Publié le 07 mars 2022

ENVIRONNEMENT

Agriculture : La guerre en Ukraine, un argument pour renier les objectifs climatiques de l’Union européenne

La guerre en Ukraine, grand pays céréalier, remet sur le devant de la scène la question de la souveraineté alimentaire et du rôle nourricier de l'UE. Or, pour y parvenir, le principal syndicat agricole, la FNSEA, milite pour la fin de la stratégie européenne Farm to Fork qui prévoit une baisse de 50 % des pesticides d'ici 2030. Une demande prise en compte par la Commission qui a annoncé revoir ce plan ambitieux. Un "lobbying" qui vise à "détricoter de rares avancées environnementales", dénonce Greenpeace. 

Agriculture champs CCO pixabay
L'Europe a une "responsabilité nourricière", affirme le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie.
CC0

"Nous ne pouvons plus dépendre des autres pour nous nourrir, nous soigner, nous informer, nous financer". À quelques jours du sommet organisé par Emmanuel Macron à Versailles sur la souveraineté européenne, le Président de la République multiplie les appels à un "nouveau modèle économique fondé sur l'indépendance et le progrès". Dans son viseur notamment, l’agriculture. En pleine guerre en Ukraine, la question est plus que jamais d’actualité. Le pays est un poids lourd céréalier en Europe. L’Ukraine représente 50 % des exportations mondiales d’huile de tournesol et, avec la Russie, pèse un tiers des exportations de blé. 

Dès le début de la crise, Sébastien Abbis chercheur à l’Iris et directeur du club Demeter expliquait que le blé est "une arme géopolitique" et qu’une Ukraine aux mains de la Russie "met en péril la sécurité alimentaire de nombreux pays" à l’instar de l’Égypte, l’Indonésie ou encore l’Algérie. Or l’Europe a "une responsabilité nourricière", souligne le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie. En plein Salon de l’Agriculture, les agriculteurs du principal syndicat agricole, la FNSEA, défendent ainsi l’idée d’un "bouclier alimentaire" pour ne pas être "dépendant de la Russie". "Être capable de nourrir sa population, c’est la vraie force aujourd’hui. La souveraineté alimentaire, c’est fragile et nous risquons de le voir prochainement", martèle la présidente de la FNSEA Christiane Lambert. 

"Produire plus sur notre territoire"

Le syndicat cible en priorité dans ses demandes pour réaliser son objectif, la stratégie européenne Farm to Fork que la FNSEA n’a eu de cesse de dénoncer depuis sa présentation il y a deux ans. Il dénonce sa "logique de décroissance" alors qu’il faut au contraire "produire plus sur notre territoire".  Ce plan "De la ferme à la fourchette", portée dans le cadre du Green deal, vise à réduire de moitié l’usage des pesticides dans l’UE d’ici 2030, de 20 % celui des engrais et de consacrer un quart des terres cultivées à l’agriculture biologique. 

Sur Twitter, la chargée de campagne agriculture et alimentaire de Greenpeace France, Laure Ducos, est montée au créneau pour dénoncer le "lobbying" du syndicat. "La FNSEA profite de ces difficultés (la perturbation des marchés mondiaux agricoles, NDR) pour tenter, au nom de la souveraineté alimentaire de l’UE de détricoter de rares avancées environnementales". La FNSEA a en tout cas reçu le soutien du ministre de l’Agriculture Julien Denormandie qui a affirmé, lors d’une conférence de presse que la Commission allait réévaluer Farm to Fork "pour voir si nous devons l’ajuster à la lumière de la vision politique d’une souveraineté agroalimentaire européenne".

"Une petite musique qui nous ramène 30 ans en arrière"

Cité par Euractiv, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski a précisé : "Nous ne voulons pas balayer ces stratégies, nous ne voulons pas les remettre en question. Mais il y a d’autres éléments qui doivent être réexaminés compte tenu de la situation actuelle". La FNSEA a également demandé de ne plus consacrer 4 % des terres en jachères comme l’indique la future Politique agricole commune alors que cette période de repos permet à la terre de se régénérer et de créer des zones refuge pour la biodiversité en pleine extinction massive des invertébrés.

Là aussi, le syndicat a trouvé un écho politique en cette période de campagne présidentielle. La candidate Les Républicains Valérie Pécresse a écrit dans un tweet le 1er mars vouloir "mettre fin aux 4 % de jachères imposés aux agriculteurs". "Nos terres agricoles doivent pouvoir produire", a-t-elle ajouté. Une situation dénoncée par Yannick Jadot. En visite au Salon de l’Agriculture, le candidat écologiste s’est dit "inquiet d’entendre ici une petite musique qui nous ramène 30 ans en arrière, il faudrait produire toujours plus" pour répondre à la guerre en Ukraine qui désorganise les marchés agricoles, a-t-il tonné. Un "prétexte", et même "l'instrumentalisation d'une situation dramatique".

Marina Fabre Soundron @fabre_marina


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