Publié le 04 juillet 2017

ENVIRONNEMENT

L'Europe donne enfin une définition des perturbateurs endocriniens, mais peut encore aller plus loin

Les États membres se sont enfin accordés sur la définition des perturbateurs endocriniens, ces substances capables de modifier le système hormonal. La France, contrairement à son habitude, n'a pas voté contre la proposition de la Commission européenne. Les associations environnementales accusent Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, d'avoir accepté une définition au rabais qui ne protège "ni la santé, ni l'environnement". 


Bonne ou mauvaise nouvelle ? Les États membres ont adopté, mardi 4 juillet une définition des perturbateurs endocriniens ainsi que leurs "critères d’identification". Depuis des années la Commission européenne multiplie les propositions de définition de ces produits chimiques capables de modifier le système hormonal. Mais en l’absence d’accord entre les États membres, elle a dû revoir sa copie à de multiples reprises… jusqu’à aujourd’hui.

L’enjeu est de taille. Il s’agit de donner un cadre réglementaire aux perturbateurs endocriniens, présents dans les produits d’hygiène, les pesticides, les cosmétiques, les meubles, l’alimentation… Pour pouvoir maîtriser leur utilisation sur le marché et les interdire si nécessaire. Bruxelles doit légiférer sur cette question depuis 2009. Après 6 années d’inaction, la Commission a même été condamnée par le tribunal de l’Union européenne pour son immobilisme.

"Une avancée importante" pour Nicolas Hulot

"Il s’agit d’une avancée importante pour la santé et l’environnement", s’est réjoui le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot qui note des "garanties supplémentaires obtenues", depuis la dernière proposition de la Commission le 30 mai dernier. Il cite ainsi le "Lancement d’une stratégie européenne prenant en compte toutes les expositions possibles, notamment dans les jouets, les cosmétiques et les emballages alimentaires" ou encore la "mobilisation de 50 millions d’euros supplémentaires en faveur de la recherche sur les effets des perturbateurs endocriniens dès 2018". Pour l'instant la réglementation ne s'appliquera que sur les pesticides pour s'étendre vers d'autres secteurs concernés : cosmétiques, jouets, alimentation...

Le ministre s’engage à prendre "dès à présent des mesures nationales", en attendant l’évaluation des dispositions du texte par la Commission. Dans le détail, le gouvernement va mettre en ligne, avant le 14 juillet, la liste des produits pesticides contenant une substance identifiée comme perturbateur endocrinien. Dans le même temps, le gouvernement va mettre en place un site d’informations sur ces substances dangereuses et "créer une plate-forme à destination des entreprises et pouvoirs publiques pour repérer plus vite les perturbateurs endocriniens".

La France accusée de se soumettre aux lobbys

Malgré ces mesures nationales, les associations environnementales se disent déçues du vote de la France à la Commission. Elles considèrent que le niveau de preuves à apporter pour classer un produit comme perturbateur endocrinien est trop élevé. En conséquence, certaines substances dangereuses pourraient passer entre les mailles du filet. "La France permet l’adoption de critères insuffisants pour protéger la santé humaine et l’environnement", se désole Générations Futures. "Nous sommes déçus que la France n’ait pas souhaité poursuivre son bras de fer avec la Commission européenne", a réagi François Veillerette, porte-parole de l’association. 

Il faut dire que Ségolène Royal, ancienne ministre de l’Environnement avait mené de front le combat sur les perturbateurs endocriniens. Très vite, Corinne Lepage, elle-même ancienne ministre de l’Environnement et soutien d’Emmanuel Macron à la campagne présidentielle est également montée au créneau : "les lobbys de la chimie doivent sabrer le champagne après le soutien de la France à la définition minimaliste des perturbateurs endocriniens".

 

 

Marina Fabre @fabre_marina


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