Publié le 04 mars 2021

ENVIRONNEMENT

[Édito] Convention citoyenne pour le climat : une vraie avancée et beaucoup de limites

La Convention citoyenne pour le climat, avec ses 150 citoyens tirés au sort pour réfléchir à la baisse des émissions de CO2 de la France, va maintenant laisser le fruit de ses travaux au Parlement. L'évènement a largement mobilisé le pays sur les questions environnementales. Une réussite, toutefois compliquée par une mission difficile à tenir et des débats sur le "sans filtre".

Rencontre Castex 150 convention XoseBouzas HansLucas AFP
Jean Castex et Barbara Pompilli recevant les délégués de la Convention citoyenne à Matignon.
@XoséBouzas-HansLucas-AFP

Ça y est. Cette étrange aventure démocratique inédite qu’a été la Convention citoyenne sur le climat a pris fin. Les 150 citoyens ont révélé leurs propositions pour accroître l’ambition climatique de la France. Chacun a étudié ces positions et a fait ses commentaires. Le gouvernement en a tiré une loi. Le sujet est désormais dans les mains du Parlement qui va en débattre, sans doute très vivement, à partir du 9 mars et pour de nombreuses semaines. S’il est trop tôt pour voir si ce texte législatif va changer la France, en revanche, le temps est venu de faire un bilan de l’exercice.

Ce qui est frappant est que, si beaucoup semblent trouver la loi issue de la Convention insuffisante, tout le monde est ravi que cet exercice ait eu lieu. Les citoyens de la Convention parlent "d’utilité démocratique". En effet, à travers ces 150 membres, ce sont bien des millions de Français qui se sont emparés du sujet climat, grâce à une mobilisation massive portée directement par le chef de l'Etat. Jean-Marc Jancovici, Président de Carbone 4 juge que cette action collective a permis "d’envisager des solutions de rupture sans craindre de se marginaliser".

Paradoxalement, le premier problème est le sujet de la Convention lui-même. Les citoyens devaient trouver des "solutions pour réduire de 40 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, le tout dans une optique de justice sociale". C’est horriblement complexe. Surtout en quelques week-end de réunions, de plus dans un contexte de Covid-19 qui a virtualisé nombre d’entre elles. Dans une note, la Fabrique Écologique parle d’un sujet "trop vaste", inscrit dans un processus qui "allait trop vite pour pouvoir être compréhensible et maîtrisé".

Sans filtre

Le deuxième problème est ce fameux "sans filtre". Qu’Emmanuel Macron n’a tenu sa langue le jour où il a dit ces mots car ils ont considérablement faussé les débats. En effet, dans un premier temps, le Président a assuré que les propositions seraient soumises directement au gouvernement, au Parlement ou au peuple via référendum. Il a bien sûr fallu se raviser rapidement puisque le processus législatif, la Constitution et la Ve République elle-même ne le permettent pas. Emmanuel Macron n’aurait jamais dû faire cette promesse, et certains experts écologistes n’auraient jamais dû faire semblant de croire que c’était possible.

Le troisième problème est que nos 150 citoyens n’ont pas été mis dix-huit mois dans une bulle sanitaire coupée du monde. Ils ont subi des pressions fortes de la société extérieure. D’autant plus fortes que les membres ont disposé d’un pouvoir d’influence considérable. C’était trop de poids sur les épaules des membres de la Convention dont certains ont considérablement durci leur position. Résultat : un groupe de 15 à 20 ont noté zéro toutes les propositions de la loi climat. Même le référendum pour inscrire la protection de l’environnement dans la Constitution, repris in extenso, n’a eu une moyenne que de 6/10. Ce qui est parfaitement illogique.       

L’exercice a été utile, indubitablement. La CCC fait partie des jalons du chemin climatique de la France, avec le Grenelle de l’Environnement de 2008 ou la loi de transition énergétique de 2015. Et déjà, le gouvernement se dit prêt à renouveler l’expérience sur de multiples sujets. On entend parler d’éducation, d’énergie, de sécurité… Ces éventuelles réitérations devront se faire sur des questions bien plus resserrées. Et peut-être aussi dans une période plus courte pour éviter la récupération politique venue de tous les bords qui a lieu aujourd’hui.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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