Publié le 02 juillet 2022

ENVIRONNEMENT

Mobilisation climatique : la pop culture plus efficace que le rapport du GIEC

Climat, limites planétaires, perte de biodiversité… Les rapports scientifiques se multiplient pour nous pousser à agir face à l’urgence écologique, mais peinent à toucher le grand public. Pour changer d’échelle, la culture populaire a un rôle à jouer. Dans une nouvelle étude, l’Ademe et Place to B explore l’influence des films et des séries télévisées sur notre engagement. Spoiler alert : loin des dystopies, ce sont les récits alternatifs qui nous mobilisent. 

Dont look up pop culture influence climat netflix
Don't Look Up a établi un exploit : parler d'inaction climatique au grand public.
Netflix

On ne le présente plus. Près de sept mois après sa sortie, Don’t Look Up : déni cosmique est devenu une véritable référence de la pop culture. Largement salué par la critique, il est le deuxième film le plus visionné de tous les temps sur Netflix. Adam McKay, réalisateur du long-métrage, établit ici un exploit : toucher un très large public, en parlant de la menace que représente l’inaction climatique. Son impact est tel, qu’en mars dernier, des marches pour le climat intitulées "Look Up", ont été organisées partout en France.

Un succès indéniable qui illustre le pouvoir des récits et leur capacité à sensibiliser les citoyens sur les enjeux environnementaux et sociaux, bien au-delà des médias traditionnels. C’est d’ailleurs tout le sujet d’une récente étude menée par l’Agence de la transition écologique (Ademe) et l’ONG Place to B. Durant trois mois, elles ont interrogé quarante participantes et participants sur leur engagement écologique et leur rapport à la culture populaire, en particulier au travers d’œuvres audiovisuelles. 

La fin du monde nous paralyse

Première conclusion : 65% du panel "souligne explicitement les bénéfices de la fiction pour sensibiliser, mais aussi pour se mobiliser en faveur de l’environnement". En offrant une autre vision de la société et de l’avenir, la pop culture permet de construire un nouvel imaginaire accessible au plus grand nombre. Mais attention au message. L’étude pointe la contre-productivité de certaines œuvres environnementales, perçues comme trop moralisatrices ou oppressantes.

Les genres postapocalyptique et dystopique, par exemple, peuvent provoquer chez certains spectateurs un sentiment d’impuissance, de résignation, à l’instar de la série télévisée L’Effondrement (Les Parasites, 2019), qui suit le destin de plusieurs personnages au sein d’une civilisation sur le déclin. Privé de toute porte de sortie, le public peut même en arriver à rejeter l’œuvre et le message qu’elle porte. 

Créer des récits "encapacitants" 

L’objectif est donc de faire émerger des nouvelles voies, des alternatives face à cette fin du monde tant annoncée, ou tout du moins d’en donner un aperçu. L’étude met en évidence l’importance des émotions positives, comme la combativité ou l’espoir, pour nourrir l’imaginaire collectif et favoriser l’engagement des spectateurs. Le blockbuster Avatar (James Cameron, 2009) et son happy ending fantastique démontre l’efficacité de ce procédé auprès de plusieurs panélistes. 

L’utilisation de l’humour permet également de dépasser les blocages qui peuvent être associés à des sujets anxiogènes comme le changement climatique ou la pollution. Le film Erin Brockovich, seule contre tous (Steven Soderbergh, 2001), dont la trame dramatique est rythmée par les punchlines de son héroïne, l’illustre parfaitement. Enfin, on retiendra l’importance de l’identification pour le public. Exit les super-héros. Ce sont les "personnages ordinaires" engagés qui nous touchent et nous inspirent.

Autant d’éléments qui permettent à la fiction d’imprégner le réel. Les acteurs de la lutte environnementale l’ont d’ailleurs bien compris. Le WWF vient ainsi de lancer son tout premier "thriller audio". Intitulé Classé-F, ce podcast entend sensibiliser les citoyens à la déforestation durant six épisodes mêlant fiction et informations. Isabelle Autissier, Présidente d’honneur de l’ONG, explique à ce propos dans les pages du Monde : "La fiction permet de toucher plus largement, mieux et autrement. On peut se l’approprier, s’imaginer à la place des personnages : c’est moins aride que des rapports d’experts". Une approche inventive qui offre au public des clés de compréhension, pour agir au-delà du récit.

Florine Morestin


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