Publié le 18 octobre 2016

ENVIRONNEMENT

Climat : Trump président, le scénario catastrophe

Alors que se tient mercredi le dernier débat avant la présidentielle américaine, Donald Trump, le candidat républicain, n'en finit pas d'inquiéter les défenseurs de l'environnement. S'il est élu le 8 novembre prochain, il promet de relancer l'industrie du charbon, de détricoter toutes les réglementations environnementales, de supprimer l'Agence américaine de protection de l'environnement. Et de revenir sur l'Accord de Paris.

Donald Trump va-t-il affirmer une nouvelle fois que le changement climatique est un "canular" inventé par la Chine pour déstabiliser l'économie américaine, comme il l'a déjà fait à des dizaines de reprises durant la campagne ?
Tasos Katopodis / AFP

"Notre planète est en train de congeler, record de basses températures, nos climatologues se fourvoient dans la glace" ou "je crois en l'air pur, en l'air immaculé, mais je ne crois pas au changement climatique" : pendant l'hiver 2014, Donald Trump, qui n'était encore qu'un fantasque milliardaire, affichait déjà ouvertement ses opinions climato-sceptiques sur Twitter.

Deux ans plus tard, le désormais candidat républicain à la présidentielle américaine doit participer mercredi à un troisième débat face à Hillary Clinton, le dernier avant le scrutin prévu le 8 novembre prochain.

 

Le changement climatique, un "canular" pour Trump

 

Va-t-il affirmer une nouvelle fois que le changement climatique est un "canular" inventé par la Chine pour déstabiliser l'économie américaine, comme il l'a déjà fait à des dizaines de reprises durant la campagne ? "Tout ce qu'il dit nous inquiète beaucoup. Son action à la tête des États-Unis aurait des conséquences dramatiquement négatives pour le climat", résume Adam Beitman, porte-parole du Sierra Club, l'une des plus importantes associations écologistes américaines.

Sur son site, l'équipe de Donald Trump résume ainsi son programme, qui vise l'indépendance énergétique des États-Unis, une chimère depuis les années 70 : "L'administration Trump va lancer une révolution énergétique qui va apporter une nouvelle richesse à notre pays. Nous soutiendrons le charbon. Nous soutiendrons la fracturation hydraulique sans danger. Nous autoriserons aussi de larges zones de forage offshore pour une production sûre". Le candidat républicain assure que les États-Unis sont assis sur un "trésor énergétique inexploité" de pétrole et de gaz naturel de quelque 50 000 milliards de dollars, un chiffrage qu'il ne source pas, auxquels il faudrait ajouter des "centaines d'années de réserve de charbon".

 

Les électeurs des États charbonniers, un enjeu crucial

 

En supprimant toute réglementation environnementale, que Donald Trump appelle "des restrictions", il promet ainsi de créer 500 000 emplois par an, sans donner plus de détails. Mais l'argument fait mouche dans certains "swing states", ces États qui peuvent faire basculer le scrutin, comme la Virginie ou la Pennsylvanie, parce qu'ils ont été sinistrés par les faillites à répétition de l'industrie charbonnière.

Mais "le charbon aux États-Unis est structurellement sur le déclin depuis des décennies déjà, parce que la demande mondiale est plus faible et que le gaz naturel est moins cher. Supprimer les règles environnementales ne va pas faire revenir les emplois disparus", met en garde Jason Bordoff, de l'université Columbia.

 

Des climato-sceptiques parmi ses plus proches conseillers

 

Pour préparer la mise en œuvre de ce programme s'il est élu, Donald Trump s'est entouré de quelques proches conseillers, tous climato-sceptiques. C'est le cas de Mike McKenna, lobbyiste pour des groupes pétroliers et des géants de la chimie. Il est officiellement en charge de la "transition" du ministère de l'Énergie dans une future administration Trump.

C'est aussi le cas de Myron Ebell, directeur d'un think tank financé par le secteur des énergies fossiles et à la tête d'un groupe de réflexion qui questionne "l'alarmisme autour du changement climatique". Lui pourrait être nommé directeur de l'EPA, l'Agence américaine de protection de l'environnement, cette institution qui crée toutes les normes environnementales aux États-Unis. À terme, Donald Trump veut la voir purement et simplement disparaître, parce qu'il l'accuse d'utiliser les impôts des Américains de façon "totalitaire".  

 

L'Accord de Paris en danger réel

 

Sur la scène internationale, le programme climatique du candidat républicain, comme beaucoup de ses promesses de campagne, tient en une formule choc : il veut "annuler" l'Accord de Paris, ratifié en septembre dernier par l'actuel président Obama. Le peut-il ? Légalement, la procédure est longue et compliquée. Laurence Tubiana, l'ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique pendant la COP21, n'y croit d'ailleurs pas. "Il y a un effet de cliquet avec l'Accord de Paris. Il ne pourra pas revenir sur tout ce qui a déjà été acté", nous assurait-elle lors d'un déplacement à Washington il y a quelques mois.

Mais Donald Trump pourrait a minima ralentir considérablement la mise en oeuvre de cet Accord de Paris. Un danger bien réel. 376 membres de l'Académie nationale des sciences ont publié une lettre ouverte pour mettre en garde les citoyens américains. Le Prix Nobel Al Gore, défenseur du climat et candidat à la présidentielle américaine battu sur le fil en 2000, a lui choisi de sortir de sa réserve : depuis quelques jours, il bat la campagne aux côtés de la Démocrate Hillary Clinton.

Fannie Rascle
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