Publié le 07 mai 2021

ENVIRONNEMENT

Inondations, ouragans, incendies... le réchauffement climatique coûte si cher qu'il devient inassurable

De 50 catastrophes naturelles en moyenne dans les années soixante-dix, le monde en connaît désormais 200 par an depuis 2010. Une hausse spectaculaire qui bouleverse le monde de l'assurance, en première ligne face au changement climatique. Certains experts prévoient ainsi une hausse de 130 à 200 % des primes d'ici 30 ans, rendant l'assurance inabordable quand d'autres entrevoient déjà un désengagement des assureurs dans des zones trop à risque. 

Incendie en Californie octobre 2019 JoshEdelson AFP
En Californie, les incendies sont de plus en plus intenses et fréquents en raison du changement climatique.
@JoshEdelson/AFP

C’est une somme colossale. Dans un rapport publié fin avril, le réassureur Swiss Re évalue à 23 000 milliards de dollars le coût du changement climatique d’ici 2050. C’est la plus grande menace à long terme qui pèse sur l’économie mondiale. D’ici 30 ans, le PIB pourrait ainsi s’effondrer de 18 % en raison notamment de la chute des rendements des cultures, la multiplication des incendies, la montée des eaux, etc. Face à ce risque systémique, les assureurs sont en première ligne.

"Les pertes du secteur de l’assurance dues aux catastrophes naturelles et aux catastrophes d’origine humaine se sont élevées à 83 milliards de dollars en 2020", note Swiss Re Institute. "Cela en fait la cinquième année la plus coûteuse pour le secteur", indique le réassureur. Les pertes liées aux catastrophes naturelles ont ainsi explosé de 40 % de 2019 à 2020. Et cette croissance est une tendance de fond. Alors que dans les années soixante-dix, on comptait en moyenne 50 catastrophes par an, le nombre a été multiplié par quatre dans les années 2010.

Une explosion des primes d'assurances de 200 % 

En France, où le PIB pourrait perdre 13 % d’ici 30 ans en raison du changement climatique, les assureurs ne sont pas épargnés. L’Autorité de contrôle prudentiel et de supervision (ACPR), qui dépend de la Banque de France, a récemment soumis les compagnies d’assurances françaises à un "stress test" climatique. Le but consistait à évaluer leur résistance face à la crise climatique. Et les résultats sont pour le moins inquiétants. "Sur les dommages aux biens, nous voyons une évolution de la sinistralité avec un facteur multiplicateur de deux à cinq tous risques confondus, c’est-à-dire inondations, sécheresse, submersions marines et tempête cyclonique dans les territoires ultra-marins", explique Jean-Paul Faugère, vice-président de l’ACPR

Ces surcoûts peuvent être gérés de manière différente par les assureurs. Pour la plupart, il s’agira de compenser en augmentant les primes d’assurances. L’ACPR en déduit une explosion des primes de 130 à 200 % sur trente ans. "Cela laisse supposer que l’augmentation des primes serait très significative et supérieure à celle du PIB", précise Jean-Paul Faugère. Reste à savoir si les assurés seront capables d’assumer ces hausses significatives. 

La "nécessité d'agir" 

D’autres assureurs prendront et prennent déjà la voie du désengagement. "Une première réaction peut être de se désengager, en refusant de couvrir les habitations trop exposées", explique dans une note la Fondation pour l’innovation politique. Aux Antilles, à la suite des ouragans Irma et Maria en 2017, "il ne subsiste qu’une poignée d’assureurs souhaitant encore être actifs à Saint-Martin", souligne le think tank. "Afin d’écarter les risques d’une très forte hausse des tarifs des assurances, habitation en particulier, et une politique de sélection des risques qui exclurait les territoires les plus exposés, il est essentiel que la France améliore sa prise en compte du dérèglement climatique pour continuer à proposer des protections de qualité pour tous", demande la Fondation.

Une recommandation également formulée par le réassureur Swiss Re qui souligne la "nécessité d’agir" à l'échelle internationale. "Ce n’est que si les secteurs public et privé se rassemblent que la transition vers une économie sobre en carbone sera possible. Nous avons l’occasion de corriger la situation maintenant et de construire un monde qui sera plus vert, plus durable et plus résilient", défend Jérôme Haegeli, économiste en chef de Swiss Re.

Marina Fabre, @fabre_marina


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