Publié le 03 juin 2019

ENVIRONNEMENT

Face à la "honte de prendre l’avion", le secteur aérien veut redorer son image

Le secteur aérien s'inquiète. Face au "Flygskam", ce phénomène de "honte de prendre l'avion" par souci écologique, les compagnies aériennes veulent lancer un grand plan de communication pour rappeler leurs engagements environnementaux. Une manière de redorer leur image auprès du grand public et des politiques. Emmanuel Macron réfléchit en effet à la mise en place d'une taxation du kérosène en Europe. 

Face a la honte de prendre l avion le secteur aerien veut redorer son image
Les professionnels estiment que le flygskam est une "grande menace" pour le secteur aérien.
©CC0

C’est un phénomène inédit auquel est confronté le secteur aérien. Le Flygskam, littéralement "la honte de prendre l’avion" vient de Suède et commence à sortir de ces frontières. Ce phénomène consiste à boycotter l’avion pour des raisons écologiques. Lancé sur les réseaux sociaux, il a été relayé par la jeune activiste Greta Thunberg, qui a préféré rejoindre Davos, lors du Forum économique mondial en janvier, en train (malgré les 32 heures de voyage) plutôt qu’en avion. Or, cette tendance prend de plus en plus d’ampleur, au point d’inquiéter les professionnels du secteur.

"C’est une grande menace. Le secteur du transport aérien est confronté à un risque de réputation. C’est une première", a déclaré Alexandre de Juniac, ancien PDG d’Air France-KLM, cité dans les colonnes de la Tribune. En Suède, l’opérateur Swedavia AB, qui gère plusieurs aéroports dont les deux plus gros du pays, atteste d’une chute de son trafic pour la première fois en 10 ans. Le recul est de 6 % sur les vols intérieurs et 2 % sur les vols internationaux. Le Flygskam n’est évidemment pas le seul responsable de cette baisse, mais il y contribue.

Le secteur veut compenser ses émissions

Pour limiter les réticences du grand public, le secteur aérien veut frapper un grand coup. "En dehors des cercles de l’aviation, personne n’est au courant de tout ce que nous faisons. Personne ! Peut-être n'avons-nous pas assez communiqué", a regretté Alexandre de Juniac également directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Dénonçant les "fake news et les incompréhensions", il a donc annoncé la mise en place d’un plan de communication. Il mettra l’accent sur les engagements pris par les professionnels. Le secteur "s’est engagé à neutraliser ses émissions à partir de 2020, puis de les réduire par deux d’ici à 2050 par rapport à son niveau de 2005", rappelle le DG de l’IATA. Par "neutraliser", le secteur entend compenser. Ainsi les compagnies aériennes comptent s’appuyer sur l’achat de crédit carbone pour compenser leurs émissions.

Côté voyage d’affaires, là aussi le secteur veut verdir son image. Selon les Echos lors du salon Ebace de l’aviation d’affaires à Genève sur la cinquantaine d’avions qui étaient présentés sur le tarmac de l’aéroport, une vingtaine étaient alimentés aux carburants à base de productions agricoles. "Une initiative destinée à améliorer l’acceptabilité sociale de l’avion d’affaires, considérée comme l’un des freins à l’achat de jet d’affaires par les grandes entreprises", note le journal.

Emmanuel Macron réfléchit à une taxe kérosène en Europe

Le secteur a tout intérêt à mettre en avant ses engagements, au moment où il est pointé du doigt par les consommateurs mais aussi par les politiques. Lors d’une conférence avec la presse régionale, Emmanuel Macron a dit vouloir "avancer sur la taxation commune du kérosène en Europe" en plaidant pour une "vraie négociation internationale".

Le sujet a d’ailleurs été récemment mis sur la table par la Commission européenne. Une étude, relatée par le journal Le Monde, évoque l’idée d’une taxation de 33 centimes d’euros par litre de carburant ce qui contribuerait à diminuer de 10 % les émissions de CO2 du secteur aérien. "L’idée d’une nouvelle taxation est très mauvaise", a réagi auprès de l’AFP Jean-Pierre Mas. Le président des Entreprises du voyage plaide plutôt pour que "chaque avion atterrissant en France soit tenu de compenser le CO2 émis".

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), l’avion est le transport le plus polluant. Pour un kilomètre parcouru, il est deux fois plus polluant qu’une voiture et presque 40 fois plus que le train. Le secteur représente aujourd’hui un peu moins de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre mais il devrait exploser dans les prochaines années.

Marina Fabre, @fabre_marina


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