Publié le 11 juin 2019

ENVIRONNEMENT

Métaux stratégiques : Washington lance un plan pour diminuer sa dépendance à la Chine

Métaux rares, cobalt, cuivre, lithium… La guerre économique sino-américaine s’articule de plus en plus autour de l’accès aux matières premières indispensables aux transitions énergétique et numérique. Face aux menaces de limitation des exportations de Pékin, Washington annonce un plan d’exploitation domestique.

Mine de cuivre de Morenci en Arizona aux États-Unis.
@galinast

Les États-Unis ont dévoilé mardi 4 juin un plan pour garantir l'approvisionnement du pays en minéraux stratégiques et notamment en terres rares, indispensables à tous les équipements électroniques et auxquels la Chine a menacé de restreindre l'accès. "Ces minéraux critiques sont souvent ignorés mais, sans eux, la vie moderne serait impossible", a déclaré Wilbur Ross, le secrétaire américain au Commerce.

Il affirme que le gouvernement fédéral "prend des mesures sans précédent pour s'assurer que les États-Unis ne seront pas coupés de ces matériaux vitaux". Le plan d'action identifie 35 éléments stratégiques dont l'uranium, le titane et les terres rares, pour lesquels les Etats-Unis sont particulièrement dépendants de l'étranger.

Pour 14 des 35 minéraux listés, "les États-Unis n'ont aucune production nationale et dépendent complètement des importations", note le rapport. En particulier, la Chine produit l'essentiel des terres rares de la planète, un ensemble de 17 métaux indispensables aux technologies de pointe (smartphones, écrans plasma, véhicules électriques, renouvelables et armement).

La guerre des terres rares

Et Pékin se plaît à rappeler cette dépendance. Dans le cadre de la guerre commerciale sino-américaine l’agence chinoise de planification économique (NDRC) explique que "si quelqu'un veut utiliser des produits fabriqués à partir de [ses] exportations de terres rares pour freiner le développement de la Chine, alors [...] le peuple chinois sera mécontent". 

"Selon les suggestions des spécialistes (...) nous devons renforcer les contrôles à l'exportation et établir un mécanisme de traçabilité et d'examen pour l'ensemble du processus d'exportation des terres rares", a récemment indiqué la NDRC. La menace est prise au sérieux. En 2010, en représailles à un différend territorial, Pékin avait déjà brutalement interrompu ses exportations de terres rares vers le Japon, mettant les entreprises de hautes technologies nippones en grande difficulté.

C'est pour éviter de se retrouver dans la même situation que le Japon que l'administration Trump a bâti sa stratégie sur six plans d'action. Car si les États-Unis dominaient la production mondiale de terres rares jusqu'au milieu des années 80,une catastrophe écologique dans la seule mine du pays a mené à sa fermeture en 2003. Il aura fallu attendre 2011 et une flambée des prix pour sa réouverture. 

Celle-ci est loin d'être suffisante face aux besoins. Washington va accélérer la recherche, le développement et le déploiement de méthodes de recyclage et de réutilisation de ces minéraux stratégiques, trouver des alternatives et aussi diversifier l'approvisionnement et améliorer les processus d'extraction, de séparation et de purification. De fait pour certains des minéraux concernés, les États-Unis disposent bien de la matière première mais pas du savoir-faire pour les rendre utilisables par l'industrie.

L’Europe en retard

Les États-Unis comptent aussi renforcer la coopération et améliorer le commerce international de ces minéraux avec ses alliés. Le plan stratégique prévoit également de faire un recensement précis des ressources naturelles disponibles dans le pays pour pouvoir les exploiter. Il compte aussi faire la nomenclature de sources d'approvisionnement moins traditionnelles, comme l'extraction à partir de l'eau de mer ou de déchets du charbon.

Au milieu de ces deux puissances l’Europe tarde à réagir sur le sujet des matières premières. Celle-ci est bien décidé mais peine à créer des filières de batteries et d’énergies renouvelables. Face à l’annonce de Washington, Guillaume Pitron, auteur du livre "La guerre des métaux rares" réagit sur twitter : "La question n’est pas de savoir si, mais quand la prochaine crise des terres rares se produira. Nous y sommes. Les USA se réveillent enfin. Et les Européens ?"

Ludovic Dupin avec AFP


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