Publié le 28 mai 2019

ENVIRONNEMENT

Pierre naturelle contre pierre synthétique : À la poursuite du diamant vert

Les producteurs de diamants contre-attaquent. Face à la montée en puissance des diamants de synthèse, présentés comme plus écologiques, les sept producteurs de pierres naturelles, représentant 75 % du marché, veulent redorer leur image environnementale. Ils ont mandaté un cabinet indépendant pour évaluer leur impact et surprise : le diamant naturel émettrait trois fois moins de CO2 que son équivalent fabriqué en laboratoire. 

Un diamant naturel émettrait 160 kg de CO2 par carat contre plus de 500 pour celui fabriqué en laboratoire.
@CC0

Les producteurs de diamants veulent jouer la transparence. Sept colosses de la filière, réunis en association et représentant 75 % de la production mondiale de diamant ont publié une étude avec le cabinet indépendant Trucost ESG Analysis. Il calcule l'impact social et environnemental de leurs activités. "Il y avait un besoin viscéral de dire qui on est et de casser les clichés et les stéréotypes", explique Jean-Marc Lieberherr, directeur général de Diamond Producers Association (DPA) qui représente notamment De Beers, Rio Tinto et Lucara.

La filière fait face à deux enjeux majeurs. Celle de sa mauvaise réputation qui a atteint son apogée avec la diffusion du film "Blood Diamond" en 2006, assure la filière, et celle de la concurrence encore naissante des diamants de synthèse, présentés comme plus éthique et écologique. "Il y a une attente légitime de transparence de la part des consommateurs et de la société civile. Tout le secteur s'est prêté au jeu", insiste Jean-Marc Lieberherr.

Concernant les minerais issus de conflits, dits diamants de sang, ils concernent largement les mines artisanales "dans lesquelles les membres de la DPA n'interviennent pas directement", atteste Trucost. Selon le cabinet d'étude, "aucun cas de revenu insuffisant, de travail forcé ou de travail des enfants n'a été identifié" chez les membres de DPA. Quant aux accidents de travail, ils sont assez faibles par rapport à d'autres secteurs à risques comme celui de l'énergie, des transports ou même des télécommunications mobiles. En 2016, le cabinet note neuf accidents mortels et 118 accidents avec arrêt de travail parmi les 77 000 personnes employées.

Un diamant naturel émet trois fois moins de CO2 qu'un synthétique 

Mais l'information la plus surprenante vient de l'impact environnemental des producteurs de diamants. Selon les estimations du cabinet, les émissions de gaz à effet de serre pour la production de diamants naturels seraient trois fois moins importantes que la fabrication des pierres de synthèse. Pour un carat taillé, un diamant naturel émettrait 160 kilogrammes de CO2 contre 511 pour un diamant de synthèse. Une estimation qui vient mettre à mal l'argument écologique des producteurs de diamant synthétique.

"Cette étude confond tout", estime Manuel Mallen, président de Courbet, un joaillier qui propose exclusivement des diamants de synthèse. "Cela fait des décennies que des diamants sont fabriqués en laboratoire en Asie à destination, non pas de la joaillerie, mais de secteurs comme la chirurgie, les outils de coupe et d'usinage... Cette poussière de diamant est créée à partir d'énergie fossile dans de mauvaises conditions".

Or, explique Manuel Mallen, les diamants de laboratoire destinés à la joaillerie sont plus propres, même si tout le secteur n'est pas encore alimenté aux énergies renouvelables. "Mes diamants sont produits aux États-Unis grâce au solaire et en Russie grâce à une centrale hydraulique", explique-t-il. "Cette communication de la DPA, c'est le signe que les producteurs craignent l'essor des diamants de synthèse", croit cet ancien de Mercier.

De Beers, le plus grand producteur, investit dans le diamant de synthèse

Le secteur du synthétique ne représente pourtant que 2 % du marché, pas de quoi faire de l'ombre aux géants. Mais sa part pourrait atteindre 10 % d'ici 2030. D'où la démarche de De Beers, le plus grand producteur minier de diamants, d'investir dans cette technologie. En 2018, il a lancé une nouvelle marque baptisée Lightbox qui commercialise exclusivement des gemmes synthétiques. Un moyen de séduire les millenials avec des prix battants toute concurrence : dix fois moins cher qu'un diamant naturel et cinq fois moins que les prix moyens des diamants de laboratoire.

Et ses arguments de vente déroutent le secteur des pierres de synthèse. De Beers les considère comme un "produit amusant et joli" pour des diamants qui ne sont "peut-être pas éternels, mais qui sont parfaits pour tout de suite". Il les renvoie à leur valeur décorative quand les diamants naturels eux, sont le fruit d'un travail de trois milliards d'années, un produit rare et luxueux. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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