Publié le 11 mars 2019

ENVIRONNEMENT

Pulls de pompiers, casquettes SNCF ou polos EDF : les vêtements professionnels entrent aussi dans la boucle de l’économie circulaire

Que deviennent les pulls des sapeurs-pompiers, les uniformes des agents EDF ou encore les casquettes des contrôleurs de la SNCF ? Pour environ la moitié d’entre eux, leur vie se termine en décharge. Ils constituent pourtant un sacré gisement puisqu’on estime que huit millions de Français portent un vêtement de travail ou un uniforme tous les jours. Certaines entreprises commencent à se spécialiser dans leur recyclage et une filière nationale est en train de se structurer.

La marque 1083 a réussi à fabriquer un nouveau pull 100 % recyclable à partir de pulls de sapeurs-pompiers usagés, le tout made in France.
@1083

C'est le dernier pull tendance lancé par la marque écoresponsable 1083. Il est fabriqué à partir de vieux pulls de sapeurs-pompiers (65 % de la matière première), il est 100 % recyclable et il a judicieusement été baptisé "18-Volontaire" en référence au numéro d'appels des pompiers mais aussi au volontariat dont fait preuve la marque pour s'inscrire dans une mode durable, locale et responsable.

Après avoir été collectés, les pulls filent à la manufacture Regain, à Castres (Tarn). Elle se charge de supprimer les étiquettes, les boutons, les fermetures éclair. Elle prend en charge le tricotage et la confection du nouveau pull. Entre ces deux étapes, Les Filatures du Parc, à 25 kilomètres de là, s'occupent de l’effilochage et transforment les fibres textiles en fil.

120 emplois créés en France

"Le premier filon manquant dans notre chaîne de valeurs, c’est la fibre, explique Thomas Huriez, le fondateur de la marque. C’est pourquoi nous avons décidé d’aller puiser dans les déchets textiles et notamment dans les uniformes. Ceux-ci sont plus faciles à recycler car ils présentent une homogénéité de couleur et de matière. On s’est entêtés, et on y est arrivés". Pour la fin de l’année, 1083 prévoit aussi d’industrialiser la fabrication de nouveaux jeans à partir de vieux modèles recyclés, un produit là aussi plutôt homogène. Ils seront 100 % recyclables et consignés (20 euros).

"Nous avons réussi la phase de test en laboratoire, poursuit le trentenaire. Grâce à l’appui de l’Ademe, nous allons pouvoir investir dans des machines et redévelopper le tissage des jeans dans une filature des Vosges que nous avons rachetée l’année dernière. Notre ambition est de réussir à faire de l’économie circulaire totale." En six ans, l’entreprise a vendu 100 000 jeans – son produit phare – et créer plus de 120 emplois directs et indirects en France.

Des polos EDF transformés en housses Ipad

Jusqu’à présent, quand les vêtements professionnels échappaient à l’incinérateur, ils étaient principalement transformés en chiffons, en isolants ou en rembourrage de siège auto par exemple. Mais ils ne servaient pas à refaire de nouveaux vêtements. C'est peu à peu en train de changer. À l’autre bout de la France, dans le bassin nantais, l’entreprise Mulliez-Flory, spécialiste du vêtement professionnel depuis 1824, a, elle aussi, pris le tournant de l’économie circulaire dès 2005.

"Les clients sont de plus en plus réceptifs à la question de la fin de vie de leurs produits, le dialogue s’installe, constate Claire Blaize, chargée de la Communication et du Marketing. Quand les produits sont en bon état, on privilégie les dons, sinon on les transforme en isolant. Nous avons aussi une partie upcycling. On recycle par exemple des polos EDF en trousses ou en housses d’Ipad. Récemment, nous avons même refait des t-shirts à usage professionnels à partir d’anciens vêtements de travail, quasiment au même prix que le neuf." 

Une filière de recyclage

En 2016, l’association Orée a, quant à elle, lancé le projet Frivep (Filière de réemploi et de recyclage industrielle des vêtements professionnels) afin de structurer une filière de recyclage, avec l’appui du Ministère de la Transition écologique et solidaire et de Bercy. La SNCF, La Poste, la Ville de Paris, les ministères de l'Intérieur et des Armées font partie des donneurs d'ordres pionniers. Ils ont été rejoints par GDRF, l’Office national des forêts et l’École du ski français.

L’initiative est entrée dans sa phase expérimentale. Un centre de tri dans l’Est de la France a été inauguré en janvier. C’est là que la vingtaine de tonnes d’uniformes collectés auprès des donneurs d'ordre seront démantelés pour faire l’objet de différents tests techniques jusqu’à la fin de l’année. "L’objectif est d’évaluer les coûts sur l’ensemble de la chaîne de valeurs, précise Nathalie Boyer, déléguée générale d'Orée. L’ambition est environnementale mais aussi sécuritaire car ces vêtements siglés ne doivent pas se retrouver entre les mains de n’importe qui." Le lieu d'implantation du centre de tri est d’ailleurs gardé bien secret…  

Concepcion Alvarez, @conce1   


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