Publié le 14 décembre 2017

ENVIRONNEMENT

One Planet Summit : Les cinq engagements qui font (vraiment) entrer l’Accord de Paris dans l’économie réelle

Les quatre jours dédiés au climat à Paris du 10 au 14 décembre s’achèvent. Le point d’orgue en fut le One Planet Summit du 12 décembre. Certains critiquent un show d’Emmanuel Macron. D’autres se réjouissent d’annonces puissantes. Certaines d’entre elles sont en effet de nature à changer les règles du jeu climatique.

Arnold Schwarzenneger, omniprésent pendant le One Planet Summit, a appelé à ne jamais cessé de croire dans la réussite de la lutte contre le changement climatique.
AFP

En 2002, au sommet de la Terre à Johannesburg, Jacques Chirac lançait une alerte climatique au monde : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". 15 ans plus tard, on pourrait croire que la situation n’a pas changé en écoutant Emmanuel Macron. Lors du sommet sur la Finance Climat à Paris, le One Planet Summit, il lance aux 5 000 participants : "Nous sommes en train de perdre la bataille du climat".

Pourtant, il y aura un avant et un après One Planet Summit. Ce rendez-vous  a indéniablement accéléré la mobilisation pour le climat. Début décembre, Laurence Tubiana, présidente de l’European Climate Foundation, appelait à ce que ce sommet fasse entrer l’Accord de Paris dans l’économie réelle. Dans la même veine, de nombreuses ONG réclamaient plus simplement de passer des paroles aux actes. Ils ont été servis. Cinq annonces l’illustrent parfaitement.

 

Air Liquide, Airbus, Axa, Danone, EDF, L’Oréal, SNCF, Veolia…  Les géants français mettent 300 milliards d’euros sur la table

91 entreprises, représentant 1 500 milliards d’euros de chiffres d’affaires et plus de 6 millions d’emplois directs, ont lancé le French Business Climate Pledge. Ensemble, elles annoncent des investissements massifs pour passer à une société bas carbone. "De 2016 à 2020, nous prévoyons au moins 60 milliards d’euros d’investissements industriels et de R&D dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et le déploiement d’autres énergies bas carbone", indiquent-elles. À cela, elles ajoutent 220 milliards d’euros de financements de projets contribuant à lutter contre le changement climatique, 15 milliards d’euros dans le nucléaire et 30 milliards d’euros dans le gaz.

 

Après le charbon, les banques françaises mettent les sables bitumineux à l’Index

Une observatrice de la finance climat commente : "Les sables bitumineux, c’est le nouveau charbon". Portées par la COP21 de 2015, plusieurs banques avaient commencé à exclure les entreprises trop impliquées dans le charbon. A l’occasion du One Planet Summit, rebelote avec les sables bitumineux. Coup sur coup, BNP Paribas, Crédit Agricole, Société générale et Natixis ont annoncé qu'elles ne financeraient plus ces activités, ni pour certaines, les infrastructures de transport qui y sont associées. Notons que le premier assureur mondial Axa a pris le même engagement.  

 

Pétrole et gaz, c’est fini pour la Banque mondiale

Dans l’après-midi du 12, en plein pendant le sommet mondial, la Banque mondiale a lâché une bombe. Une annonce soigneusement conservée secrète : la plus grande  banque multilatérale au monde stoppera dès 2019 le financement de la production du gaz et du pétrole. Ce n’est pas tant le volume qui est important que le symbole : les financements de la Banque mondiale vers l'industrie pétrolière et gazière ont représenté environ 1,6 milliard de dollars en 2016, à comparer aux plus de 400 milliards investis dans le secteur l’année passée. Mais il n’en fallait pas plus à l’ONG Greenpeace pour affirmer que "la fin approche clairement pour l'industrie du gaz et du pétrole".

 

Conduite accompagnée pour les 100 plus gros émetteurs de CO2 de la planète

100 entreprises mondiales sont responsables directement ou indirectement de 80 % des émissions de CO2 de la planète. L’initiative Climate100+ a décidé de s’attaquer au problème. 225 investisseurs mondiaux, représentant 26 300 milliards de dollars d’actifs (plus de dix fois le PIB de la France), ont décidé de les mettre sous surveillance. Il s’agira d’abord de les aider à mettre en place des stratégies de baisse des émissions et de reporting transparent sur le climat. Si elles jouent le jeu, elles pourront sortir de "la liste des ennemis du climat". Dans le cas contraire, les investisseurs useront de leur pouvoir d’actionnaires pour sanctionner les fautifs.

 

Que Donald Trump le veuille ou non, le reporting climat devient la règle

L’acronyme TCFD a été l’un des plus prononcés au cours des quatre jours climat de Paris. Il tient pour Task Force on Climate Disclosure. Ce groupe de travail du conseil de stabilité financière du G20 propose aux entreprises des lignes directrices de reporting sur le climat. Mais ses conclusions sont rejetées par l’administration américaine, ce qui retarde leur adoption par les pays. Qu’à cela ne tienne ! 237 entreprises, représentant 6 300 milliards de dollars de capital, se sont engagées à les appliquer. Une démarche volontaire qui est attendue par de nombreux investisseurs. Parmi les entreprises engagées, on retrouve Coca-Cola, EDF, Deloitte, Dow Chemical, Société générale ou encore Axa.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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