Publié le 10 novembre 2015

ÉNERGIE

Pour l’AIE, "le charbon est proche de sa fin"

A quelques semaines seulement de la COP21, la conférence onusienne sur le climat, le rapport était attendu. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de publier son panorama annuel de l’énergie dans le monde. Et annonce un déclin du charbon à l’horizon 2040. Alors qu’il a été la principale source d’énergie du globe ces dernières décennies, le charbon est de plus en plus délaissé, notamment par la Chine et les pays de l’OCDE, à cause de politiques et d’engagements de plus en plus stricts sur le plan environnemental.

Chine Charbon Qingdao AFP CHINA XTRA
Une exploitation de charbon en Chine
AFP China Xtra

La fin d’une époque. Dans son panorama annuel sur l’énergie dans le monde pour 2015, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) évoque un revirement de situation pour le charbon. "Alors qu’il a répondu à 45 % de la croissance de la demande énergétique au cours de la dernière décennie, le charbon est proche de sa fin" estiment ainsi les auteurs de l’étude. A l’horizon 2040, il satisfera "uniquement" 10 % de la croissance supplémentaire d’énergie, portée par l’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est.  

Pour expliquer ce déclin, l’AIE cite la Chine qui était autrefois une valeur sûre des marchés du charbon, mais qui représente aujourd’hui une inconnue dès lors que "la consommation de charbon dans le pays va atteindre un pic." Par ailleurs, à l’approche d’un sommet climatique international crucial, organisé à Paris à partir du 30 novembre, l’agence a pris en compte les engagements de 155 pays pour réduire leurs émissions de CO2 et par conséquent se détourner du charbon, énergie fossile la plus polluante.  

La part du charbon au sein du mix énergétique mondial est passée de 23 % en 2000 à 29 % aujourd’hui. Elle devrait au contraire décliner d'ici 2040. "Ensemble, le charbon et le pétrole vont perdre 9 % dans le mix énergétique global", note l’AIE. Dans les pays de l’OCDE en particulier, la consommation de charbon devrait chuter de 40 % et dans l’Union européenne, tomber à environ un tiers du niveau actuel.  

 

Les entreprises fossiles misent sur la hausse de la demande  

 

Face à ce constat, comment se positionnent les entreprises du secteur ? Selon une étude de Carbon Tracker Initiative, publiée fin octobre, les entreprises productrices d’énergies fossiles "ignorent délibérément le risque de destruction de la demande pour leurs produits, et notamment le charbon".  

Les auteurs du rapport expliquent ainsi que les entreprises fossiles continuent de s’appuyer sur un modèle "business as usual" où rien ne change, et comptent sur une hausse de la demande en combustibles fossiles qui se situe entre 30 et 50 % d’ici 2040, ces derniers représentant encore les trois quarts du marché. Or ce scénario, au vu des engagements climatiques pris par les Etats, les territoires mais aussi les entreprises, n’est plus crédible. Le rapport annuel de l’AIE vient de le confirmer.  

 

Croissance des renouvelables et du gaz naturel  

 

Finalement, les grandes gagnantes de l’effondrement du charbon sont les énergies renouvelables. Elles représentent déjà la 2e source de production d’électricité au monde derrière le charbon et le dépasseront dès le début des années 2030. Leur part dans le mix électrique de l’Union européenne atteindra 50% en 2040, autour de 30 % en Chine et au Japon, et plus de 25 % aux États-Unis et en Inde. A l’inverse, la part du charbon dans la production d’électricité mondiale chute de 41 % à 30 %. Il pèsera même pour moins de 15 % en dehors de l’Asie.

Enfin, le gaz est la seule énergie fossile dont la part augmente d’ici 2040, avec une hausse de la consommation de près de 50 %. La Chine et le Moyen-Orient sont les principaux foyers de croissance de la demande. "Lorsqu’il remplace les combustibles à fortes émissions de carbone ou soutient l’intégration d’énergies renouvelables, le gaz naturel est une bonne alternative pour la décarbonisation progressive du système énergétique", note l’AIE. 

Quant au pétrole, l’agence estime que le marché devrait s’équilibrer à 80 dollars le baril en 2020 grâce à une offre moins abondante, mais elle n'exclut pas totalement le scénario d'une faiblesse durable des prix autour de 50 dollars le baril jusqu'en 2020, dans l'hypothèse d'une faible croissance économique mondiale, d'une production résistante de schiste américain et d'un maintien par l'Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) de sa stratégie.  

Au total, malgré des efforts en termes d’efficacité énergétique et de développement des renouvelables, les émissions dues au secteur de l’énergie vont encore croître de 16 % entre 2013 et 2040.

Concepcion Alvarez
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