Publié le 26 janvier 2015

ENVIRONNEMENT

Climat : un accord sur les énergies renouvelables entre les États-Unis et l’Inde

Le président américain Barack Obama, en visite officielle en Inde, et le Premier ministre indien Narendra Modi, viennent d’annoncer un accord bilatéral afin de lutter contre le réchauffement climatique. Moins contraignant que celui signé par les Etats-Unis avec la Chine, l’accord ne prévoit aucun objectif de réduction d’émission de gaz à effet de serre. Mais il se concentre sur les énergies renouvelables.  

Barack Obama reçu à New Dehli par Narendra Modi, le Premier ministre indien, le 26 janvier 2015.
© Saul Loeb / AFP

La chaleureuse accolade du Premier ministre indien Narendra Modi et de Barack Obama sur le tarmac de l’aéroport de New Delhi laissait présager une belle entente. Mais l’accord sur le climat, annoncé dimanche 25 janvier, reste modeste. L’Inde, troisième pollueur mondial avec 2,4 milliards de tonnes de CO2 émises en 2013, et les Etats-Unis, à la deuxième place avec 5,2 milliards de tonnes, n’ont pas fixé de limites à leurs émissions de gaz à effet de serre respectives, contrairement à l’accord Inde-Chine signé en novembre dernier.

En revanche, les deux pays mettront en place une coopération renforcée dans le domaine des énergies renouvelables.

"Pour Barack Obama et moi, les énergies propres et renouvelables représentent une priorité personnelle et nationale. Nous avons discuté de nos efforts et objectifs nationaux afin d’augmenter l’utilisation des énergies propres et renouvelables. Nous nous sommes mis d’accord pour améliorer notre […] partenariat dans ce domaine", a déclaré Narendra Modi lors d’une conférence de presse commune avec le président américain.

 

Une production d’énergie solaire multipliée par trente d’ici 2022

 

 

Les Etats-Unis aideront donc l’Inde à développer l’utilisation d’énergies renouvelables, à travers un soutien financier et technologique. En tête des objectifs figure la production de 100 gigawatts (GW) d’électricité solaire d’ici 2022, annoncée par Narendra Modi en décembre dernier. Le programme, ambitieux, nécessitera un investissement de 6 000 milliards de roupies, soit environ 87 milliards d’euros.

Actuellement, les panneaux solaires indiens ne produisent que 3 GW d’électricité. "Cette aide financière va donner une grande impulsion à ces projets, car le financement représente le problème principal de l’Inde", estime Krishnan Pallassana, directeur Inde du Climate Group, une organisation non gouvernementale de lutte contre le réchauffement climatique.

En contrepartie, l’Inde a accepté la demande de Barack Obama de discuter du problème des gaz fluorés HFC (hydrofluorocarbures). Ces gaz à effet de serre ont un pouvoir de réchauffement jusqu’à 23 000 fois supérieur au CO2 et sont notamment utilisés dans des installations de réfrigération et de climatisation. Aucun engagement n’a encore été pris, mais des mesures pourraient être annoncées dans les jours qui viennent.

 

Le charbon, source de 60% de l’électricité en Inde

 

Les énergies renouvelables ne pourront toutefois pas suffire à satisfaire la demande énergétique en Inde. Les besoins sont considérables: 300 millions de personnes vivent toujours sans électricité, dans un pays en pleine croissance économique. De plus, les émissions de gaz de CO2 par tête restent pour le moment limitées: avec 2 tonnes de CO2 par tête et par an, l’Inde se situe loin derrière la Chine (8 tonnes) et les Etats-Unis (20 tonnes).

Malgré la pression internationale, Modi ne compte donc pas diminuer l’utilisation du charbon, qui reste la source de 60% de la production d’électricité, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie. "L’Inde a toujours insisté sur son droit au développement, ajoute Krishnan Pallassana. Ainsi, environ 1,5milliard de tonnes de charbon devraient être extraites cette année."

Si l’on regrette que les objectifs de réduction d’émission de CO2 n’aient pas été chiffrés, ces annonces conjointes Inde-Etats-Unis envoient un signal fort en vue du sommet sur le climat prévu à Paris fin 2015, estime le directeur Inde du Climate Group.

"Les deux pays ont d’une part convenu qu’ils allaient jouer un rôle important lors des négociations. D’autre part, il s’agit d’une opportunité unique pour l’Inde de démontrer aux autres pays en développement que la croissance est compatible avec des modèles énergétiques à faible empreinte carbone." 

Sarah Collin, à Bombay
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