Publié le 27 juillet 2022

ENVIRONNEMENT

Lyon, Bordeaux, Nantes... Les villes réduisent la voilure publicitaire devançant le "plan de sobriété" du gouvernement

La ministre de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a annoncé l'interdiction des publicités lumineuses entre une heure et six heures du matin dans le cadre du "plan de sobriété" d'Emmanuel Macron. Ces mesures restrictives ne sont pas nouvelles pour plusieurs villes françaises qui ont déjà enclenché un mouvement de réduction de la voilure publicitaire, jusqu'à parfois l'interdire. Consommation énergétique, mais aussi pollution visuelle et incitation à surconsommer, les publicités sont désormais dans le viseur des villes engagées pour la transition écologique.

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Des activistes d'Extinction Rebellion a retiré des publicités dans la ville de Bordeaux du 20 au 26 juin 2022 lors d'une action baptisée "Respiro".
@Extinction Rebellion

Les grandes villes n'attendent pas le "Plan de sobriété" du gouvernement pour réduire le gaspillage énergétique des panneaux publicitaires lumineux. A Lyon, Bègles, Bordeaux, Nantes... des décisions prises ces derniers mois par plusieurs grandes villes vont même plus loin que l'annonce de l'extinction des panneaux lumineux entre une heure et six heures du matin, par la ministre de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. Cette règle existait déjà mais ne s'appliquait jusqu'ici que pour les villes de moins de 800 000 habitants.

L'espace public s'allège peu à peu des publicités, qu'elles soient lumineuses ou non. Le 27 juin, la mairie écologiste de Bègles a interdit toutes les publicités dans le centre-ville. Le même jour, la métropole lyonnaise, également écologiste, votait l'interdiction des bâches publicitaires, des vitrines allumées la nuit et des publicités près des écoles. Les villes de Bordeaux, Nantes et Rennes ont également revu leurs projets de "Règlement Local de Publicité" ces derniers mois pour réduire la place des affichages publicitaire. Un impératif pour les villes, chacune à leur niveau, pour respecter leurs engagements écologistes.

"Les annonceurs ne sont pas surpris", indique Xavier Fédou, l'élu en charge de l'urbanisme de Bègles. Dans sa ville tenue successivement par deux maires écologistes, la lutte contre l'affichage publicitaire était déjà engagée depuis plus de dix ans avec une réduction de leur taille et de leur nombre. "C'est un long trajet qui va vers plus de respect de l'environnement, la priorité à la végétalisation et le respect de la nature", affirme-t-il.

Une "addiction à la consommation"

Gaspillage énergétique des panneaux lumineux, pollution visuelle, incitation à surconsommer... Les raisons écologiques pour limiter les publicités sont nombreuses. "Notre addiction à la consommation est la première cause du changement climatique et de la perte de la biodiversité", argumente Éric Piolle, le maire écologiste de Grenoble. Les affichages publicitaires ont déserté cette ville pionnière en Europe, qui arrive cette année au terme du délai laissé pour les retirer. Il n'en reste plus que quelques rares reliques, car la loi française ne permet pas de les interdire en totalité. 

"Le recul de la publicité intéresse tout le monde", poursuit le maire de Grenoble, dénonçant d'autres problématiques comme l'exposition à des images sexistes. "Ce sont des agressions pour l'ensemble de la société", s'alarme-t-il. L'équivalent de la surface de trois terrains de foot a été libéré laissant la place à des arbres et des affichages municipaux. Les associations et évènements culturels sont ainsi mieux mis en avant. La ville de Bègles avance également la satisfaction des petits commerçants du centre-ville qui déploraient une concurrence des grandes chaînes, seules à pouvoir s'offrir ces affichages.

Le combat continue pour l'interdiction des publicités 

Supprimer la publicité constitue cependant un manque à gagner pour les communes. C'est pourquoi la mairie de Bègles autorise encore les publicités dans la zone commerciale, parlant de "requalification" plutôt que d'interdiction, ce qui lui assure une redevance d'environ 100 000 euros annuels. La mairie de Grenoble a fait le choix sans concession de se passer de 500 000 euros par an, selon l'évaluation de JCDecaux. Un chiffre contesté par la mairie en raison d'une probable concurrence d'internet, qui ferait baisser les gains venant de la publicité physique. Quoi qu'il en soit, le maire juge la somme peu importante à l'échelle de la ville. "Le rapport entre les bénéfices de la publicité et les nuisances était totalement déséquilibré", défend-il.

Le combat continue pour de nombreuses associations comme Extinction Rebellion qui a retiré des publicités dans la ville de Bordeaux du 20 au 26 juin 2022 lors d'une action baptisée "Respiro", jugeant que les mesures prises récemment ne sont pas suffisantes. L'inscription "Cette publicité a été supprimée suite à une demande citoyenne" remplaçait les publicités, en référence à la Convention citoyenne pour le climat dont 89,6 % des 150 citoyens et citoyennes participants demandaient en 2020 de retirer les publicités des espaces publics. L'action a été réitérée dans plusieurs autres villes. À Grenoble aussi, le maire continue sa lutte avec de nouveaux chevaux de bataille comme les publicités lumineuses à l'intérieur des magasins, un sujet qui est pour l'instant hors du contrôle des communes.

Fanny Breuneval


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