Publié le 14 juin 2021

ÉNERGIE

Atteindre la neutralité carbone sans investir dans les pays en développement est impossible, selon l'AIE

Il ne s'agit pas d'une course entre pays mais bien contre la montre. Dans un rapport publié le 9 juin, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) affirme que pour atteindre la neutralité carbone en 2050, les pays développés doivent multiplier par sept les financements dans les pays émergents ou en développement. Les bénéfices seraient colossaux, alors que ces régions représentent 90% de la croissance des émissions.

Installation solaire de Total au Chili Total
Installations photovoltaïques de TotalEnergies au Chili.
@TotalEnergies

"Ce n’est pas une option". Dans un rapport rendu le 9 juin, l'Agence internationale de l'énergie a sommé le monde à soutenir bien plus "massivement" le déploiement d'énergies propres dans les pays en développement, faute de quoi le dérèglement climatique planétaire ne pourra être jugulé. Le rapport, co-produit par la Banque mondiale et le Forum économique mondial, alerte sur l'insuffisance des investissements. Pire, ceux-ci reculent depuis quelques années dans les pays émergents et en développement, hors Chine. Or pour mettre le globe sur la voie de la neutralité carbone d'ici à 2050, il faudrait multiplier le montant actuel alloué par sept, pour le faire passer de 150 milliards de dollars par an à plus de 1 000 milliards annuels d'ici 2030, a calculé l'Agence.

Agir dans les régions en développement est indispensable. "Elles abritent deux tiers de la population mondiale, génèrent 90% de la croissance des émissions mais reçoivent 20% des financements consacrés aux énergies propres", a détaillé le directeur de l'AIE, Fatih Birol. Et ce n’est qu’un début : 760 millions de personnes sont encore sans électricité. L’industrialisation et l’urbanisation rapide vont entraîner un boom de la demande de construction, de transports et de climatisation. Les émissions de CO2 de ces économies d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique latine devraient croître ces 20 prochaines années, quand celles des économies avancées baisseront et celle de la Chine se stabilisera.

Investir dans ces régions est d'autant plus intéressant qu'il y a un avantage économique, insiste l'AIE, la marge de manœuvre étant plus grande. Réduire les émissions depuis un pays en développement coûte deux fois moins cher que dans une région développée, où il est souvent nécessaire de passer par la transformation de secteurs entiers. "Nous sommes engagés dans une course à la neutralité carbone : ce n'est pas une course entre pays, mais contre le temps", a alerté le directeur de l'Agence. Il n'y aura pas de vainqueur si tout le monde ne franchit pas la ligne d'arrivée".

"L’argent ne manque pas"

D'autant plus que les énergies renouvelables sont aujourd'hui beaucoup plus accessibles. Pour le photovoltaïque, le coût d'installation a reculé de 40 à 55% entre 2015 et 2019 au Brésil, au Mexique, en Inde et en Afrique du Sud, et de 15 à 30% pour l'éolien. Si le coût reste encore élevé pour d'autres, comme en Afrique sub-saharienne ou en Indonésie, les frais au démarrage sont ensuite compensés, notamment par les économies de combustible.

L'économiste a appelé les dirigeants du G7, qui ont entamé le 11 juin un sommet de trois jours, à se saisir de la problématique. "L'argent ne manque pas dans le monde, mais il ne va pas là où il est le plus nécessaire", souligne Fatih Birol. Quant aux 100 milliards de dollars annuels de financements climatiques que les pays du Nord se sont engagés à verser au Sud dans le cadre des négociations climat de l'ONU et de l'accord de Paris, c'est "un plancher", souligne l'AIE. Mais cette promesse n'est pourtant toujours pas tenue. Le 9 juin, la secrétaire exécutive d'ONU Climat, Patricia Espinosa, exhortait les pays développés à remplir leurs engagements. En 2020, l'OCDE évaluait ces financements à seulement 79 milliards de dollars pour 2018.

Pauline Fricot, @PaulineFricot avec AFP


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