Publié le 06 juillet 2016

ENVIRONNEMENT

Le riz doré, la caution morale des OGM

Dans une lettre ouverte, 107 Prix Nobel accusent Greenpeace de "crime contre l'humanité". En cause, les campagnes de l'ONG contre les OGM qui empêchent en particulier la diffusion du riz doré. Destiné à réduire la malnutrition en vitamine A, le riz doré est l'étendard médiatique des défenseurs des OGM depuis 15 ans. Pourtant, il n'a toujours pas fait ses preuves.

La grande opération de communication pro OGM aurait été lancée par Richard Roberts (ci-dessus) et Phillip Sharp, deux co-lauréats du Nobel en recherche génomique en 1993, qui auraient tous les deux des intérêts dans l'industrie des biotechnologies.
Nicolas Asfouri / AFP

Le 30 juin 2016, 107 Prix Nobel ont adressé une lettre ouverte "à l’attention des dirigeants de Greenpeace, des Nations Unies et des Gouvernements à travers le monde". Dans ce texte, relayé en France par le site de l'association pour l'information scientifique pro-biotechnologie Afis, ils reprochent à Greenpeace "et ses partisans" d'être le fer de lance de la lutte contre les biotechnologies et leur demandent "d'abandonner leur campagne contre les 'OGM' en général et contre le Riz Doré en particulier".

La lettre conclut, avec grandiloquence : "L’opposition basée sur l'émotion et le dogme, et contredite par les faits, doit être stoppée. Combien de pauvres gens dans le monde doivent mourir avant que nous considérions cela comme un crime contre l'humanité ?" La critique est surprenante sur la forme. Étrange, en effet, de critiquer l'ONG en lui reprochant de jouer sur l'émotion pour l'accuser, la ligne suivante, de... crime contre l'humanité.

 

Une vieille histoire médiatique

 

Sur le fond, si la lettre peut se parer de l'autorité des Nobel, elle ne donne pas d'éléments d'expertise sur la façon dont les OGM pourront nourrir le monde. Le recours à l'argument du riz doré, ce riz modifié pour synthétiser du beta-carotène et réduire la malnutrition en vitamine A, surprend d'autant plus qu'il n'a toujours pas fait ses preuves. Après vingt ans de recherche, il n'est toujours pas disponible à la vente.

L'utilisation du riz doré pour montrer les bénéfices des OGM pour l'humanité est une vieille histoire médiatique. En 2000, le Time titrait déjà sur "le riz qui pourrait sauver des millions d'enfants chaque année". Et en 2013, la presse annonçait l'arrivée prochaine du "Golden Rice". L'Institut de recherche international sur le riz (Irri) avait alors dû rappeler que les essais en plein champ étaient encore en cours et que la capacité de ces semences à réduire les carences en vitamine A restait à prouver, sans jamais d'ailleurs pointer la responsabilité des opposants aux OGM dans ces délais de recherche.

 

La caution  morale des OGM

 

Pour les opposants aux OGM, le riz doré est la caution morale des OGM, l'exemple à mettre en avant alors qu'une majorité des semences génétiquement modifiées cultivées sont faites pour tolérer des herbicides produits par les firmes de l'agro-chimie.

"La sécurité alimentaire ne peut pas attendre les fausses promesses des OGM", répond ainsi Greenpeace aux Nobel. Et l'ONG de rappeler que le problème de la malnutrition a des réponses sociales et que beaucoup de plantes riches en beta-carotène sont déjà disponibles.

 

Abus d'autorité ?

 

D'où vient cette opération de communication, lancée lors d'une conférence de presse à Washington ? La campagne a un site qui ne dit pas grand chose de ses objectifs. Selon le Washington Post, elle a été lancée par deux co-lauréats du Nobel en recherche génomique, Richard Roberts et Phillip Sharp. Tous les deux ont des intérêts dans l'industrie des biotechnologies, comme le rapporte Up-Magazine. Les autres Nobel, principalement physiciens, chimistes et médecins, n'ont peu ou pas de lien avec la discipline. Mais ils ont usé de leur autorité de scientifiques sur un sujet sur lequel ils n'ont qu'un avis de citoyens.

Une chose est sûre, cette campagne correspond à un agenda stratégique pour les biotechnologies. Le secteur des semences et de l'agrochimie est en pleine concentration, avec en toile de fond des nouvelles techniques de modification des semences beaucoup plus rapides, et il a besoin d'un marché favorable aux biotechnologies.

En jeu aussi, le débat qui se déroule actuellement aux États-Unis sur l'étiquetage des aliments contenant des OGM : le Sénat doit trancher cette semaine sur une règlementation demandée de longue date par les associations de consommateurs et contrée à coups de millions de dollars par l'industrie des biotechnologies.

Magali Reinert
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