Publié le 21 mai 2020

ENVIRONNEMENT

Créer une sécurité sociale de l'alimentation alors qu'un Français sur cinq souffre d'insécurité alimentaire

Plusieurs organisations dont Ingénieurs sans frontière et la Confédération paysanne militent pour étendre la sécurité sociale à l'alimentation. Cela permettrait à des millions de Français de se nourrir correctement et aux agriculteurs, conventionnés par cette Sécurité sociale selon des critères environnementaux, de s'assurer une clientèle. Un vrai levier de transition écologique et sociale.

Crise alimentaire france
La demande de dons alimentaires a explosé avec la crise sanitaire et le confinement.
LAURENT PERPIGNA IBAN / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

C’est une des images de la crise sanitaire. À Clichy Sous-Bois, un journaliste du Monde a photographié une file d’attente interminable devant une association locale de dons alimentaires. Partout en France, les associations spécialisées évoquent un boom de la demande d'aide.

Les plus pauvres sont les premiers touchés par la crise. En temps normal, ils sont déjà 5,5 millions à bénéficier de l’aide alimentaire. Un Français sur cinq serait même en insécurité alimentaire. Pour remédier à ce système à bout de souffle, plusieurs associations, dont le réseau des AMAP, la Confédération paysanne, le groupe Ingénieurs sans frontière Agrista et le Réseau Salariat proposent de créer une sécurité sociale de l’alimentation. 

Considérer les producteurs comme des médecins

"En France, après la seconde guerre mondiale, la santé est devenue un droit avec un accès universel, c’est assez extraordinaire", constate Emmanuel Marie membre du comité national de la Confédération paysanne qui espère étendre ce principe à l’alimentation. "Il faut retrouver notre droit à l’alimentation", martèle-t-il. Le mécanisme étudié depuis plusieurs années par les associations, consiste à mettre en place une cotisation qui permettrait de distribuer à chaque personne 150 euros par mois. Ce budget serait matérialisé par une carte d’assurance alimentaire, calqué sur le modèle de la carte Vitale.

Surtout, cette proposition pourrait être un "levier de la transition écologique et sociale", explique Mathieu Dalmais, agronome et membre de l’association d’ingénieurs Agrista. Car, pour dépenser leurs 150 euros, les consommateurs devront obligatoirement choisir des produits conventionnés par la Sécurité sociale de l’alimentation, et les critères seraient à la fois environnementaux avec des enjeux de saisonnalité, de localité, et également sociaux et économiques avec un prix rémunérateur et un statut pour les producteurs. "Certes les prix seraient encadrés mais cela assurerait une clientèle aux producteurs", estime Emmanuel Marie. "Comme les médecins qui sont conventionnés en secteur 1. Mon rêve c’est que le paysan soit considéré, socialement, comme un médecin de ville", ajoute-t-il.

"On parle de nouveaux acquis"

Cette Sécurité sociale alimentaire permettrait donc de résoudre deux problèmes majeurs dans notre société : le faible revenu des agriculteurs et l’insécurité alimentaire de millions de Français. Et le Covid-19, considéré comme une guerre par Emmanuel Macron, pourrait être le moment idéal à sa mise en place comme le fut la Seconde guerre mondiale pour la sécurité sociale liée à la santé. 

Reste que les obstacles sont encore nombreux. Il faudrait déjà convaincre les citoyens de l’utilité de ces nouvelles cotisations. La proposition fait en tout cas son chemin en politique. La France Insoumise a lancé un débat avec les initiateurs de cette proposition. Et le nouveau groupe Ecologie, démocratie et solidarité, qui vient de faire perdre sa majorité à l'Assemblée à En Marche, a déjà évoqué l'idée de mettre en place une Sécurité sociale de l'alimentation sans plus de détails.

Marina Fabre, @fabre_marina


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