Publié le 17 novembre 2017

ENVIRONNEMENT

Les États-Unis sèment le trouble à la COP23

Très discrets dans les négociations climatiques depuis l'annonce de leur retrait de l'Accord de Paris, les États-Unis ont décidé de jouer les trouble-fêtes à la COP23, qui se tient du 6 au 17 novembre à Bonn, en Allemagne. Tandis que la délégation officielle reste quasi-invisible, des représentants de la Maison-Blanche n'hésitent pas à défendre la place des énergies fossiles, et notamment du charbon, dans la transition écologique alors qu'une partie du monde financier désinvestit le secteur. 

Les représentants de la Maison-Blanche ont organisé lundi 13 novembre un événement sur le charbon propre à la COP23.
Lukas Schulze / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images/AFP

"C’est la COP des contradictions", résume Bettina Laville, présidente du Comité 21, en direct de Bonn où se tient la 23e conférence des Nations unies sur le climat. "Le flou entretenu par les États-Unis satisfait un certain nombre de pays et d’acteurs qui ne trouvent pas d’intérêt dans la décarbonation. C’est le cas de la Russie par exemple, qui est totalement absente. La Chine, de son côté, reste très discrète alors qu’on attendait une prise de leadership de sa part", précise l’observatrice.

Le plus mauvais signal est venu de l’organisation lundi 13 novembre d’un side-event par la Maison-Blanche – le seul de la COP23 – pour défendre les énergies fossiles et notamment le concept de "charbon propre". Un événement qualifié de provocateur par beaucoup mais qui a néanmoins reçu le soutien de plusieurs pays.

Un retour des fossiles 

À ce jour, 24 États mentionnent le charbon dans leur NDC (contribution climatique nationale). Pour la plupart, ce sont des pays en développement qui fondent leur trajectoire de croissance sur les fossiles. "Alors que le retrait des Américains grève fortement le Fonds vert, ils ont réussi à rassembler autour d’eux des pays en développement qui ne voient pas pourquoi ils arrêteraient d’utiliser les fossiles alors que les pays développés traînent à prendre des engagements pour les soutenir", commente Bettina Laville.  

Selon le site ClimateHomeNews, l’Ukraine prévoyait même de présenter à la COP une initiative soutenue par les États-Unis afin de donner aux entreprises fossiles une voix au chapitre dans l’Accord de Paris. Une façon d’offrir une "couverture politique" à Donald Trump pour revenir dans le traité, pensent certains industriels et négociateurs climatiques de l'ère Obama.

Lors d'une allocution plénière, jeudi 16 novembre, Judith Garber, secrétaire d'État américaine aux Affaires scientifiques et environnementales, a tenté de calmer le jeu : "malgré notre position sur l'Accord de Parisles États-Unis continueront à être leaders dans l'énergie propre et l'innovation et nous comprenons la nécessité de transformer les systèmes énergétiques", sans jamais employer le terme "charbon" et ajoutant que Washington restait "ouvert" à la réintégration dans l'accord si "des termes plus favorables au peuple américain étaient trouvés."

Le centre de la COP est la société civile

À côté de la délégation officielle, une autre voix s'élève d'outre-Atlantique, celle de la mobilisation des acteurs non-étatiques, à travers notamment l’initiative "We are still in". Installée dans un espace de 2 500 mètres carrés, l’un des plus grands pavillons de l’histoire des COP, la société civile américaine entend démontrer qu’elle ne baissera pas les bras. L’un des leaders du mouvement, Michael Bloomberg, a même demandé à avoir une chaise à la table des négociations.  

Des discussions sont justement en cours pour intégrer l'initiative dans "le dialogue de Talanoa", l'échange visant d’ici fin 2018 à pousser les États à rehausser leurs ambitions. "Pour la première fois, le centre de la COP est la zone dédiée à la société civile, décrit David Levaï, chercheur à l’Iddri sur l’action climatique. Malgré le trou d’air créé par l’annonce de Trump, il y a des contre-résistances qui sont solides. Toutefois, elles ne peuvent pas se substituer aux ambitions nationales. C’est pourquoi il est important qu’il n’y ait pas de perte de vitesse dans les négociations intergouvernementales."

"Il ne faut pas se leurrer. Donald Trump va faire traîner les choses, brouiller les cartes et cristalliser les tensions. Or, ces trois prochaines années sont décisives", constate Bettina Laville. S’il va jusqu’au bout, les États-Unis sortiront officiellement de l’Accord de Paris en novembre 2020. Mais l’ancien vice-président et Prix Nobel de la Paix Al Gore précise que Washington pourrait rapidement le réintégrer en 30 jours.... si, et seulement si, un nouveau Président est élu.  

Concepcion Alvarez @conce1


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