Publié le 06 août 2020

ENVIRONNEMENT

Canicule : comment la climatisation aggrave le réchauffement climatique

Alors que l'Hexagone subit un deuxième pic de chaleur de l'été, de plus en plus de Français se dotent de climatiseurs. Ceux-ci participent pourtant au changement climatique en raison de l'énergie consommée et des fuites de fluides frigorigènes, gaz au fort pouvoir réchauffant. Les États ont un levier pour agir : avec des climatisations plus efficaces, ils pourraient éviter 460 milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2060, soit environ huit ans d’émissions, sur la base des niveaux de 2018. 

Climatisation rechauffement climatique 1
La demande de climatiseurs dans le monde devrait passer de 1,6 milliard en 2018 à 5,6 milliards en 2050.
CC0

[Mise à jour le 6 août] Un nouvel épisode caniculaire est attendu dès aujourd'hui sur toute la France. S'il sera, selon Météo France, moins important que le précédent, il pourrait s'étaler sur plusieurs jours avec un pic vendredi 7 août. Face à des canicules à répétition, la climatisation conquiert de plus en plus les Français. Si, pour l’instant, la grande majorité privilégie les ventilateurs face aux fortes chaleurs, ils sont nombreux à franchir le pas. Ainsi, selon le Commissariat général du développement durable, 13 % des logements dans l’Hexagone disposaient d’une climatisation en 2016 contre 5 % en 2005.

Or, la climatisation participe au réchauffement climatique. "Certaines actions destinées à s’adapter au changement climatique peuvent faire plus de mal que de bien, en particulier lorsqu’elles consomment de l’énergie (…). Le risque de canicule est un exemple typique : les climatisations peuvent déclencher une consommation d’énergie importante et aggraver le stress thermique extérieur", expliquent plusieurs spécialistes dont la climatologue Valérie Masson-Delmotte dans une étude publiée dans Environmental Research Letters.

5,6 milliards de climatiseurs en 2050

Selon l’Agence internationale de l’énergie et l’ONU, la demande de climatiseurs dans le monde devrait passer de 1,6 milliard en 2018 à 5,6 milliards en 2050. L’Agence a ainsi évalué qu’en ayant recours à des climatiseurs plus adaptés avec des systèmes réfrigérants moins énergivores, il serait possible d’éviter 460 milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2060, soit environ huit ans d’émissions, sur la base des niveaux de 2018.

De plus, pour fonctionner, les climatiseurs utilisent des fluides frigorigènes, qui une fois dans l'atmosphère ont un fort pouvoir réchauffant. Or, alors que les installations sont conçues en circuit fermé, "des émissions de fluides frigorigènes peuvent avoir lieu", note l’Agence de la Transition écologique (Ademe).

Une occasion unique d'avancer

"Alors que les gouvernements déploient des plans de relance économique massifs pour faire face aux impacts économiques et sociaux de la crise de Covid-19, ils ont une occasion unique d’accélérer les progrès en matière de refroidissement efficace et respectueux du climat", a déclaré le Dr Fatih Birol, directeur exécutif de l'AIE. "En améliorant l'efficacité du refroidissement, ils peuvent réduire le besoin de nouvelles centrales électriques, réduire les émissions et économiser de l'argent aux consommateurs. Ce nouveau rapport donne aux décideurs politiques des informations précieuses pour les aider à relever le défi mondial du refroidissement", croit-il. 

La seule mise en œuvre de l’amendement de Kigali au Protocole de Montréal, qui prévoit la réduction de la production et l’utilisation de gaz fluorés (HFC) permettrait d’éviter jusqu’à 0,4°C de réchauffement climatique d’ici 2100. Parmi les autres pistes suggérées par l’AIE, on trouve la mise en place d’un étiquetage d’efficacité énergétique sur les climatiseurs, l’application de normes minimales de performance énergétique, l’amélioration de la conception des bâtiments, les toits verts ou encore l’ombrage des arbres.

La Convention citoyenne pour le climat appelle, elle, à interdire l’utilisation de la climatisation en dessous de 30°C pour tous les lieux publics et privés, hormis les commerces de bouche, les hôpitaux ou encore les lieux accueillant des personnes fragiles. Pour l'instant, le gouvernement se focalise sur la rénovation thermique des bâtiments, un levier tout aussi primordial pour mieux réguler la température dans les logements.

Marina Fabre, @fabre_marina


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