Publié le 30 novembre 2015

ENVIRONNEMENT

La COP21, une rampe de lancement pour des initiatives mêlant public et privé destinées à développer l'accès aux énergies renouvelables

La présence des 150 Chefs d'Etat lors de l'ouverture de la COP21 au Bourget a été mise à profit : deux initiatives d'envergure, impliquant le secteur public et le secteur privé, ont été lancées dans le domaine des énergies renouvelables. Objectif : permettre l'accès à une énergie propre à des millions de personnes qui ne peuvent aujourd'hui pas en bénéficier.

François Hollande et Narendra Modi le 1er ministre indien s échangent L’écologie des mondes BERTRAND GUAY AFP
François Hollande et Narendra Modi, le 1er ministre indien, s'échangent le livre "L’écologie des mondes" pendant la COP21.
Bertrand Guay / AFP

Après les déclarations de bonnes intentions des 150 Chefs d'Etat qui se sont succédés à la tribune de la salle plénière du Bourget, deux grandes initiatives internationales mêlant le public et le privé ont été lancées pour les rendre concrètes.

Au centre de ces initiatives : l'énergie "propre". Car aujourd'hui des millions de personnes à travers le monde n'ont toujours pas accès à l'énergie et notamment l'électricité. Fait paradoxal, le plus souvent, cette situation prévaut dans des pays qui ne manquent pas de ressources naturelles, comme le soleil.

C'est en partant de ce constat que le Premier ministre indien Narendra Modi et le Président français François Hollande, ont lancé l'Alliance Internationale pour le solaire, conjointement avec 120 pays. Une initiative qui "préfigure l'accord de Paris car destinée à assurer un développement durable, à réduire les inégalités et à servir la planète", selon François Hollande.  

 

Le solaire prioritaire pour développer l'accès à l'énergie  

 

Le but : "donner à des pays qui n'ont souvent pour seule ressource que le soleil, les moyens de pouvoir se développer en les accompagnant, par le biais technologique et financier mais aussi l'harmonisation des normes, dans le déploiement des énergies renouvelables", a précisé le chef de l'Etat. Avant d'ajouter : "certains pays ont bâti leurs richesses sur le charbon ou le pétrole. Ce sont de moins en moins les richesses d'aujourd'hui et encore moins celles de demain. La richesse de l'avenir, ce sont les énergies renouvelables. Nous sommes en train de constituer un groupe de pionniers".  

Pour baisser le coût de l'énergie solaire, déjà compétitive dans de nombreux pays, il faut amorcer la pompe avec des fonds publics, a reconnu le président. Et l'investissement n'est pas mince : pour mettre en œuvre son programme de production de 100 GW alimenté par le solaire en 2030, l'Inde estime le montant des investissements nécessaires à 1 000 milliards de dollars. Les Etats ont donc besoin de l'aide du secteur privé : des équipementiers, des énergéticiens, des financiers...ont égréné les chefs d'Etat.  

"Le secteur privé est prêt à faire sa part et à assurer 70 % du financement", a assuré Gérard Mestrallet, président d'Engie (premier acteur sur le solaire en France) et coordinateur du Business Dialogue, l'organisation chargée d'assurer la liaison entre le privé et le public et créée par le gouvernement français à l'occasion de la COP21. Une organisation à but non lucratif, baptisée Terrawatt, et destinée à prodiguer conseils et plans d'actions aux gouvernements, et notamment à la nouvelle alliance, a même été créée.  

Le coup de main est loin d'être désintéressé. "Il y a quelques années, peu de gens croyaient à l'énergie solaire. Aujourd'hui elle est centrale dans la transition énergétique, rappelle ainsi Gérard Mestrallet. C'est aujourd'hui l'énergie qui a la plus forte croissance dans le monde et elle est devenue compétitive dans beaucoup de régions du monde".  

 

Aller au-delà des technologies connues  

 

Cette volonté de développer les énergies propres en associant le secteur privé et public se retrouve dans l'autre double initiative lancé en ce premier jour de la COP21. Il s'agit de la Mission innovation et de la Breakthrough Energy Coalition. Les deux initiatives distinctes sont intimement liées. Elles ont pour but de faciliter et de développer la recherche dans les énergies propres.    

La première initiative, publique, regroupe 20 pays (France, Etats-Unis, Japon, Arabie Saoudite, l'Inde, etc.) représentant 80 % de la recherche et développement mondiale dans les énergies renouvelables. Ils s'engagent à doubler le montant des investissements R&D dans les 5 ans qui viennent. La seconde, privée, à l'initiative de Bill Gates, est soutenue par 28 grands entrepreneurs comme Mark Zuckerberg (Facebook) ou Xavier Niel (Free) et doit mobiliser plusieurs milliards de dollars pour financer des entreprises innovantes dans les énergies propres (principalement dans les secteurs de l'électricité, des transports, de l'industrie, de l'agriculture et de l'efficacité des systèmes énergétiques).  

Le rôle de Bill Gates a donc été "de réunir les investisseurs privés pour faire passer le risque du secteur public au secteur privé", a-t-il expliqué, lors d’une conférence à Paris, cité par Le Monde. "Les énergies renouvelables que nous avons aujourd'hui, comme l'éolien ou le solaire, ont fait de gros progrès et peuvent être un chemin vers l'énergie zéro carbone du futur. Mais au vu de l'ampleur du défi, nous devons en explorer beaucoup d'autres. Et cela veut dire que nous avons besoin d'inventer de nouvelles approches, argumente-t-il dans une note publiée sur le site de l'initiative. Les entreprises privées développeront ces ruptures énergétiques, mais leur travail sera lié à la recherche fondamentale que seuls les gouvernements peuvent financer. Les deux ont donc un rôle à jouer". 

Béatrice Héraud
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