Publié le 10 février 2020

ENVIRONNEMENT

Occupation de BlackRock : les militants écolos durcissent leur méthode

Les images de l'occupation de BlackRock lundi 10 février par des militants écologistes ont tourné en boucle sur les réseaux sociaux tant elles étaient saisissantes. Youth for Climate France, qui revendique l'action avec une dizaine d'autres collectifs et associations dont les Gilets jaunes, assurent qu'il ne s'agit là que de la première mobilisation d'une série pour mettre les entreprises responsables de la sixième extinction de masse "hors de service".

Bureaux BlackRock Youth for Climate FlorentBardos HansLucas
Ce lundi 10 février, plusieurs dizaines de militants écologistes ont occupés pendant plus d'une heure les locaux de BlackRock dans le centre de Paris.
@Florent Bardos/Hans Lucas

"Nous ne sommes plus sur la défensive, désormais nous attaquons." Voici le nouveau credo des activistes climatiques de Youth for Climate (YFC) France. Ce nouveau virage s’est illustré avec l’occupation très symbolique des bureaux de BlackRock France ce lundi 10 février, dans le centre de Paris. Une centaine de manifestants ont réussi à pénétrer dans l’immeuble du Centorial et à se barricader à l’intérieur aux cris de "BlackRock assassins !".

Les premières images diffusées sur les réseaux sociaux sont saisissantes : les policiers se trouvent bloqués à l'extérieur du bâtiment tandis que les militants investissent le hall. Ils déploient des banderoles, vandalisent murs, sols et bureaux et s’attaquent aux nombreux trophées et récompenses reçus par le gestionnaire d’actifs américain. Parmi les messages, on pouvait lire, "BlackRock meurtrier" ou encore "le kérosène, ce n’est pas pour les avions, c’est pour brûler les flics et les patrons". 

Première action d’une série

Très vite, des cars de CRS bouclent le périmètre. Une foule s’amasse autour du siège de BlackRock et scande des chants des Gilets Jaunes. La BRI (Brigade de recherche et d'intervention) arrive également sur les lieux. Au terme d’un peu plus d’une heure d’occupation, les militants sortent d’eux-mêmes. Ils sont applaudis par des voisins de l’immeuble d’en face, rappelant une scène de la célèbre série "La casa de papel". À la sortie, "les contrôles d'identités se sont transformés en arrestations", précise le collectif. 17 personnes, dont quatre mineurs, ont été interpellées.

"Nous condamnons avec la plus grande fermeté l’intrusion violente et les actes de vandalisme dans nos locaux ce matin. Ces actes, tout comme les tentatives d’intimidation à l’encontre de nos collaborateurs depuis plusieurs semaines, sont inacceptables et intolérables", a réagi BlackRock suite à l’intrusion de ce jour. Le siège parisien de la firme avait déjà été pris pour cible début janvier par des cheminots grévistes, sur fond de réforme des retraites. 

Cette escalade dans la stratégie de mobilisation est assumée par Youth for Climate France. "Nous voulons avoir notre avenir sous contrôle. Ceci n'est que la première action d'une série pour mettre hors service ceux qui exploitent les humains et le vivant. Nous ne demandons donc plus rien, nous voulons mettre le système hors service", écrivent les militants dans un communiqué. Leur première cible était le siège de la Société Générale, à La Défense mais celui-ci était bloqué par les forces de l'ordre.

Prochaine cible : le BTP

Tout le week-end, 36 agences de la Société Générale avaient déjà été prises pour cible dans tout le territoire par les activistes d'Extinction Rebellion. Ces actions étaient organisées en soutien à des militants qui devaient comparaître ce lundi 10 février pour "dégradation de biens publics et privés en réunion". Le 26 octobre dernier, ils avaient sali les vitrines d’une agence de Nice… La banque demande 12 500 € de dommages et intérêts pour le nettoyage de sa vitrine.

Ce midi, trois activistes d'Extinction Rebellion étaient toujours en garde à vue à Lyon. Un risque que les militants semblent de plus en plus près à prendre face à l’urgence climatique et environnementale. Le mouvement prévoit une autre action d’envergure contre l’industrie de la construction en Île-de-France lundi 17 février baptisée "Fin de Chantiers". "Elle s’inscrit dans une campagne plus large contre les Grands Projets Inutiles, nous la répliquerons donc partout via nos groupes locaux et internationaux jusqu’à ce que nos revendications soient entendues !", explique le mouvement dans un communiqué.

Le BTP, tout comme Société Générale ou BlackRock, représente aux yeux des militants les entreprises responsables de l’effondrement de la biodiversité et du changement climatique. "Ces actions ciblées contre des fleurons financiers révèlent l’échec d’Emmanuel Macron et du gouvernement de réconcilier les Français avec la finance qui est pourtant un outil indispensable. Le risque est de voir balayer par la colère du peuple tous les efforts déployés par la finance durable", prévient Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic.

Concepcion Alvarez, @conce1    


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