Publié le 16 novembre 2017

ENVIRONNEMENT

Lariam, le scandale du médicament antipaludique dénoncé par Stromae

Le chanteur Stromae est tombé gravement malade en 2015 après la prise d’un médicament antipaludique, le Lariam. Deux ans après, il souffre toujours de séquelles neurologiques. En France, une action de groupe vise à interdire ce médicament, symbolique des traitements de maladies négligées pour lesquelles la recherche est insuffisante et les effets secondaires sous-estimés.

Stromae au Rwanda en 2015, à l'occasion de sa tournée mondiale.
AFP

Il aura fallu qu’une star en parle pour que le sujet prenne place dans le débat public. En 2015, le chanteur belge Stromae, dans le cadre d’une tournée mondiale, se rendait en Afrique subsaharienne où l’on dénombre 80 % des cas de paludisme dans le monde. La maladie y tue un enfant toutes les deux minutes. En traitement préventif, l’artiste se verra prescrire du Lariam, un médicament de Roche qui emploie la méfloquine comme principe actif.

Au bout de quelques jours, celui-ci développera des hallucinations, des angoisses et des crises de folie. Dans une interview à Pure people le 13 novembre 2017, soit deux ans plus tard, il assure avoir encore des séquelles. Pire, il se rappelle du moment où les troubles ont débuté et craint que, sans la vigilance de ses proches, il se serait suicidé.

Action de groupe contre le Lariam

Le chanteur est loin d’être la seule victime du Lariam. L’Association nationale de défense des intérêts des victimes d’accidents de médicaments (AAAVAM) dénombre des dizaines de cas. Dans le Parisien, Georges Alexandre Imbert, président de l’association, dénonce les effets secondaires graves et veut faire interdire cet antipaludique en France, à l’instar de 28 pays où il a été banni. Pour cela, il réunit des victimes et saisit des avocats pour monter une action de groupe.

Le médicament est commercialisé depuis 1989 et ses effets négatifs sont connus depuis longtemps, bien avant que l’auteur de "Alors on danse" n’en fasse état dans la presse. L’AAAVAM assure avoir reçu des témoignages depuis 15 ans. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) rapporte des notifications ces quatre dernières années. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) évoque des effets secondaires à hauteur d’un cas sur 10 000, selon une étude de 1991. En France, environ 40 000 personnes ont été traitées en 2016.

Aux États-Unis, le sujet a été pris au sérieux dès 2013. La Food and Drug administration (FDA) lançait alors une alerte sur le Lariam. Elle indiquait : "Les effets secondaires neurologiques peuvent inclure des étourdissements, une perte d'équilibre ou des bourdonnements d'oreilles. Les effets secondaires psychiatriques sont des états d’anxiété, de méfiance, de déprime, ou des hallucinations. Les effets secondaires neurologiques peuvent survenir à tout moment pendant l'utilisation de la drogue, et peuvent être permanents".

Danger pour les forces armées

Depuis le médicament n’est plus vendu par Roche outre-Atlantique. D’autant plus que le médicament est soupçonné d’avoir été impliqué dans des cas de violence au sein des forces armées. Le Sergent Robert Bales a tué 16 civils Afghans en 2012. L’effet cumulé de la méfloquine, d’alcool et de stéroïdes est soupçonné. Des témoignages similaires se retrouvent chez les forces australiennes au Timor. Sur Radio Canada, le Dr Danielle Perreault juge qu’il n’est pas raisonnable d’utiliser ce médicament auprès de soldats, étant donné la tension de leur métier. "En Grande-Bretagne, cela fait des années qu’on ne le donne plus aux militaires", rappelle-t-elle.

En plus de ces cas récents, on peut noter que, dès 2002, le groupe Roche passait un accord aux États-Unis auprès d’une femme dont le mari s’était suicidé après la prise de Lariam. En 2004, un tribunal néerlandais avait condamné le laboratoire pour défaut d’information. Face à ces multiples mises en garde, comment le Lariam peut-il encore demeurer le troisième antipaludique le plus prescrit au monde ?

Selon le corps médical, la méfloquine présente des avantages. Le premier est économique. Les médicaments antipaludiques sont très chers et font peser un poids important sur les familles dans les zones contaminées. Or à ce jeu, le Lariam s’en sort bien. Une plaquette de 40 euros, à raison d’une prise par semaine, est plus rentable que des alternatives comme le Doxypalu ou le Malarone, dont la prise est quotienne. Le second est scientifique. Le parasite à l’origine du paludisme, le plasmodium, est de plus en plus résistant aux traitements. Or les alternatives sont limitées.

Ce manque de nouveaux traitements est à imputer aux stratégies de l’industrie pharmaceutique. "Une très faible proportion de médicaments développés concerne les "maladies tropicales négligées", qui touchent plus d’un milliard de personnes. Seulement 4,4 % des produits et 1,2 % des nouvelles entités chimiques approuvées ont concerné ces maladies entre 2000 et 2011", rapporte Novethic dans sa note Orange sur l’industrie pharmaceutique. Elle précise que les budgets marketing pour maximiser les revenus des traitements existants sont plus importants que ceux dédiés à la R&D pour de nouveaux produits.

Une plante naturellement antipaludique

Contacté par le Parisien sur l’alerte lancée par Stromae, le laboratoire Roche rappelle que "le rapport bénéfice-risque de Lariam a été réévalué en 2016 et de nouveau jugé positif par les autorités". Pas question donc de remettre en cause son autorisation de mise sur le marché. Cependant depuis 2014, Roche et l’ANSM ont renforcé l’information en France sur ce médicament auprès des médecins et des patients.

En attendant de savoir si une action de groupe va amener à interdire le Lariam, Stromae et d’autres victimes témoignent de leur expérience dans le documentaire "Malaria Business", diffusé sur France Ô le 29 novembre prochain. Ce film explique comment depuis cinquante ans, l’industrie pharmaceutique développe des médicaments dont l’efficacité se limite aujourd’hui à 30 % et qui présentent des effets secondaires sérieux.

TEASER Malaria Business from Zistoires on Vimeo.

En parallèle, "des chercheurs, en majorité africains, révèlent qu’une simple tisane d’artemisia peut prévenir et soigner le paludisme avec une réelle efficacité. Utilisée en Chine depuis deux mille ans, cette plante est pourtant déconseillée par l’OMS et interdite en France et en Belgique", explique le réalisateur Bernard Crutzen.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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