Publié le 29 septembre 2018

ENVIRONNEMENT

[Science] De la géoingéniérie glaciaire pour éviter la montée des eaux

Un mur sous-marin devant les calottes glaciaires... Des scientifiques suggèrent de créer des infrastructures massives pour freiner la fonte des glaces, et par là la montée des mers. Des projets très futuristes qui doivent permettre de lutter sur les conséquences inévitables du réchauffement.

La fragilisation des calottes du Groenland et de l'Antarctique va entraîner une hausse du niveau des océans.
@DR

Selon des travaux publiés mi-septembre dans la revue The Cryosphere, "des projets d'ingénierie ciblés, pour contenir la fonte des glaciers, pourraient ralentir la rupture des calottes". La fragilisation des calottes du Groenland et de l'Antarctique est une grande préoccupation mondiale. D'immenses étendues d'eau douce retenues par des glaciers qui, si elles se libéraient, pourraient faire monter les mers de plusieurs mètres.

Pour certains chercheurs, le réchauffement océanique a d'ailleurs déjà enclenché le processus de déstabilisation autour de la mer d'Amundsen (Antarctique ouest), notamment via les glaciers de Pine Island et de Thwaites,vus à eux seuls comme première source potentielle d'élévation des mers à l'avenir.

30 % de chances de succès

"Thwaites pourrait facilement entraîner une rupture monstre de la calotte de l'Antarctique ouest qui ferait grimper d'environ trois mètres le niveau mondial des mers", explique un des auteurs de cette nouvelle étude, Michael Wolovick de l’Université de Princeton.

La débâcle intervient en particulier lorsque la base sous-marine du glacier est grignotée par l'eau plus chaude. Les chercheurs ont imaginé plusieurs types d'ouvrages pour contrer le phénomène, dont ils ont testé la validité sur Thwaites, par modélisation. Par exemple, l'édification de quatre colonnes sous-marines hautes de 300 mètres pour retenir le glacier - ce qui nécessiterait autant de matériau qu'il fallut en excaver pour le canal de Suez. Selon l'étude, cette option aurait 30 % de chance de succès.

Mur artificiel glacier

Construction d'un mur sous-marin pour empêcher l'érosion des glacier par les courants chauds.

Mais un ouvrage de plus grande dimension, par exemple un mur haut de 50 à 100 mètres et long de 80 à 120 kilomètres serait "plus efficace" car capable de bloquer en partie l'eau plus chaude se trouvant au fond.

"Y penser"

"La conclusion principale de notre étude est qu'une intervention efficace sur les calottes polaires est de l'ordre du possible", a expliqué Michael Wolovick à l'AFP. "Avec quelques décennies de recherche, ou plus, il paraît plausible que la communauté scientifique puisse proposer un plan à la fois efficace et réalisable".

Car "si réduire les émissions reste la priorité à court terme pour minimiser les effets du changement climatique, à long terme l'humanité pourrait avoir besoin de plans d'urgence pour faire face à la rupture d'une calotte glaciaire", relèvent les chercheurs.

Cette question de "plans d'urgence" irrigue déjà le débat sur la lutte contre le réchauffement, notamment avec des projets de "géoingénierie" souvent controversés proposant de manipuler le climat à plus ou moins grande échelle (par exemple la manipulation du rayonnement solaire par projection d'aérosols).

Rien de cela ici, affirment les chercheurs. "Faire de la géoingéniérie signifie souvent imaginer l'inimaginable", souligne John Moore, de la Beijing Normal University. Alors "au lieu d'essayer de modifier le climat, l'humanité pourrait choisir une intervention ciblée, sur des lieux spécifiques à fort effet de levier".

Y penser

Construire de telles infrastructures ne serait pas pour tout de suite, soulignent-ils, a fortiori dans un milieu aussi inhospitalier que l'Antarctique. "Nous avons rédigé ce rapport non pas parce que nous pensons que ces projets précis doivent être réalisés, mais parce que nous voulons que la communauté scientifique y pense et y travaille", dit le chercheur de Princeton.

Pour les auteurs, réduire les émissions mondiales de GES reste la clé. "Des éléments malhonnêtes tenteront sûrement de se servir de nos travaux comme d'un argument contre la nécessité de réduire les émissions. Or notre étude ne soutient en rien cette interprétation", préviennent-ils.

Et de rappeler que cette "géoingénierie glaciaire" ne pourra fonctionner que si le réchauffement reste sous contrôle. Et même si ces ouvrages limitaient la montée des eaux, ils n'agiraient en rien sur d'autres impacts aussi dévastateurs que l'acidification des océans, les tempêtes et les canicules.

Ludovic Dupin avec AFP


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