Publié le 27 janvier 2020

ENVIRONNEMENT

Les terrasses chauffées, un confort très énergivore face à l'urgence climatique

Dans la capitale, la consommation des terrasses chauffées pendant l'hiver équivaudrait à 110 000 vols Paris-New York. Face à l'urgence climatique, Rennes a décidé de les interdire. C'est la première métropole à franchir le pas. D'autres villes ont engagé des réflexions en ce sens, mais les restaurants et cafés freinent des quatre fers. Les terrasses chauffées représentent 30 % de leur chiffre d'affaires. 

Les terrasses chauffees coup de chaud pour la planete
Paris a engagé une concertation avec les commerçants.
@LucaLorenzelli

Fumer une cigarette en buvant un verre en terrasse en plein hiver, le dos - ou plutôt le crâne - chauffé par des parasols chauffant… C’est une habitude auquel les habitants des grandes villes se sont pliés assez vite. Or, les plus jeunes ne s’en souviennent pas, mais les terrasses chauffées n’ont pas toujours existé. Le boom a eu lieu il y a une dizaine d’années lorsque le tabac a été interdit dans les lieux publics, et notamment les restaurants et bars. Pour ne pas perdre leurs clients, ces derniers ont donc investi dans des terrasses chauffées… qui sont aujourd’hui très critiquées pour leur impact environnemental.

D’où la mesure drastique prise par Rennes. Depuis le 1er janvier, la ville a interdit les terrasses chauffées. C’est la première métropole à franchir le pas. "Avec le défi écologique qui est devant nous, on doit être exemplaire sur l’espace public", a plaidé le maire adjoint Marc Hervé. Carbone 4, le cabinet de conseil expert de la transition écologique, avait alerté dès 2009 du bilan carbone désastreux de ces terrasses. Ainsi, une seule terrasse équipée de quatre braseros au gaz, allumés à pleine puissance pendant huit heures, équivaut à un trajet de 350 km en voiture, calculait le cabinet.

110 000 vols Paris- New York

Une autre analyse, beaucoup plus récente, a été publiée par Thierry Salomon, porte-parole de l’association NegaWatt le 3 janvier dernier. L'association a calculé la consommation énergétique d’une terrasse équipée de cinq braseros allumés 14 heures par jour de mi-novembre à mi-mars : "50 400 kWh par hiver, avec en prime 13,7 tonnes de gaz carbonique émis dans l'atmosphère ! Soit l’équivalent des émissions d’une berline neuve qui roulerait 122 000 km, trois fois le tour du globe terrestre à l’équateur", alerte l'ONG.

Pour des chauffages électriques, disposés tous les 1,5 mètre sur une terrasse de 15 mètres carrés, la consommation hivernale de l’équipement équivaudrait à la consommation annuelle en électricité de neuf familles, hors chauffage et eau chaude. Sur la base de ce calcul, les Échos ont estimé que dans la capitale, la consommation des terrasses chauffées équivalait donc à 110 000 vols Paris-New York. 

30 % du chiffre d'affaires des restaurants et cafés

"Pour rompre ce cercle sans fin, que faire ? Prendre acte que réchauffer l’air d’une terrasse en hiver est tout aussi aberrant que de climatiser comme au Qatar un stade à ciel ouvert… ", dénonce Thierry Salomon. Face à l’urgence climatique, les villes commencent à s’activer. Dans la capitale, les écologistes ont tenté plusieurs fois de faire interdire les terrasses chauffées. Mais le Conseil de Paris s’y est toujours opposé. Ce fut d’ailleurs le cas le 12 décembre dernier lorsque Jacques Boutault, maire EELV du 2e arrondissement, candidat aux Municipales, a réitéré ce vœu s’appuyant notamment sur la volonté de la capitale de diviser par deux la consommation d’énergie d’ici 2050.

Mais le timing est mal choisi. "Les restaurateurs et les hôteliers ont une baisse de près de 50 % de leur chiffre d’affaires sur le mois de décembre, c’est colossal. Et économiquement, on ne peut pas mettre ces commerçants en difficulté", défend sur France 3 Olivia Polski, adjointe à la mairie de Paris en charge du commerce. Les terrasses chauffées représenteraient 30 % du chiffre d’affaires des restaurateurs et des cafetiers parisiens, selon le GNI, syndicat les représentant.  

Le conseil de Paris a par contre accepté de lancer une concertation sur le sujet, en espérant trouver des alternatives satisfaisantes. D’autres villes lui ont emboîté le pas comme Angers, Grenoble ou Bordeaux. Ces dernières misent pour l’instant sur la concertation avec les commerçants plutôt qu'une interdiction.

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

John Kerry le secretaire d Etat americain au Bourget lors de la COP21 le 9 decembre 2015 STEPHANE MAHEPOOLAFP

Avec John Kerry, Joe Biden nomme pour la première fois un représentant spécial pour le climat des États-Unis

Joe Biden, nouveau président des États-Unis, vient de dévoiler les premières nominations de son futur gouvernement. Il a choisi l'ancien secrétaire d'État John Kerry pour être représentant spécial pour le climat, une première aux États-Unis. Un symbole fort alors que c'est John Kerry qui, en 2015,...

Eric Dupond moretti ministre de la justice XoseBouzas HansLucas AFP

Le gouvernement renonce au crime d’écocide, mais crée un délit général de pollution

Punir sévèrement les atteintes à l’environnement. C’est ce que demandait la Convention Citoyenne sur le Climat avec la création d’un crime d’écocide. Le gouvernement accède à cette demande mais crée un simple délit général de pollution et un délit de mise en danger de l’environnement. Des avancées...

Objectifs climat contraignants grande synthe affaire du siecle pixabay

Décision historique : le gouvernement doit rendre des comptes au Conseil d'État sur ses actions en faveur du climat

C'est une première brèche ouverte en matière de justice climatique en France. La commune de Grande-Synthe, soutenue par Paris, Grenoble et les ONG de l'Affaire du Siècle, a gagné sa bataille. Le Conseil d'État demande au gouvernement de démontrer que ses efforts climatiques sont conformes à une...

Vladimir Poutine Nations Unies septembre 2015 Kremlin

La Russie entre (timidement) dans la course climatique

Jusqu'ici connue pour ses positions de blocage, ou au mieux attentistes, la Russie multiplie depuis plusieurs mois les signaux positifs à l'égard de la bataille climatique. Il y a un an, Moscou ratifiait finalement l'Accord de Paris. Et alors que les États-Unis s'en retiraient officiellement le 4...