Depuis plus d’un an, les salariés de Google bousculent la direction sur des questions éthiques et de responsabilité sociétale. Au point que le géant a dû faire l’impasse sur de fructueux contrats, en particulier avec l’armée ou les autorités américaines. L’entreprise essaie, non sans mal, de canaliser ce militantisme salarial. À terme, ce phénomène “Google” pourrait toucher toutes les entreprises.

À sa création, Google avait inscrit dans son code de bonne conduite “Don’t be evil” (“Ne fais pas le mal), remplacé aujourd’hui par un plus simple “Do the right thing” (“Fais la bonne chose”). Ce mantra a attiré beaucoup de jeunes talents chez le géant de la recherche Internet, désireux de travailler pour le bien du plus grand nombre. En 2014, Éric Schmidt, l’ancien PDG de Google, vantait même “l’obligation d’être en désaccord” avec sa direction comme l’une des clefs du succès de l’entreprise.

Au fil des années, avec la croissance du géant du numérique dans de multiples domaines, cette vigilance des salariés a viré à l’opposition frontale. À plusieurs reprises, ceux-ci sont parvenus à infléchir considérablement la stratégie de la direction. En 2018, après la dénonciation de nombreux salariés et même la démission de plusieurs hauts responsables, Google avait renoncé à un contrat avec l’armée américaine sur la reconnaissance d’image pour les drones estimé à 10 milliards de dollars.

Ne pas saper la confiance

La même année, une large mobilisation des salariés appelait Google à ne pas rouvrir son moteur de recherche en Chine, de crainte que celui-ci soit soumis à la censure et la surveillance du gouvernement. Plus récemment, des centaines d’employés ont demandé au groupe de ne pas fournir au gouvernement américain des outils de stockage de données en ligne pour les services de l’immigration américains, en raison du durcissement des lois contre les migrants illégaux.


Cette liberté de penser et de s’exprimer vantée aux origines de l’entreprises commence à poser problème au groupe qui veut aujourd’hui calmer ce militantisme salarial. Dans un document publié en août, on peut lire : “Notre responsabilité première est de faire le travail pour lequel nous avons été embauchés, pas de passer ce temps à débattre de sujets non liés au travail. […] Nous sommes tous libres de discuter des activités de la société – cela fait partie de notre culture – […] mais […] faites attention à ne pas faire de déclaration trompeuse sur l’activité de Google qui pourrait saper la confiance dans notre travail”.

Cette situation inédite dans laquelle se retrouve Google, et dans une moindre mesure d’autres géants comme Microsoft ou Amazon, devrait attirer l’attention de toutes les entreprises du monde. Les jeunes, les étudiants, les nouveaux salariés, de plus en plus éveillés aux enjeux sociaux et environnementaux, vont avoir cette attente vis-à-vis de leurs employeurs. La réponse, en France, passera peut-être par la raison d’être dont les entreprises peuvent se doter dans le cadre de la loi Pacte… Encore faudra-t-il qu’il ne s’agisse pas de simples mots.

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