilance, cela pourrait donner lieu à une intéressante jurisprudence.

Dans le cas de GM&S, la négociation s’est déplacée de la Souterraine au centre de la France désertée, vers le ministère de l’Économie et les deux dirigeants de constructeurs. PSA et Renault sont des entreprises françaises dans lesquelles l’État actionnaire joue un rôle clef. Elles ont dû justifier à cette occasion l’organisation mondialisée de leur production et s’engager à revoir leur carnet de commandes.

Au-delà de la loi

Ces deux affaires très médiatisées relèvent de la RSE, c'est-à-dire de la responsabilité sociétale d’entreprise qui va bien au-delà du simple respect de lois dans les pays où elles opèrent. La RSE n’est pas un concept théorique mais bien l’exercice quotidien d’arbitrages entre différentes priorités stratégiques. Pour un groupe qui opère dans les médias, les contenus qu’il diffuse sont un élément essentiel de sa RSE. Pour un constructeur automobile, l’organisation de sa chaîne de sous-traitance est tout aussi importante.

Les entreprises les plus performantes en termes de RSE se reconnaissent à leur capacité à éviter des controverses de cette nature. Or le groupe Bolloré est un récidiviste. Il est jusque-là moins ciblé pour les contenus de "ses antennes" que les conditions de travail dans "ses plantations". Quant à Renault et PSA, ils ont maille à partir avec le dieselgate mais mettent toujours en avant le grand nombre d’emplois qu’ils représentent. Des enjeux de réputation que ces marques vont devoir de plus en plus prendre en compte.

Pour comprendre en quoi tous ces sujets sont liés par un même fil rouge, la RSE, Novethic vous propose sa rubrique dédiée.

 Anne-Catherine Husson Traore, Directrice générale de Novethic, @AC_HT_


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