Publié le 11 septembre 2019

ENVIRONNEMENT

Sécheresse : le gouvernement veut autoriser une soixantaine de retenues d'eau d’ici 2022

Alors que 86 départements français connaissent toujours des mesures de restriction d'eau, le gouvernement prévoit d'autoriser une soixantaine de nouvelles retenues d'eau d'ici 2022 afin de mieux gérer l'irrigation agricole. Ces projets devront toutefois se faire en concertation avec les différentes parties prenantes.

Retenue Collinaire
Le ministre de l'Agriculture défend la construction de retenues d'eau de ce type pour l'irrigation.
@CC0 / Aussie Oc

En Corrèze fin août, des communes ont dû être réapprovisionnées en eau potable par camion-citerne. C’est l’une des conséquences de la sécheresse qui frappe le pays alors que 86 départements connaissent encore des restrictions d’eau en cette rentrée. Pour y faire face, le gouvernement français a annoncé qu’il autoriserait la mise en place d'une soixantaine de retenues d'eau sur le territoire d’ici 2022 afin de mieux gérer l'irrigation des terres agricoles.

"On ne va pas regarder la pluie tomber du ciel pendant six mois et la chercher les six autres mois de l'année", a défendu le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, sur le plateau de CNews jeudi 29 août. "Il s'agit de capter l'eau de pluie, de la retenir dans des retenues collinaires (ouvrages de stockage, NDR) pour pouvoir la restituer après dans les sols lorsqu'il y a sécheresse", a-t-il expliqué.

"Totalement irresponsable"

Mais ces projets font l’objet de vives tensions et sont régulièrement attaqués devant les tribunaux administratifs par les associations de défense de l'environnement. Pour éviter ces situations, le gouvernement souhaite relancer les projets de territoire pour la gestion de l’eau. Ceux-ci, mis en place après le drame de Sivens, doivent favoriser le dialogue et la co-construction entre les différentes parties prenantes. La nouvelle instruction, signée en juin lors des Assises de l'Eau, définit ainsi l'objectif de parvenir à 60 retenues d'eau "d'ici à 2022".

"C'est totalement irresponsable", réagit Michel Dubromel, président de France Nature Environnement (FNE). Les Assises, organisées sous l'égide du ministère de la Transition écologique et auxquelles il a participé, "n'ont jamais validé cette orientation", a-t-il dit à l'AFP, y voyant une "fausse bonne solution". "Le message était un message de sobriété", a insisté Michel Dubromel, soulignant que des agriculteurs adaptent déjà leurs pratiques au réchauffement climatique.

"La retenue, ce n'est pas la panacée, ça ne permet pas d'éviter de se poser la question de la quantité et des usages", a commenté pour sa part la secrétaire d'État à la Transition écologique, Emmanuelle Wargon, lors d'un point presse. "En revanche, c'est une réponse possible à un plan collectif entre agriculteurs, associations de défense de l'environnement, consommateurs, industriels, aux enjeux du besoin de mieux organiser la gestion de l'eau pendant l'année". "Le ministère accepte le principe de retenues, mais dans ce cadre", a-t-elle ajouté.

"Une agriculture résiliente"

Les retenues vont "se faire sur des projets de territoire discutés" avec les écologistes, confirme Didier Guillaume, qui appelle au "pragmatisme" pour que l'agriculture "soit résiliente et puisse avancer". Selon lui, les agriculteurs utilisent "30% de moins d'eau aujourd'hui qu'il y a 10 ou 15 ans" et sont toujours plus nombreux à s'engager dans la "transition agro-écologique". "Si on veut continuer à avoir une agriculture française, et ne pas importer (des produits agricoles, NDLR) dont nous ne voulons pas, alors il faut que l'agriculture française soit résiliente" a-t-il insisté.

Treize projets de "bassines" dans le département des Deux-Sèvres, deux en Charente-Maritime et un dans la Vienne sont notamment contestés par des militants écologistes. Ceux-ci dénoncent un système pompant principalement les ressources des nappes souterraines et soutenant l'agriculture intensive. Selon plusieurs études relayées par la FNE, les bassins-versants qui comportent le plus de barrages connaissent aussi plus de sécheresses en aval. Et si la sécheresse agricole peut être réduite de 10 %, elle conduit en même temps à une augmentation de l’intensité des sécheresses sur l’ensemble du bassin à hauteur de 50 %.

Selon un rapport d’étape sur les projets de territoires, publié en novembre, moins de cinq avaient été validés et mis en œuvre sur une soixantaine de cas répertoriés (concernant parfois plusieurs constructions). Signe que le dialogue a jusqu'ici toujours été difficile entre agriculteurs et associations environnementales.

Concepcion Alvarez avec AFP


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