Publié le 18 avril 2022

ENVIRONNEMENT

Le climat fait une entrée en fanfare dans la campagne présidentielle de second tour

Du discours d’Emmanuel Macron à Marseille samedi 16 avril au mouvement d’occupation de la Porte de Saint Denis à Paris par Extinction Rebellion, le changement climatique a pris une place de premier plan dans l’entre deux tours des Présidentielles. Cela suffira-t-il pour en faire un élément déterminant du choix des électeurs dimanche 24 avril alors que l’action climatique a été quasi absente de la campagne précédente ?

Climat extinction rebellion paris JULIEN DE ROSA AFP
Depuis le 16 avril, des militants du groupe Extinction Rebellion bloque les Grands Boulevards dans le centre de Paris.
JULIEN DE ROSA / AFP

Contre toute attente, la lutte contre le changement climatique semble être devenue le thème sur lequel les deux candidats aux Présidentielles, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, vont le plus clairement s’opposer. Le Président candidat a prononcé à Marseille samedi 16 avril dans les jardins du Pharo, un discours aux accents résolument écologistes. Il s’est engagé à "planter 140 millions d'arbres" et nommer un Premier ministre "directement chargé de la planification écologique" ce que recommandait Jean-Luc Mélenchon. Il serait encadré par deux ministres, le premier chargé de "la planification énergétique", "aura pour mission de faire de la France la première grande nation à sortir du pétrole, du gaz et du charbon". Le second s'occupera de la "planification écologique territoriale" des transports et de la rénovation des logements.

Pour donner des gages de crédibilité à ce projet destiné à accélérer l’ambition climatique de la France qu’il n’avait pas évoqué jusque-là, Emmanuel Macron a étendu ses propositions aux entreprises. Il voudrait, par exemple, que la rémunération de leurs dirigeants soient liées à l’atteinte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il a enfin lancé pour mieux affirmer sa différence avec Marine Le Pen : "Le choix est clair : l'extrême droite est un projet climato-sceptique qui veut détruire les éoliennes" ajoutant : "Le 24 avril sera un référendum pour ou contre l'Union européenne, pour ou contre l'écologie, pour ou contre notre jeunesse, pour ou contre notre République".

Le même jour Marine Le Pen, en déplacement à Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir) qui compte moins de 4000 habitants, a affiché sa volonté de défendre la ruralité qu’elle associe au "localisme", son thème environnemental. "On est là dans la péri-urbanité, la ruralité, qui sont des sujets importants de cette présidentielle" a-t-elle affirmé soulignant que la France des villes et la France des champs n’ont pas les mêmes priorités électorales. 

Du climat au débat d’entre deux tours ?

Pour que le changement climatique devienne effectivement un thème déterminant de la dernière ligne droite de la campagne présidentielle, il doit être au cœur du débat d’entre deux tours, programmé mercredi 20 avril. C’est pourquoi plusieurs organisations environnementales ont écrit une lettre ouverte aux deux présentateurs du débat, Lea Salamé et Gilles Bouleau, pour leur demander un quota minimum d’au moins 20 % de questions liées au changement climatique. 

Cela devrait être le cas puisque le discours d’Emmanuel Macron a fait de sa politique sur le climat le critère de ralliement des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui est loin de lui être acquis. La consultation lancée par la France Insoumise auprès de plus de 200 000 personnes qui soutiennent le mouvement, indique que près de 38 % d’entre eux voteront blanc ou nul, 33 % soutiendront Emmanuel Macron et près de 29 % préfèrent l’abstention. 

Voter ne suffit plus 

Il sera tout aussi difficile de convaincre les manifestants d’Extinction Rebellion que le temps de l’écologie de gouvernement est venu. A Paris comme à Londres, ses adeptes de la désobéissance civile ont choisi de bloquer des points névralgiques pour alerter sur l’urgence climatique. Un millier de manifestants bloquent la Porte Saint Denis sur les Grands Boulevards, en plein cœur de Paris. Ils estiment que "voter ne suffit plus" et multiplient les actions spectaculaires pour que l’urgence climatique devienne la priorité absolue des dirigeants politiques.

Si les électeurs plébiscitent le vent vert de l’entre-deux tours, il faudrait qu’il ne s’arrête pas de souffler après le 24 avril pour que le rapport du GIEC soit bien la boussole du futur gouvernement. 

Anne-Catherine Husson Traore, @AC_HT, directrice générale de Novethic


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