Publié le 20 août 2020

ENVIRONNEMENT

Les animaux susceptibles de transmettre des maladies aux humains sont ceux qui résistent le mieux au déclin de la biodiversité

Des chercheurs viennent de découvrir que les animaux sauvages qui résistaient le mieux à la perte de biodiversité, sont ceux qui sont connus comme porteurs de pathogènes, à l'instar de la chauve-souris. Une preuve de plus que la destruction de la biodiversité est une mauvaise nouvelle pour la santé humaine. D'autant que l'élevage, qui contribue à son déclin, est lui aussi un facteur de risque infectieux.

Chauve souris perte biodiversite
Aujourd'hui, 60 % des mammifères sur Terre sont du bétail.
CC0

Quels sont les liens entre l'émergence d'épidémies, la perte accélérée de biodiversité et l'augmentation de l’élevage intensif ? C’est la question à laquelle Serge Morand, chercheur à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier et du laboratoire Astre du Cirad a tenté de répondre dans une étude parue le 22 juillet dans la revue Biological Conservation. Le chercheur, qui a croisé des données factuelles sur une période de 1960 à 2019, a analysé les 16 994 épidémies enregistrées sur cette durée pour 245 maladies infectieuses. Il a ainsi découvert que le nombre d’épidémies répertoriées chez les humains dans chaque pays, augmente en corrélation avec la perte locale de biodiversité. 

Surtout, le chercheur affirme qu'un pic a été atteint entre 2009 et 2012 mais que depuis, le nombre d'espèces en danger, donc la faune sauvage, contribue de moins en moins aux nouvelles épidémies humaines. "La biodiversité commence à être tellement en danger et à disparaître qu'elle va finalement être de moins en moins à l'origine des épidémies", explique Serge Morand dans Techniques de l'ingénieur. Cela ne signifie pas pour autant que les épidémies vont disparaître. Au contraire. 

Les espèces les plus résistantes sont les plus transmissibles

Dans une autre étude publiée le 5 août dans la revue Nature, une équipe du University College de Londres (UCL) a passé en revue 6 800 écosystèmes sur toute la planète et découvert que les animaux connus comme porteurs de pathogènes (chauve-souris, rongeurs, oiseaux) sont plus nombreux dans des paysages intensément modifiés par les humains. "La façon dont les Hommes modifient les paysages à travers le monde, transformant des forêts en terres agricoles, a des impacts constants sur de nombreuses espèces de faune sauvage, entraînant le déclin de certaines et la persistance ou l'augmentation d'autres", a commenté Rory Gibb, chercheur à l'UCL. 

"Nos résultats montrent que les animaux qui persistent dans les environnements dominés par l'Homme sont ceux qui sont le plus susceptibles d'être porteurs de maladies infectieuses qui peuvent rendre les gens malades", ajoute-t-il. 

L'élevage, un réservoir de virus

Et les animaux sauvages ne sont pas les seuls vecteurs de maladies. La densité croissante d'animaux d'élevage est aussi un facteur de risque infectieux. Ce sont "des réservoirs de nombreux virus et de bactéries pour les humains. On pense aux grippes porcines ou aviaires", explique Serge Morand. Plusieurs experts ont ainsi montré que le virus H5N1 a été transmis à l'humain à cause de la concentration de volailles à un seul endroit et des conditions sanitaires dégradées. Sans ces facteurs, le virus n'aurait pas réussi à franchir la barrière inter espèces. 

Or aujourd’hui, l’élevage occupe une place considérable dans nos sociétés. Selon une étude publiée dans la revue PNAS en mai 2018, seuls 30 % des oiseaux sont aujourd’hui sauvages, le reste étant représenté par la volaille d’élevage. Et 60 % des mammifères sur Terre sont en réalité du bétail. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) évalue à 1,6 milliard le nombre de bovins, à 1,5 milliard celui des porcins et 25 milliards la volaille.

"Il ne faut pas forcément partir vers le véganisme mais réduire la part des protéines animales dans la consommation. Il est vraiment essentiel de revégétaliser notre nourriture. C’est bon pour notre santé et bon pour les écosystèmes, la biodiversité", appelle Serge Morand dans Techniques de l’ingénieur. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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