Publié le 02 juin 2017

ENVIRONNEMENT

Accord de Paris : le secteur privé américain continuera le combat pour le climat contre Donald Trump

Comme attendu, les États-Unis ont annoncé leur retrait de l’Accord de Paris obtenu en 2015 lors de la COP21. Mais cette décision, censée protéger l’économie et les emplois selon la Maison Blanche, est loin d’être alignée sur la conviction des entreprises et investisseurs américains. Ces derniers sont de plus en plus convaincus que le risque climat est réel.

Trump sort de l accord de Paris

Le 1er juin 2017, Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris.

L’annonce, le 1er juin, du Président américain, Donald Trump, est tout sauf une surprise. Le Républicain a été élu fin 2016 en assurant qu’il allait sortir de l’Accord de Paris. Depuis, il a nommé Scott Pruitt, un climatosceptique notoire, à la tête de l’Agence pour l’environnement. Il a détricoté toutes les mesures de transitions énergétiques décidées par l’administration précédente. Il a marqué son désaccord avec ses pairs du G7 lors de leur dernière réunion fin mai à Taormina en Sicile. En annonçant le retrait américain des négociations climatiques, il n’a fait qu’officialiser sa conviction.

Évidement, le monde condamne. Dans un communiqué commun, la France, l'Allemagne et l'Italie jugent que "les États-Unis nuisent au monde". Ségolène Royal parle de "grave délit contre l'humanité".  Emmanuel Macron juge que "Donald Trump commet une faute pour l’avenir de la planète" et invite "tous les scientifiques, ingénieurs, citoyens (américains) engagés" à venir travailler en France.

Le secteur privé a déjà choisi un avenir à faible carbone

La réaction la plus juste est sans doute venue de l’ancien Président Barack Obama. Quelques secondes après la fin du discours de Donald Trump, il diffusait un communiqué : "Même si cette administration se joint à une petite poignée de pays qui rejettent l'avenir,  je suis certain que nos États, villes et entreprises seront à la hauteur et en feront encore plus pour protéger notre planète". Surtout, il ajoute : "Le secteur privé a déjà choisi un avenir à faible carbone".

Car c’est bien à une inversion des valeurs à laquelle nous assistons aux États-Unis… Si ce n’est dans le monde entier. Fini le spectacle d’un pouvoir public vertueux face à un secteur privé sans morale. Depuis des semaines, des centaines d'entreprises américaines pressent Donald Trump de respecter les engagements pris par les Etats-Unis lors de la COP21. Parmi elles, des géants des énergies fossiles comme le pétrolier Exxon, le charbonnier Peabody ou encore le gazier Cheniere Energy. Tous y voient des opportunités économiques et redoutent l’incertitude qu’entraînera la sortie de l’Accord pour leurs business.

24 heures avant l’annonce de Donald Trump, c’est l’actionnariat d’ExxonMobil qui a envoyé un message à l’administration américaine. Les actionnaires du plus grand pétrolier mondial ont voté en faveur d’une résolution qui met la société en demeure de proposer des stratégies compatibles avec le maintien du réchauffement climatique en-dessous de 2 degrés, comme prévu par l'Accord de Paris.

La résolution était portée par le fonds de retraite de l'État de New York, l'un des principaux fonds de pensions publics américains. Elle a été adoptée avec 62,3 % des voix. Quelques jours avant, une même résolution avait été adoptée lors de l’Assemblée générale du pétrolier Occidental Petroleum.

Une Chine en tête du combat climatique

Hors des États-Unis, les négociations sur le climat vont continuer. Lors du sommet de Bonn en mai, la présence d’une délégation américaine quasi-silencieuse n’avait pas empêché les discussions d’avancer. "Malgré les tergiversations des États-Unis sur leur maintien ou non dans l'Accord, tout le monde a continué à travailler. Ce n'était pas le chaos qu'on pouvait craindre, bien au contraire. Cela tient beaucoup au rôle de leadership endossé par la Chine", rapporte Célia Gautier, responsable des politiques européennes et internationales au sein du Réseau Action Climat.

Si le monde vient de perdre le soutien politique des États-Unis, deuxième pays émetteur de la planète (19 % des émissions), le hasard du calendrier fait qu’au même moment une rencontre a lieu entre la Chine, premier émetteur (21 %), et  l’Union européenne, troisième émetteur (10%). Les deux puissances sont bien décidées à prolonger le combat climatique. Selon le Financial Times, le communiqué final de cette réunion réaffirmera que la sortie des énergies fossiles est "irréversible". Lors des négociations climatiques à Bonn en mai dernier, la Chine avait déjà commencé à demander des comptes à l’Occident sur ce sujet alors que Pékin fait de plus en plus la course en tête.

Ludovic Dupin avec la rédaction, @ludovicdupin


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