Publié le 22 septembre 2018

ENVIRONNEMENT

[Science] Tout ce que nous cache le permafrost : CO2, méthane, mercure, acide sulfurique, méga-virus…

La fonte du permafrost, en libérant des gaz à effet de serre, pourrait mettre à mal les efforts entrepris par l’humanité pour limiter le réchauffement climatique, selon une étude publiée dans Nature Geoscience. Mais au-delà du CO2 et du méthane, cette libération des sols gelés présente de nombreux autres dangers environnementaux et sanitaires.

La fonte du pergisol, qui couvre 25 % de l'hésmuiphère nord, a des effets encore malconnus sur le climat.
@AdrianWojcik

Le permafrost couvre environ 25 % des terres de l'hémisphère Nord. Cela représente 12 à 14 millions de kilomètres carrés ; à comparer aux 10 millions de km² que couvre le Canada. Avec des températures moyennes supérieures de 1°C par rapport à l'ère préindustrielle, le permafrost a commencé à fondre lentement. Or celui-ci abrite des quantités de méthane et de CO2 équivalentes à environ 15 années d'émissions humaines.

Selon cette étude, avec la prise en compte des gaz à effet de serre relâchés par le permafrost, l'objectif de 1,5°C serait déjà hors de portée. "Nous devons nous préparer à l'éventualité que nous ne puissions peut-être jamais revenir à des niveaux plus sûrs concernant le réchauffement", avertit Thomas Gasser, chercheur à l'Institut international pour l'analyse des systèmes appliqués en Autriche.

Le permafrost, oublié du GIEC

Le permafrost pourrait connaître ce que les scientifiques appellent un point de basculement : au-delà d'une certaine hausse des températures, il continuera à fondre et à relâcher des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, peu importe la baisse des émissions. "Il existe le danger que, plus nous allions de l'avant, plus nous risquions de déclencher des phénomènes que nous ne comprenons pas", avertit le scientifique.

"Les projections les plus pessimistes du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) avec un réchauffement à 4 ou 5 °C n’incluent pas les processus de dégel du pergélisol", prévenait déjà Florent Dominé, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des interactions neige-climat-pergélisol. "Chaque année, on découvre de nouvelles rétroactions positives qui modifient les dynamiques thermiques en cours", explique le chercheur du CNRS.

Preuve en est, le 5 septembre dernier, dans la Geophysical Research Letters, des chercheurs de l’université d’Alberta au Canada ont mis en évidence que les eaux de fontes du pergisol drainent de l’acide sulfurique. Celui-ci participe à l’érosion des roches sous-jacentes qui, elles-mêmes, piègent du dioxyde de carbone. L’étude ne permet pas encore de savoir quel sera l’impact de cette érosion sur les émissions de CO2.

Les plus grandes réserves de mercure

Mais le permafrost ne cache pas que des gaz à effet de serre. En février dernier, une étude, publiée dans le National Snow and Ice Data Center, mettait en évidence des stocks de mercure deux fois plus importants dans le permafrost que sur le reste de la Terre. 863 millions de kilogrammes se trouvent dans cette couche superficielle du sol. Avec le dégel, ce métal va finir, au moins en partie, dans les océans et contaminer toute la chaîne alimentaire.

Auparavant, entre 2013 et 2015, quatre types de méga-virus, des virus au matériel génétique surdimensionné, ont été découverts dans la glace. Ils étaient enfermés depuis des dizaines de milliers d’années. Leur réactivation interroge sur la santé humaine. En 2014, dans le journal du CNRS, Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses, expliquait que "plusieurs études montrent un lien entre des pneumonies et la présence de Mimivirus (un méga-virus, ndr) chez des patients. Et il n’est pas impossible que d’autres virus géants se révèlent eux aussi pathogènes".

Ludovic Dupin @LudovicDupin


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

La fonte du permafrost va libérer la plus grande réserve de mercure de la planète... et c'est une catastrophe

Des scientifiques ont découvert des quantités de mercure astronomiques dans le permafrost, le sol gelé de l'Arctique. Or la fonte des glaces aurait pour conséquence de libérer tout ce métal dangereux. Il pourrait contaminer poissons et animaux marins et ainsi remonter la chaîne...

Avec le dégel du permafrost, le réchauffement climatique va largement dépasser les 4°C

Le permafrost renferme deux fois plus de carbone que l’atmosphère terrestre. Avec le réchauffement climatique, une partie de ce carbone est remis en circulation sous forme de CO2 ou pire sous forme de méthane. Un cercle vicieux qui fait que le dégel de ces terres gelées s’auto- alimente et...

[Vidéo] En Sibérie, l'explosion d'une bulle de méthane fait apparaître un cratère de vingt mètres de profondeur

Un éleveur de rennes en Sibérie a assisté à l'explosion d'une bulle de méthane créant un cratère de 20 mètres de profondeur (l'équivalent d'un immeuble de sept étages) et de 8 mètres de diamètre. Un phénomène de plus en plus courant dans la région. Ces explosions, causées par le...

[LE CHIFFRE] 7 000, c’est le nombre de bulles de méthane qui menacent d’exploser en Sibérie

C’est un paysage quasi lunaire qui est en train de se dessiner en Sibérie. Des dizaines de cratères jonchent la toundra. Selon les scientifiques, ces énormes trous béants pouvant aller jusqu’à 70 mètres de profondeur seraient formés par des explosions de gaz, libéré à cause du...

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Un quart des entreprises les plus polluantes ne reportent pas leurs émissions de gaz à effet de serre

C’est un chiffre qui a de quoi inquiéter : un quart des entreprises les plus polluantes au monde ne publient pas d’informations sur leurs émissions de gaz à effet de serre, selon une récente étude commandée par un groupe d’investisseurs. C’est pourtant la première étape indispensable pour construire...

Rennes morts arctique svalvard Siri Uldal Norsk Polarinstitutt

En Arctique, les rennes meurent de faim en raison des bouleversements climatiques

En Arctique, où la température se réchauffe à un rythme deux fois plus élevé qu'ailleurs, les rennes de la région de Svalbard, à 1 000 kilomètres du Pôle Nord, n'arrivent plus à trouver assez de nourriture. Une équipe de chercheurs estiment que 200 animaux seraient morts en raison d'un hiver plus...

[Coup de chaud] Quand le changement climatique enflamme la rue

Longtemps circonscrites aux militants écologistes, les marches pour le climat ont pris une ampleur inédite en France et dans le monde depuis un an. Les populations demandent aujourd’hui des comptes à leurs dirigeants. En 2019, le changement climatique a montré toute sa puissance. Cette semaine...

Energy observer arctique EnergyObserver

Energy Observer, le bateau-laboratoire, navigue en Arctique à "l’épicentre du changement climatique"

Le bateau laboratoire Energy Observer, premier navire capable de produire son propre hydrogène, a rejoint samedi 10 août 2019 l'archipel du Svalbard, en Norvège, dans l'océan arctique. Une étape symbolique de son tour du monde, selon les organisateurs.