Publié le 07 juin 2015

ENVIRONNEMENT

COP 21 : les engagements du Japon ne sont pas à la hauteur de l'urgence climatique

À l'occasion du sommet du G7, qui se tient en Allemagne jusqu'à demain, le Japon a dévoilé ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre avant le sommet climatique de Paris (COP 21) qui aura lieu à la fin de l'année. Mais les engagements affichés par le Japon semblent insuffisants au regard des perspectives climatiques : la contribution qui vient d'être publiée (parvenir à diminuer de 26 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 2013) apparaît en effet comme incompatible avec un maintien de la température globale sous les deux degrés d'ici la fin du siècle.

Shinzo Abe, le premier ministre japonais, a dévoilé le 7 juin une contribution décevante de son pays dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Danil Shamkin / Nurphoto

Tokyo était très attendue sur la question du réchauffement climatique. Le Japon est en effet le sixième plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre. La déception est grande après l'annonce de Shinzo Abe, ce dimanche 7 juin, effectuée depuis la petite ville allemande d'Elmau, où se déroule le sommet 2015 du G7

Le Premier ministre nippon a dévoilé un objectif de réduction de 26 % de ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, par rapport à 2013.

Shinzo Abe estime que la contribution de son pays "n'est pas moins ambitieuse que celle des autres pays". Dans les faits, c'est pourtant bel et bien le cas : à titre de comparaison, les pays de l'Union Européenne se sont engagés sur une baisse de 40 % par rapport à leur niveau de 1990

Celle des États-Unis, moins audacieuse, reste tout de même plus ambitieuse que celle du Japon, puisque Washington table sur une réduction de 26 à 28 % de ses émissions d'ici 2025, par rapport à 2005.

 

2013, annus horribilis 

 

Le Japon a choisi 2013 comme année de référence. Un choix qui permet de mesurer le manque d'allant politique du pays sur la question climatique. 

Après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, la pays a en effet eu massivement eu recours aux énergies fossiles pour faire face à ses besoins. Conséquence : ses émissions de gaz à effet de serre ont fortement augmenté.

Une situation nouvelle pour l'Archipel, longtemps présenté comme un bon élève de la classe mondiale, avant que l'arrêt brutal de ses centrales nucléaires ne le fasse basculer du côté des plus gros pollueurs mondiaux.

Pour l'ONG climatique japonaise Kikonetwork, citée par Le Monde, les engagements de réduction de gaz à effet de serre du pays sont seulement de 18 % par rapport à 1990. L'association estime que cet effort devrait être compris en 30 et 60 % de réduction sur la même période.

 

Des perspectives énergétiques inquiétantes

 

Les perspectives énergétiques du Japon inquiètent aussi les observateurs : les énergies fossiles serviraient toujours de support au bouquet nippon. Dans celui-ci, le charbon représenterait à lui seul 24 % du total. Une proportion identique à celle de l'ensemble des énergies renouvelables.

Selon ces prévisions, le nucléaire devrait fournir au moins 20 % de l'électricité globale. Une projection qui laisse les experts sceptiques. Les 43 réacteurs du pays sont en effet à l'arrêt. Il faudrait selon eux les relancer tous pour atteindre le seuil des 20 %. Or, certains d'entre eux ont déjà plus de 40 ans d'âge, ce qui pose des problèmes de sécurité et de financement pour assurer une mise aux normes.

Les choix du Japon sont donc à rebours de la tendance mondiale, car la désaffection du charbon est partout constatée. La Norvège vient d'ailleurs d'annoncer qu'elle renonçait à la plus polluante des énergies fossiles.

L'Archipel est, quant à lui, le seul pays industrialisé à avoir augmenté sa consommation de Houilles entre 1990 et 2010. Selon Kikonetwork, toujours citée par Le Monde, 25 centrales à charbon seraient actuellement en construction dans le pays.

Antonin Amado
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